Montréal de Sos livre les secrets de sa dernière campagne de fouilles
Situé en haute vallée du Vicdessos, la fortification de Montréal était construite sur un site naturellement protégé, un éperon rocheux dominant le bassin d’Auzat.
Le sommet s’atteint à pied en dix minutes au départ du hameau d’Olbier. Le programme des fouilles a commencé en 2000, il est initié et mené par la Mairie d’Auzat avec le soutient de la DRAC, du Conseil Général et du Conseil Régional.
La recherche documentaire (textes conservés aux Archives Départementales) et archéologique (fouilles programmées) a permis de mieux connaître l’histoire de ce site qui a connu plusieurs phases d’occupations depuis l’âge du bronze jusqu’au Moyen –Age.
Il s’agit d’une ancienne caserne des comtes de Foix, sentinelle imprenable, face aux incursions aragonaises, il est fait mention du château en 1213 mais on sait cependant que dès 1160, le comte de Foix a la main mise sur la vallée.
Chaque année pendant trois semaines, une trentaine de bénévoles participent au chantier de fouilles archéologiques de Montréal-de-Sos.
Les fouilleurs sont des habitants de la vallée, des étudiants en archéologie et des participants aux chantiers internationaux de jeunes de l’association «Etudes et chantiers» (cette année de jeunes allemands, coréens, arméniens).
Ils sont sous la responsabilité scientifique de l’historienne Florence Guillot et découvrent une quantité d’informations sur l’histoire de ce château des comtes de Foix, dégageant les ruines et les consolidant, mettant à jour des objets de la vie quotidienne: céramiques, déchets culinaires, clous, ferrures, armes, objets de parure, jeux de société.
Les résultats sont ensuite étudiés et analysés pendant plusieurs mois et font l’objet d’un rapport de fouille édité au mois de décembre, collationnant tous les résultats et découvertes de la campagne précédente.
Cette année Florence Guillot et son équipe nous ont reçus avec quelques élus pour faire le point des découvertes en cette fin de campagne de fouilles.
«Sept ans de fouilles ont permis de dégager la structure bâtie, aujourd’hui, on a 200 mètres linéaires de murs: donjon, mur d’enceinte, mur de refends, trous de poteaux… ce qu’on appelle communément le caput castri, la partie seigneuriale autour de la tour maîtresse.
Ce bâtiment n’est pas d’une seule époque, grâce à l’archéologie on a pu dater ces murs»
En effet la stratigraphie a permis d’affiner les datations:
-fin XIIe, les comtes de Foix construisent sur des vestiges plus anciens (on trouve du matériel résiduel perturbé de la fin de l’âge du fer), une grosse forteresse pour montrer leur puissance et leur domination politique. Pendant deux siècles on assiste à plusieurs remaniements.
-début XIIIe il y a ajout d’un mur d’enceinte pour marquer la limite entre la cour du château et la partie villageoise (le site est très long, il fait plus d’une centaine de mètres, la partie castrale ne correspondant qu’au tiers de l’ensemble)
- milieu XIVe, à l’époque de Fébus, une importante restructuration a lieu : on détruit les anciens murs pour en reconstruire d’autres avec des pierres de réemploi: «ils ont décaissé le tertre autour de la tour, ajoute Florence Guillot, pour avoir des plates-formes et faire un maximum de petits modules à côté d’un très grand bâtiment aristocratique. On est au moment où les comtes de Foix reprennent le commerce du fer un commerce fort lucratif à l’époque»
- début XVe le château est démantelé volontairement. Le pouvoir politique ne peut plus y entretenir de garnisons, aussi de peur que le château ne tombe à l’ennemi aragonais, on préfère le détruire (les murs sont arasés et la nature reprend sa place, recouvrant peu à peu et protégeant les vestiges pendant des centaines d’années.
«Les fouilles sont réalisées sur 6cm de stratigraphie, ce qui nous a permis de mettre à jour les murs d’enceinte, les fondations et l’intérieur du donjon (fin XIIe siècle) fortement perturbé par des fouilles clandestines.
Néanmoins nous avons pu reprendre dans le donjon, des niveaux de plancher, mettre à jour d’importants trous de poteaux, des foyers de cheminées et des éléments de charpente. Au XIVe siècle on couvre en effet les toitures de lauze et d’ardoises»
Il existe un donjon de 25m de haut couvert de lauzes ainsi que des échauguettes et les autres bâtiments sont couverts d’ardoises qui font souvent l’objet de réemploi.
L’an passé les archéologues ont découvert sur ces ardoises des représentations de personnages et d’un château qui porte à penser qu’il s’agit de Montréal de Sos. Notons que jusqu’à présent on n’avait pas de représentation d’hommes en armes (armure, baudrier, surcot et heaume) dans cette vallée de l’Ariège.
De plus le contexte stratigraphique permet de dater avec précision ces représentations de la toute fin du XIVe siècle ou du début XVe siècle. Cette année outre les ardoises gravées (dessins, gribouillis, marelles, damiers avec jetons de schiste), les archéologues ont mis à jour un texte en occitan ancien gravé sur une ardoise.
Il daterait aussi de la fin du XIVe-début XVe siècle et compte tenu de l’écriture et des contractions, il aurait été écrit par un érudit, certainement un notaire ou un clerc. Florence Guillot précise qu’il est en cours de transcription par une équipe de paléographes et il fera l’objet d’une publication.
«Cette année nous avons aussi trouvé des matériaux antiques: de la sigillée, des vestiges d’amphore, du verre, une fibule gauloise mais aussi de la céramique rouge du XIIe, des appliques en bronze doré du XIVe, deux petits morceaux de tissus avec fil d’argent, des pointes de flèche, une monnaie, une aiguille en bronze, une anse de chaudron …
mais cet inventaire à la Prévert confirme bien le caractère exceptionnel du site qui nous donne une quantité d’informations sur la vie au Moyen-Age en montagne»
Florence Guillot présentera les résultats de ses fouilles dans le cadre du colloque organisé les 27 et 28 octobre à Seix, sur le thème «Pouvoirs Pyrénéens: de la résidence aristocratique au castrum»
Photos et vidéo: ©AriegeNews 2007 |