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Doreur sur bois, un savoir-faire qui traverse les siècles en Ariège
Depuis l’Egypte ancienne, en passant par le Moyen-âge jusqu’à nous jours, les objets de culte, les objets d’art sont recouverts d’or pour marquer davantage leur caractère précieux et unique.
Ce métal a la particularité de ne pas s’oxyder ce qui le rapproche encore davantage de l’immortalité et du divin puisqu’il traverse les siècles sans s’altérer …ou presque.
Aujourd’hui comme hier des artisans attentifs, soucieux du travail bien fait ont transmis leurs secrets de dorure sur bois, métal, pierre…
La dorure est un procédé qui permet d’appliquer une feuille de métal sur n’importe quel support, elle a peu évolué au fil du temps, si bien que les doreurs d’aujourd’hui ont les mêmes gestes que leurs illustres prédécesseurs.
Nous avons rencontré dans son atelier Gisèle Icard, qui après une formation et un apprentissage en atelier à Toulouse, s’est installée il y a dix-sept ans comme doreur sur bois dans l’Ariège.
Sa spécialité c’est la statuaire religieuse et pour cette raison elle travaille essentiellement avec les Monuments Historiques ou les associations patrimoniales qui financent elles-mêmes leurs restaurations.
«J’ai appris à dorer les objets, explique Mme Icard, puis je me suis spécialisée dans la restauration car aujourd’hui, on ne fait plus de métrage, on ne fabrique plus de neuf, compte-tenu du prix du métal, ce n’est plus rentable, il y a des pays mieux placés, avec une main d’œuvre meilleur marché. Je suis avant tout un artisan, un technicien de la restauration en bois doré»
Et que de merveilles dans son atelier… d’abord deux bustes reliquaires du XVIIIe provenant de l’église de Laroque d’Olmes. Gisèle Icard pose des «facings» (papier japon découpé en petits morceaux) préalablement encollés à la colle de peau de lapin qui refixent et nettoient la polychromie du visage.
Le travail sur le buste de Saint-Clément est davantage avancé. «Après avoir posé mon apprêt blanc (à base de colle de peau de lapin et 12 couches de blanc de Meudon afin d’obtenir un support de 2 à 3mm), je grave à l’aide de fers à réparer le détail de la sculpture puis je pose mon assiette argileuse rouge qui servira de support à la feuille d’or …
C’est une technique employée depuis le Moyen-Âge et les étapes de la dorure sont toujours les mêmes depuis cette époque-là. L’or prend le reflet de la couleur de l’assiette qui est dessous.
Quand je restaure, je ne dois pas avoir d’état d’âme, je me plie au choix de l’artiste, par déontologie, il faut que l’objet retrouve son âme»
La dorure à l’eau (à la détrempe) est réalisée à l’aide de feuilles d’or de 4 microns d’épaisseur, elles sont disposées sur un coussin à dorer, découpées avec un couteau à dorer.
Gisèle Icard applique à l’aide d’un pinceau doux (appelé mouilleux) sur la partie à dorer (sur l’assiette argileuse) une préparation à base d’eau et de gélatine, elle pose délicatement la feuille d’or avec «un appuyeux» (pinceau rond).
Ensuite vient le brunissage à l’agate, pierres polies de différentes formes qui n’éraflent pas la feuille d’or et qui s’adaptent à toutes les formes de la sculpture, faisant briller les parties en relief.
En jouant sur la patine, on peut atténuer le clinquant d’une restauration et l’intégrer à l’œuvre originale. «Ce sont pour la plupart des objets classés, explique Mme Icard, on ne peut pas refaire les éléments (ce serait un faux), déontologiquement la restauration doit être lisible, s’il manque un doigt de pied ce n’est pas essentiel à la lecture de l’œuvre.
Au XVIIe siècle, apparaît la méthode dite «dorure économique», il s’agit de poser un vernis, «un mordant» qui colle la feuille d’or, inutile de la travailler, c’est beaucoup plus rapide qu’avec la dorure à la détrempe, on l’utilise surtout pour les statues qui sont à l’extérieur»
Dans son atelier, une vierge à l’enfant 1er empire (Miglos) en terre cuite, côtoie une vierge en bois du XIVe (Saleix) qui a manifestement souffert de l’humidité.
«Je vais procéder à une injection de résine qui va durcir le bois après l’avoir nettoyé, ajoute notre restauratrice, je ne vais rien faire de plus car il y a trop d’éléments manquants. Je dois également conserver les œuvres que l’on me confie, c’est un autre aspect de mon travail.
Il s’agit d’une préparation à base de solvant, de tolurène mélangé paraloï (résine B72) qui durcira le bois… tous ces produits sont agrées MH, tout doit être réversible dans la restauration»
Mais la pièce majeure de l’atelier a demandé des mois de restauration. Il s’agit d’un haut-relief XVIIe provenant de l’église de La Bastide de Sérou, qui a souffert de la mérule, un champignon qui aime l’humidité et l’obscurité.
«Il a fallu reconstituer tout le décor, les parties manquantes ont été refaites en bois après injection de fongicide et de durcisseur pour garder les parties à conserver.
J’ai appliqué de l’or sur les parties neuves, il a été patiné afin de reconstituer l’usure naturelle de ce métal. L’or ne s’oxyde pas, c’est un métal noble tandis que l’argent était terriblement oxydé par l’humidité.
Cette piéta du XVIIe est entourée des objets de la passion: crâne, couronne d’épine, clous…quand elle est arrivée ici, le panneau était disloqué, on ne distinguait rien de cela … après plusieurs mois de travail, elle a retrouvé son expressivité, sa fraîcheur, bref son âme»
Grâce à une solide formation en histoire de l’art, Gisèle Icard est capable de nous raconter l’histoire de toutes les œuvres stockées dans son atelier. «C’est un métier charnel, de proximité avec l’œuvre, c’est une passion et il ne faut pas compter ses heures.
Nous travaillons sur devis, après appel d’offre, on réalise une estimation du travail mais on passe souvent beaucoup plus de temps que prévu sur les pièces à restaurer.
Il y a une véritable relation de confiance avec le conservateur des Antiquités et Objets d’Art dont dépend la plupart des objets que je restaure…»
Gisèle Icard fera partager sa passion et répondra à toutes les questions des visiteurs à la Préfecture de Foix samedi 15 septembre, dans le cadre des journées européennes du Patrimoine qui cette année mettent à l’honneur tous les métiers liés à la conservation, la restauration et la mise en valeur du patrimoine.
Atelier Gisèle Icard Tél : 05 61 64 52 55
Photos et vidéo: ©AriegeNews 2007 |
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publié le 14/09/2007 par Laurence Cabrol |
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