Les monuments aux morts du département de l'Ariège à l�honneur
Depuis plusieurs années, les Préfets qui se sont succédés en Ariège ont exprimé leurs souhait de protéger les Monuments aux Morts au nom du Devoir de Mémoire, mais la D.R.A.C (direction régionale des affaires culturelles) s'y opposait en prétextant que ce sont des immeubles susceptibles d’être protégés Monuments Historiques et par conséquent présentés en commission régionale.
Un compromis est cependant intervenu en demandant une protection «objet mobilier» aux seules statues.
Aussi lors de la dernière réunion de la commission de classement des objets mobiliers, Claude Aliquot, Conservateur départemental des Antiquités et Objets d’Art ainsi que les membres de la commission ont proposé un certain nombre de statues à l’inscription dont la sculpture d’Antoine Bourdelle provenant de Capoulet-Junac au classement.
Patrick Roques, chercheur au service régional de l’inventaire, a présenté à la commission son étude réalisée sur la statutaire des monuments aux morts de l’Ariège.
L’Ariège possède près de 750 lieux de mémoire, laïques ou religieux, constitués de monuments, stèles, plaques, tableaux…
Ces monuments, érigés dès la Grande Guerre, témoignent de la reconnaissance des Ariégeois envers leurs soldats morts pour la France mais également de l’évolution profonde des mentalités de l’époque.
Le soldat français est honoré pour la première fois dans le département en 1916, lorsque la commune de Bonnac inaugure son monument.
Par leur nombre, leur position privilégiée, la qualité de leurs matériaux, l’effort financier consenti par les municipalités (il faut compter entre 1000 et 1500 francs de l’époque pour le monument le plus modeste) ces édifices particuliers, lourds de symboles, occupent aujourd’hui une place importante dans le paysage local.
Jean-François Valette nommé préfet de l’Ariège au mois de mars dernier, n’a pas manqué dès ses premières sorties de rendre hommage aux Morts pour la France et a remarqué ce patrimoine inestimable.
Patrick Roques précise dans son brillant exposé illustré d’un diaporama, que dans l’Ariège, une commune sur dix, possède un monument avec une statue.
L’effort financier est considérable pour les petites municipalités puisque le prix de tels monuments s’élevait à 20.00 francs (de l'époque) en moyenne, 90.000 francs (de l'époque) pour celui de Pamiers.
«L’étude de la statuaire ariégeoise relève quatre thèmes développés : le soldat, la soldat associé à une représentation féminine, une représentation féminine seule et la représentation sociale.
- le soldat seul est représenté à travers des attitudes telles que «la surveillance», «la résistance», «les honneurs», «l’attaque», «la blessure» ou «la mort» - associé à la représentation féminine, il est défini par «les honneurs» ou «la mort» - le symbolisme féminin est observé sous les traits symboliques de «la France», «la Victoire», «la Liberté» et «la femme seule» - la représentation sociale est tardive et unique.
En effet, le monument aux morts qui présente un berger et une paysanne a été érigé en 1955 à Rimont. Village martyr, décoré de la croix de guerre 1939-1945, il porte sur la plaque de marbre les noms des habitants tués lors de l’attaque des troupes allemandes le 21 août 1944»
Si la plupart de ces œuvres, anonymes, sont réalisées selon les canons de l’époque et ne manquent pas de charme comme cette stèle émaillée du hameau de la Couronne (commune de Lesparrou), d’autres sont signées par des auteurs plus connus parmi lesquels Henri Prozsynski, pour les statues de Pamiers, Lavelanet, le Fossat et Foix, Paul Manaut pour la statue de Laroque d’Olmes, Yvonne Gisclard-Cau et Paul Manaut pour celle de Rimont, Jean-Marie Fourès pour le monument de Varilhes et pour une partie de la statuaire de Saint-Girons, Jules Déchin, Gustave Viollet à Mazères, Evariste Jonchères à Mirepoix, Robert Pagès à Tarascon ou encore le grand Emile-Antoine Bourdelle pour la représentation des trois têtes à Capoulet-Junac symbolisant la peur, la souffrance et la mort.
Celui-ci est unique, de par son auteur, Bourdelle, mais également par le maire de l’époque, le Dr Paul Voivenel et les conditions particulières de son inauguration, puisque le maréchal Pétain est venu en personne en novembre 1935 l’inaugurer dans ce petit village d’Ariège.
Le monument de Saint-Girons daté de 1924 est également exceptionnel par son auteur, Patrice Bonnet, architecte saint-gironnais, 1er Grand Prix de Rome en 1906.
Sur proposition de la commission départementale des objets mobiliers, le préfet de l’Ariège a donc décidé par arrêté du 6 août 2007 d’inscrire au titre des Monuments Historiques les statuaires de monuments aux morts suivants:
- Aulus (place): Statue en ronde bosse sur une plaque de marbre: «une femme débout, de profil, en toge, les pieds nus, le bras gauche tendant une branche de laurier, accompagnée d’un enfant nu tenant dans ses bras une corbeille de fleurs» Auteur inconnu, date inconnue.
