Saint-Lizier: un registre inédit confirme la tradition jacquaire de la cité licéroise
Un livre de 19cm sur 24cm et 4cm d’épaisseur a été apporté un beau jour aux archives de l’évêché de Pamiers. Il venait de la famille Rémy Faur de Taurignan-Vieux par l’intermédiaire de Maître André Balard.
La première page porte la date du 26 juin 1547. On y trouve les comptes rendus, les décisions, les chiffres qui montrent l’existence d’une communauté de pèlerins chrétiens entre 1533 et 1710 en Couserans.
On connaissait l’existence de ce registre au XIXe siècle puisque l’abbé Cau-Durban, prêtre et historien ariégeois en réalise une synthèse dans ses travaux de recherche sur les traces jacquaires dans le Couserans… mais ensuite plus rien, si bien que l’on pensait que ce précieux ouvrage était bel et bien perdu.
Sauvé par la famille Faur, le document est remis à Pierre Assémat, juriste de formation, membre de l’association «Le Chemin de Saint Jacques du Piémont Pyrénéen en Ariège Pyrénées» qui en fait une étude précise avant de publier la plaquette qui a été présentée à la presse le samedi 3 février en la mairie de Saint Lizier.
Son travail méthodique et précis met au jour l’existence d’une confrérie créée le 26 juillet 1533 dans la cité épiscopale de Saint-Lizier, sous le haut patronage de l’apôtre Saint-Jacques, particulièrement vénéré dans les Pyrénées depuis l’an mil.
Ce registre date en partie de 1651, il s’agit d’une compilation du document de 1533, réalisée par un clerc de l’étude de maître Jean Bordes, notaire à St-Lizier. Il évoque la vie des habitants de Saint-Lizier et des villages alentours à travers deux siècles.
Ils viennent de Lorp, Taurignan, Montjoie… on y trouve des Rouch, Bordes, Siadoux… de toutes conditions sociales mais bien décidés à vivre collectivement une aventure humaine spirituelle et chrétienne.
Si les clerc sont longtemps l’âme de la confrérie, la liste des professions exercées est consignée dans le registre soit en langue française, soit en gascon: avocat, boulanger, capitaine, chaudronnier, cordonnier, forgeron, hospitalier, maçon, maréchal ferrant, menuisier, notaire, paysan, sabotier, serviteur, tailleur… ils ont en commun leur foi et leur expérience du chemin de Saint-Jacques.
Car le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle est le passeport d’entrée dans la confrérie où il est écrit dans son règlement: «Il est statué et ordonné que tout confrère et confrairesse qui aura été audit voyage de Monseigneur Saint-Jacques en Compostelle et voudra entrer en ladite confrérie présentera une attestation légitime ou prouvera ledit voyage avec foi»
Depuis Saint-Lizier, le voyage aller-retour représente près de 2300km, qu’il soit solitaire ou qu’il parte en groupe, à pied ou à cheval, le pèlerin prépare ce périple. Les jacquets d’autrefois sont d’excellents marcheurs, ils peuvent accomplir des étapes journalières de 30 à 40km (bien supérieures aux moyennes actuelles qui sont de 25 à 30km) et le pèlerinage pédestre est plus méditatif, il donne une dimension supplémentaire à sa spiritualité.
De plus on remarquera que les pèlerins licérois ont l’habitude de partir entre le 7 mars et le 1er mai pour être de retour le 25 juillet, pour fêter l’apôtre Saint-Jacques dans leur diocèse.
Cependant, si le livre de la confrérie contient de très précieuses informations sur la durée du périple, il ne recèle aucune indication concernant les itinéraires empruntés. Depuis la France quatre grands chemins mènent à Saint-Jacques de Compostelle et depuis Saint-Lizier deux possibilités s’offrent aux voyageurs.
Ils rejoignent la voie d’Arles par Saint-Gaudens et cheminent alors avec les pèlerins qui viennent de Toulouse, ou bien ils remontent par la voie du Piémont Pyrénéen, via le sanctuaire d’Audressein, le col du Portet-d’Aspet, Saint-Bertrand-de-Comminges et le Somport. Pierre Assémat a retracé le parcours de ces pèlerins du piémont en pointant sur la carte les traces jacquaires: statuaire dans les églises (Portet d’Aspet), peintures (Audressein, Castillon) paroisse mise le patronage de Saint-Jacques (Aubert), coquille sculptée sur des maisons ou éventuellement informations toponymiques.
L’étude des statuts de la Confrérie met également en avant l’esprit de fraternité et d’entre aide qui y règnent, correspondant à l’idéal chrétien de cette époque.
Ainsi p.24 «Au cours du repas, c’est au prieur qu’il appartiendra de veiller à la bonne tenue des confères mais aussi à ce que le pauvre comme le riche ait de la viande dans son assiette…/…/… outre cela, s’il advient qu’un des membres devienne indigent ou puisse subvenir aux frais liés à sa maladie, la solidarité jouera. On tirera de la caisse commune les deniers nécessaires aux soins du confrère dans le besoin»
A travers cette publication, Pierre Assémat réaffirme la place éminente de Saint-Lizier sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Comme l’a précisé Roger Pouech président de l’association depuis 2001, «la brochure de Pierre Assémat valorise le travail de l’association Le Chemin de Saint Jacques du Piémont Pyrénéen en Ariège Pyrénées: accueil des pèlerins, échanges culturel avec le Brésil, balisage du chemin, organisation de marches en Ariège pour faire connaître le chemin et rencontre avec les pèlerins pour conseiller les marcheurs…
cette année on a tamponné 120 crédential à l’Office de tourisme de Saint-Lizier mais on peut multiplier ce nombre par trois. Le chemin de St-Jacques est synonyme de spiritualité mais aussi d’économie pour les communes car d’après les études réalisées un pèlerin dépense entre 35 et 40€ par jour dans les commerces locaux»
Enfin Etienne Dedieu, maire de Saint-Lizier a ajouté que ce registre remis par la famille Faure aux archives de l’évêché serait restauré et présenté dans le trésor du cloître de Saint-Lizier.
«on ne le perd pas, on le remet à tous /…/… de nouvelles pages s’écrivent avec l’association du Piémont Pyrénéen: Hector d’Ossun en son temps accueillait déjà à l’hôpital les pèlerins, Mgr de Marmiesse a poursuivi cette œuvre avec l’Hôtel Dieu et aujourd’hui la halte jacquaire, inaugurée en 1994, reste dans les murs de ce bâtiment dédiée à la tradition de d’hospitalité et de fraternité. Un bâtiment chargé d’histoire dont les façades ont fait l’objet d’une inscription à l’inventaire des Monuments Historiques pour en assurer la protection»
La matinée qui s’est terminée avec la remise officielle par la famille Faur du registre de la confrérie de Saint-Jacques à Mgr Marcel Perrier, évêque de Pamiers, Mirepoix, Couserans… et par une séance de dédicaces de l'auteur.
Sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle Les pèlerins confrères de Saint-Lizier 1533-1710 La quête du salut De Pierre Assémat Préface de Mgr Marcel Perrier 30p. photographies couleurs En vente à l’office de Tourisme de Saint-Lizier (8€)
Association Le Chemin de St-Jacques du Piémont Ariège-Pyrénées Site Internet: www.ariege.com/cheminstjacques Contact Danièle Pélata Office de Tourisme de Saint-Lizier Tél : 05 61 96 77 77
Photos et vidéo: ©AriegeNews 2007 |