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05/08/2007 imprimer envoyer � un ami commentaires(0)
Entretien avec Pierre Rivière maître verrier à Saint-Jean de Verges

 Le métier de maître verrier s’inscrit dans la lignée des bâtisseurs de cathédrales, prenant ses sources dans le compagnonnage, il est l’un des principaux artisans de l’expression et du rayonnement de la chrétienté à travers les âges: Saint-Denis, Chartres, Reims ou plus près de nous Fontfroide ou Conques.

Bien que l’art du vitrail remonte à la haute antiquité (des fragments de verres colorés provenant du Moyen-orient, enchâssés dans du stuc en sont les premiers témoins) des découvertes archéologiques témoignent de son utilisation à Ravenne au début de l’ère chrétienne, puis à l’époque carolingienne, c’est avec l’apparition des cathédrales que le vitrail connaît son apogée et que l’on commence à parler d’art sacré.

La technique de fabrication des vitraux, minutieusement décrite pour la première fois au XIIe siècle par le moine bénédictin Théophile dans le traité sur les métiers d’art «Diversarum Artium Schedula» s’est modifié avec le temps mais on utilisait déjà une solution de limaille de fer et d’oxyde de fer pour décorer les vitraux, des innovations techniques vont en améliorer l’esthétique et le style, notamment au XIIe siècle grâce à une meilleure épuration du sable et l’évolution du savoir faire de la cuisson, les verres sont plus fins, plus lumineux, transparents.

L’invention du jaune d’argent au XIVe siècle est également une invention technique importante car les sels d’argent agissant par cémentation, tout en restant transparents, permettent de colorer localement et d’apporter un traitement pictural d’une plus grande finesse.

Au XVI, l’émail donne au vitrail ses lettres de noblesses et peu à peu il devient un art civil, les riches bourgeois n’hésitent pas à le faire entrer dans la décoration de leurs demeures.

Il perd de son importance à partir du XVIIe siècle pour ressurgir avec force au XIXe et connaître son apothéose avec l’Art Nouveau. Les applications de verre embellissent les demeures, les bijoux, lampes et mobilier.

Le vitrail et ses dérivés inspirent les artistes et les architectes avant-gardistes à travers l’Europe, que ce soit Burne-Jones, Tiffany ou Mucha.

Aujourd’hui les maîtres verriers ne sont plus qu’une cinquantaine en France et nous avons la chance d’en avoir un en Ariège. Il s’agit de Pierre Rivière qui nous a ouvert les portes de son atelier à Saint-Jean de Verges où il travaille avec deux compagnons Vincent et Hélène.

Originaire du Pays d’Olmes, au début des années 70 il décide d’aller se former dans un des meilleurs ateliers de la capitale, chez Flamand et Ropion rue Lamarck, à Montmartre.

En 1976 il revient en Ariège où il commence à exposer ses créations personnelles avant de se voir confier par les Monuments Historiques, à la fin des années 70 une première restauration, les vitraux d’une petite église.

«A partir de ce moment j’ai su que j’étais fait pour la restauration des vitraux anciens, explique Pierre Rivière, et j’ai pris alors une orientation M-H.

Depuis et même s’il m’a fallu du temps pour maîtriser les techniques administratives et comprendre comment obtenir des commandes publiques, je suis intervenu sur plus de 500 édifices parmi lesquels les verrières de la chapelle de Bethléem de la cathédrale Saint-Just de Narbonne, les vitraux du déambulatoire de la cathédrale de Toulouse, les vitaux du dôme de la basilique du rosaire de Lourdes, Saint-Bertrand de Comminges, la cathédrale de Rodez, de Perpignan, de Montauban, l’abbaye de Fontfroide ou Laroque d’Olmes
…»

Pierre Rivière nous fait découvrir des merveilles… certes encore un peu  ternies ou abîmées mais d’ici quelques jours parfaitement restaurées: un panneau d’une baie haute provenant de la cathédrale de Narbonne.