- Betchat (place): Statue en bronze «une femme debout, voilée, le bras droit pendant tenant dans la main une couronne de laurier, le bras gauche présentant un ange de la Victoire» Auteur: Jules Dechin/ Architecte: Régis Broué, 1922.
- Capoulet Junac (Mairie): Groupe statuaire en pierre: « trois têtes figurant : la peur, la souffrance, la mort » Auteur: A. Bourdelle, 1935.
- Foix (place): statue en pierre «une femme debout, de face, voilée, les bras pendants, les mains ouvertes, libérées de ses chaînes posées sur le sol» Auteur: Henri Proszynski, 1948.
- Le Fossat (place): Statue en pierre «un ange ailé représentant la victoire, debout, vêtue d’un long manteau, la tête penchée, casquée» Auteur : Henri Proszynski, 1927.
- Galey (place): Statue en bronze «un soldat debout à l’attaque, brandissant son arme en criant» Auteur: J. Pollochi, 1927.
- Laroque d’Olmes(place): Statue en pierre: «une femme agenouillée, la tête reposant sur son genou droit, portant une alliance et tenant un rameau de laurier posé à terre» Auteur: Paul Manaut, 1933.
- Lasserre (place): buste en métal: «un soldat harnaché et casqué, le drapeau posé derrière lui» Auteur inconnu, 1923.
- Lavelanet (place) : statue en bronze «une femme debout, en toge, la tête entourée d’une couronne de lauriers, symbolisant la France, serre dans ses bras un soldat debout tenant dans ses mains des barbelés» Auteur: Henri Proszynski, 1922.
- Léran (place): statue en bronze «un soldat blessé, allongé, le bras et la main droite lui permettant de se redresser, la gauche enserrant la hampe d’un drapeau» Auteur: Nicolas Grandmaison, 1922.
- Lesparrou, lieu dit la Couronne (près chapelle Saint-Martial): Plaque émaillée «Un soldat debout, entouré du nom des soldats morts pour la France» Auteur inconnu, date inconnue.
- Massat (place): Statue en bronze «un soldat debout en sentinelle représentant la Résistance» Auteur: Pourquet, 1923.
- Mazères (place): Statue en pierre sculptée «un soldat, debout, casqué et vêtu d’une capote, au repos, l’arme aux pieds» Auteur: Gustave Viollet, 1927.
- Mirepoix (place): statue en pierre: «un soldat harnaché, debout, grièvement blessé, la tête retombant vers l’arrière, à ses pieds une femme debout en pleurs» Auteur: Evariste Jonchères, 1920.
- Montferrier (place): statue en bronze : «un soldat debout en sentinelle» Auteur: E. Camus, 1921.
- Orgibet (place): statue en bronze «un soldat debout en sentinelle» Auteur: E. Camus, 1922.
- Pamiers (place): statuaire en pierre et bronze «un cercueil porté par quatre soldats, surmonté de l’ange de la gloire, tenant une palme de la main gauche» Auteur: Henri Proszynski/ Architecte: E.Sauret, 1923
- Prat Bonrepaux (place): statue en ronde bosse en marbre «une femme debout, de profil, en toge, la tête entourée d’une couronne de laurier (symbolisant la liberté), tient une colombe à la main droite et tend une branche de laurier de la gauche» Auteur: L. Maubert, 1921.
- Prayols (place): effigie en béton coloré: «un maquisard au repos tenant une mitraillette entre les mains, représentant la Résistance» Auteur: Manolo Valiente, 1982.
- Rimont (place): ensemble statuaire en pierre «de part et d’autre d’un pilier, une femme en costume traditionnel et un berger en houppelande» Auteur: P. Manaut/ Architecte: Y. Gisclard cau, 1955.
- Saint-Girons (place): statue en pierre «une couseranaise, debout de face, en costume traditionnel» Auteur : J. M. Fourès/ Architecte: Patrice Bonnet, 1924.
- Saint-Ybars (place): statue en pierre «un soldat debout, au repos en tenue de combat, ses deux mains reposant sur le canon de son fusil» Auteur: E.P Benet, 1922.
- Saverdun (place): Statue en bronze «l’ange de la Victoire debout, brandissant deux couronnes de laurier» Auteur P. Sylvestre, 1923.
- Seix (place): Statue en bronze «un soldat au repos, le fusil posé devant lui, les mains sur l’extrémité du canon» Auteur: E. Camus/ Architecte: Belaval, 1922.
- Sentein (place): Statue en bronze: «un soldat au repos, le fusil posé devant lui, les mains sur l’extrémité du canon» Auteur: Lagarde/Architecte: Guichard, 1924.
- Tarascon/ Ariège (place): Statue en bronze «un soldat allongé, les bras repliés au dessus de la tête» Auteur: Robert Pagès/ architecte: Milles, 1965.
- Varilhes (place): ensemble statuaire en pierre: «l’ange de la victoire debout, la tête penchée déposant une couronne de laurier sur le casque d’un soldat» Auteur: J.M. Fourès/ architecte: F. Thilet, 1922.
Photos: ©AriegeNews 2007 |