Rencontre avec les pionniers du Niaux Interdit
1906-2006: on fête cette année le centenaire de l’authentification des peintures et des gravures de la grotte de Niaux.
Nous avons largement évoqué dans nos colonnes cet évènement ainsi que les manifestations culturelles, scientifiques et artistiques qui se sont déroulées depuis la mi-juin dans le cadre du Centenaire : expositions, concerts, colloques, conférences… mais également ouverture exceptionnelle au public, le temps d’un été du mystérieux Réseau Clastres.
En effet si la grotte de Niaux est visitée depuis le XVIe siècle, reconnue et étudiée par les préhistoriens depuis 1906, c’est à peine depuis 1970 et au prix d’importants travaux que l’on accède au réseau Clastres, une galerie de la grotte de Niaux, séparée de la galerie principale par plusieurs lacs.
On sait aujourd’hui que les Magdaléniens empruntaient une entrée différente, très probablement la caverne appelée «Petite Caougno» pour atteindre cette galerie longue d’environ 1 kilomètre, comprenant signes géométriques, représentations animales et empreintes de pas conservées sur le sol.
Mais si ce «Niaux Interdit» est aujourd’hui visité et connu c’est bien grâce aux spéléologues du club du Haut-Sabarthès qui, sur les hypothèses de l’ancien conservateur de la grotte René Clastres, décident d’explorer la grotte au-delà de la galerie Cartailhac.
Trois mois d’un travail de titan sont nécessaires aux 15 spéléologues autorisés par la préfecture pour vider les trois lacs qui entravent leur progression: c’est sous la direction de Geneviève Clastres, guide-chef de la grotte et fille de l’ancien conservateur et de Gérard Cire, président du spéléo-club, que Marie-Jo et Jean-Claude Marfaing, Jean-Pierre Hardillet, Francis Bergé, Jean-Luc Pailhès, Gérard Lafuente, Dominique et Jean-Claude Clastres (enfants de René Clastres), Robert Guinot, René Mazières, Claude et Daniel Aynié, Philippe Mabru, passent leurs week-ends plusieurs kilomètres sous terre dans l’humidité et la boue.
Il était important de leur rendre hommage car si l’histoire retient volontiers les noms d’André Leroi-Gourhan, Jean Clottes ou Robert Simonnet, tous ces scientifiques n’auraient pu procéder aux relevés ni à l’étude des vestiges mis au jour si ces «inventeurs» (spéléologues qui, dans la lignée de Norbert Casteret ont donné, au-delà de la pratique sportive, ses lettres de noblesse à la spéléologie) passionnés.
Nous avons eu l’honneur avec la complicité de Jean-Luc Bellamy, Archéologue Départemental, de rencontrer Jean-Claude Marfaing, Gérard Lafuente et Gérard Cire qui nous ont livré le récit de leur aventure, un grand moment d’émotion que nous vous faisons également partager…
Le 6 décembre 1970 au matin, le niveau de l’eau permet le passage de cinq spéléologues en canot pneumatique et peu après 10h, après avoir ramé sur près de deux kilomètres, la grande salle s’offre à eux: sur la paroi gauche un cheval de même facture que celui que l’on peut voir dans le Salon Noir, et une belette de 46cm de long prouvant la maîtrise de l’artiste pour un sujet aussi inhabituel ; à droite, un bison recouvert de calcite et le tracé d’un second bison, sur un banc de sables des empreintes de pieds nus…
A compter du 16 janvier 1971, sous la direction de Jean Clottes, préhistoriens et scientifiques commencent l’étude de ces extraordinaires vestiges mis au jour par les spéléologues: cinq représentations animales dont une belette aujourd’hui unique dans l’art pariétal préhistorique, de très nombreuses empreintes de pieds humains, des signes dessinés au charbon de bois et du charbon dispersé sur le sol permettant de dater les différentes incursions dans cette galerie.
Baptisée «Réseau Clastres», en souvenir de l’ancien conservateur de la grotte, elle possédait lors de sa découverte la particularité d’être la seule grotte ornée hors de portée des perturbations humaines, d’où l’importance du maintient de cet équilibre précaire en limitant strictement son accès aux scientifiques.
De plus les siphons des trois lacs successifs se remplissent naturellement par infiltration des eaux de pluies et il faut régulièrement les vider (importante intendance technique mise en place à chaque fois) si on veut y accéder.
Mais c’est également la condition nécessaire à la conservation en l’état des vestiges préhistoriques et également des draperies, stalagmites, stalactites et autres concrétions qui ont gardé toutes leur beauté, leurs couleurs originelles.
Si l’ouverture au public du Réseau Clastres demeure le point d’orgue des manifestations du Centenaire, pour des raisons de conservation et de protection évidentes, la période d’ouverture est fortement ciblée dans le temps et le nombre de visiteurs strictement limité.
Cependant grâce aux relevés scientifiques qui ont été réalisés en 1992 sous la responsabilité de Jean-Luc Bellamy, une reconstitution en fac-similé des gravures au sol, de la dune des pas et des peintures est proposée aux visiteurs du Parc de la Préhistoire.
Pour toute information sur la grotte de Niaux, le Réseau Clastres ou le Parc de la Préhistoire SESTA Route de Banat 09400 Tarascon-sur-Ariège Tél : 05 61 05 10 10 Site Internet : www.sesta.fr
Photos et vidéo: ©AriegeNews 2006 |