«Un vitrail par définition, ce sont des pièces de verre assemblées avec du plomb, la plupart sont dans des églises car ils permettent d’éclairer les sanctuaires tout en délivrant un message aux fidèles, ce sont les ancêtres de la BD en quelque sorte, ajoute Pierre Rivière.

Il s’agit ici d’un détail, la tête du roi mage Gaspar qui fait partie d’un panneau du XVe siècle représentant une Nativité et qui fait 15m de haut. Notre travail consiste d’abord à prendre des photos à toutes les étapes de la restauration et à faire des relevés, ensuite nous nous attaquons au nettoyage.

On enlève tous les dépôts qui obscurcissent le décor peint du vitrail ensuite on allège les précédentes restaurations qui ont accumulé les plombs de casse  pour améliorer la lisibilité de l’œuvre.

Enfin on peut consolider le vitrail et renforcer les plombs anciens. Après plusieurs semaines de travail, les panneaux seront reposés en la cathédrale de Narbonne grâce à des échafaudages de trente mètres de haut.

Il arrive souvent que l’on double un vitrail très ancien par un panneau clair pour le protéger des intempéries et de la pollution. En définitive on est très près du sujet et on vit au cœur des monuments !
»

Au fond de l’atelier, nous sommes attirés par un vitrail de plus de deux mètres représentant un prophète. Notre maître verrier nous apprend qu’il s’agit d’une partie du chevet de la cathédrale de Pamiers.

«Un fort coup de vent ce printemps a plié en deux la verrière. Aussitôt  la mairie de Pamiers a décidé une restauration d’urgence. Là aussi même principe, un échafaudage a été monté, nous avons procédé à la dépose de l’œuvre puis nous avons travaillé en atelier, en démontant les morceaux, les nettoyant, les petites pièces collées et les plombs refaits, un peu de mastic patiné pour l’étanchéité … et le vitrail reprend toute sa force»

Il s’agit d’une œuvre datée de 1863, signée Rigaud, élève de l’atelier toulousain de Louis-Victor Gesta (1824-1884) qui a essaimé dans le Sud-Ouest et jusqu’en Amérique Latine.

Pierre Rivière nous fait découvrir une pièce unique provenant du château Laurens près d’Agde. Cette demeure est née du rêve fou d’un riche excentrique qui n’a pas hésité à faire intervenir tous les artistes en vogue à l’époque pour réaliser au final un vrai bijou d’Art Nouveau.

Passionné par Wagner, le propriétaire commande à Théophile Laumonnerie des verrières de 5,40m de haut pour son salon de musique.
«Compte tenu de l’ampleur du chantier, nous opérons d’abord sur une restauration témoin afin d'en évaluer le coût total et de réaliser les montages financiers… mais c’est une chance d’approcher de telles œuvres»

Vincent Pull travaille de puis  plus de dix ans dans l’atelier Rivière où il a été formé. «Au début, j’étais ferronnier, tailleur de pierre et je suis un peu tombé dans le métier par hasard mais aujourd’hui je n’envisage pas faire autre chose, c’est devenu ma passion»

Chaque geste a son importance, il n’y a pas de place à l’improvisation: couteau, marteau, clou de montage, roulette pour retailler le verre, pince à gruger, fer à souder…

Tous les outils sont là pour tailler les pièces réalisées afin de remplacer les manques, les caler les unes aux autres avec des clous de montage en suivant le modèle et enfin souder les lignes d’intersection à l’étain avant de mastiquer le tout.

«Un des principes de la restauration, précise Pierre Rivière, c’est que l’on ne doit pas se servir d’autres œuvres pour restaurer un panneau à restaurer, c’est une règle déontologique car dans la pratique on quand il y a des manques, on fabrique du verre, on le décore et on crée une nouvelle pièce.

Le but de notre intervention c’est de garder l’authenticité du vitrail, même quand la pièce est brisée… ce n’est pas le plomb qui en fait la qualité, l’ancienneté du vitrail c’est le verre.

