Déambulations nocturnes et allégories mécaniques
La compagnie Pipototal répète actuellement son nouveau spectacle à l’Aiguillon, une création qu’elle présentera en exclusivité d’ici quelques jours à Kiev pour la cérémonie d’ouverture du «Printemps Français en Ukraine».
L’activité de cette compagnie est principalement orientée sur les arts de la rue, elle s’emploie à développer un art cinétique et aime se définir comme étant avant tout «de la poésie mécanique déambulatoire».
Paradoxalement, Pipototal est plus connue en Europe ou dans le vaste monde que sur le territoire national, voir départemental. En effet depuis son intervention remarquée et remarquable au festival de Chalon, on s’arrache les machines de Philippe Geffroy, artiste pluridisciplinaire et créateur de machineries de spectacle dignes du grand Léonard de Vinci (cf notre article du 24 janvier: «Déambulation budgétaire ou errance d’un projet culturel»).
«Juste avant la fin», tel est le titre de cette nouvelle déambulation, est le récit d’un voyage initiatique, le dernier épisode de l’odyssée d’une tribu nomade partie depuis la nuit des temps à la recherche des quatre fragments de matière nécessaires à rallumer leur «source de vie».
Cette quête du graal, se déroule la nuit, les neuf allégories mécaniques sont éclairées par le feu et les effets pyrotechniques qui donnent au spectacle une dimension fantastique inouïe. La vingtaine de comédiens, acrobates, musiciens qui composent la troupe sont des être hybrides aux masques de papier mâché qui nous plongent visuellement dans un univers onirique qui n’est pas sans nous rappeler la B.D d’Enki Bilal ou l’ambiance de Mad Max. Le côté intemporel des machines se prête parfaitement à l’imaginaire fantastique qui se dégage du spectacle. Quelques notes de clarinette et cette curieuse caravane démarre lentement, les corps se réveillent, s’étirent et commencent à actionner ces drôles de machines: planétarium, roue à boules, caravelle décharnée, rosace à culbute, « tournezique » en folie… puis crescendo tintamarre et mouvements cycliques.
Le récit de cette épopée nous est conté par épisodes successifs par un comédien, tout au long de la déambulation, c’est «le professeur» qui sur les hauteurs de son planétarium détient et transmet la tradition orale.
Au fil de la déambulation, on découvre la vie de cette microsociété en mouvement, on partage avec elle le quotidien mais aussi des moments de crainte ou d’euphorie, jusqu’à la renaissance de la «source de vie», un final de quinze minutes à couper le souffle.Notons que les textes du spectacle présenté à Kiev dans le cadre du «Printemps Français en Ukraine» ont volontairement été traduits et seront récités en ukrainien. Un bel hommage de la compagnie du Pipototal et au-delà de la France, à nos amis Ukrainiens qui mettent cette saison sous le signe de la création contemporaine française. Christine Saint-André, chargée de production de la compagnie nous confie qu’un intéressant travail du masque et de la chorégraphie sera réalisé pour leurs prochaines interventions à Detmold en Allemagne et à Delft aux Pays-Bas avant de participer à la Fête de la Musique, le 21 juin, à Lavelanet.
Une date incontournable pour les ariégeois qui pourront venir découvrir «Juste avant la fin», la dernière déambulation poétique de la Compagnie Pipototal
Spectacle et musiques ©PipoTotal 2006 Photos et vidéo ©AriegeNews 2006 |