Cependant, il peut arriver que l’on récupère des verrières totalement ruinées, dont les éléments pourraient servir mais c’est très rare… Quant au verre, c’est un mélange de plusieurs composants.

Depuis l’Antiquité, les techniques ont tout de même un peu changé, on arrive à reconnaître la datation du verre  par sa fabrication, son aspect avant de faire appel à un laboratoire pour une datation scientifique.

Par exemple au Moyen Age le verre est fabriqué d’une manière bien particulière: on fait tourner le verre en fusion sur des disques, cela donne de grandes lentilles dans lesquelles on coupe des pièces à l’aide d’un fer chaud et il est ensuite grugé avec des pinces.

Au XVIe, on souffle le verre au manchon et on utilise le diamant pour le couper… avec l’expérience on peut voir à l’œil nu la différence. Y compris pour le degré de corrosion. Les verres de Chartres sont très peu corrodés à la différence des verrières de Narbonne devenues très sombres avec le temps et le dépôt de corrosion
»

Enfin pour terminer ce voyage dans le temps, Pierre Rivière nous conduit près d’une porte provenant d’un château de la région de Mirepoix: «C’est un vitrail de cabinet qu’un particulier vient d’acquérir à l’occasion d’une vente aux enchères.
Il date du XIXe siècle, c’est une véritable photo, une scène de genre, il faudra le consolider mais il n’y a pas une grosse intervention
…»

Les travaux en relation avec le service des Monuments Historiques nécessitent la constitution de véritables dossiers documentaires.

«Il faut pouvoir montrer tout ce que l’on a fait à tout moment avec photos, relevés sur calques à l’appui.
A la fin du chantier nous sommes obligés de monter un rapport de restauration qui permet de valider le travail effectué qui servira de support pour les restaurations futures  et toutes les études réalisées sur les vitraux restaurés
»

Pierre Rivière n’est pas seulement un spécialiste cantonné dans la maîtrise d’œuvre, il a démontré en s’attaquant à la restauration des vitraux réalisés par Richard Burgsthal à partir de 1910 à l’abbaye de Fontfroide qu’il était capable de cerner tous les problèmes dont souffrent les vitraux et d’apporter des solutions pour les soigner.

Et quand on lui demande si l’envie de créer le démange, il répond en toute modestie: «les verriers ont toujours eu du mal à s’imposer.

Au Moyen Age la célébrité personnelle est totalement annexe. Alors qu’il existe des artistes extraordinaires, aucun vitrail n’est signé, volontairement.

Mais on reconnaît leur pâte tout de suite. Ce n’est qu’à partir du XVIe que l’on voit apparaître quelques signatures. L’art du vitrail est un art anonyme alors qu’il est un art majeur… c’est un art qui travaille avec la transparence, vecteur naturel du mystique.

Et puis il faut avoir le temps… je dois restaurer les vitraux de la cathédrale de Mirepoix endommagés par la grêle et je postule pour la restauration de ceux de Notre-Dame-du Camp à Pamiers, une restauration programmée grâce au mécénat d’entreprise de Gaz de France.

Des vitraux du XIXe siècle signés  par deux maîtres verriers de l’époque: le toulousain  Louis-Victor Gesta et Ernest Lami de Nozan … sans parler des autres chantiers
».

Pierre Rivière, un homme très occupé mais qui prend le temps d’expliquer son travail et de faire partager sa passion.

Atelier Pierre Rivière
Zone Artisanale
09 264 Saint-Jean-de-Verges
Tél : 05 61 05 34 00

(1) Au fur et à mesure des siècles, les restaurateurs ont accumulés des plombs de casse : quand une pièce est brisée, l’usage veut que l’on fasse une soudure de plomb pour la faire tenir.
(2)Il faut envisager une campagne de restauration tous les 75 à 100 ans, essentiellement pour refaire le réseau de plombs affaibli


Photos et vidéo: ©AriegeNews 2007

actualites Ariege   auteur: Laurence Cabrol  |  publié le: 05/08/2007
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