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    Histoire & Patrimoine    
10/09/2007 imprimer envoyer � un ami commentaires(1)
Jean-Marc Stouffs, restaurateur de peintures murales à Vals

 Il est intervenu sur les chantiers les plus prestigieux du Sud-Ouest: les peintures XVIe de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi (81), les peintures romanes de Moissac (82) ou de Nogaro (32), les peintures du XIVe de l’église du Taur à Toulouse (31) et enfin les fresques romanes de l’église de Vals (09)…

Habitué à nous voir sur son échafaudage depuis le début de son intervention sur ce chantier, Jean-Marc Stouffs fait volontiers partager ses découvertes, explique ses méthodes de restauration… bref nous avons à faire à un passionné qui ne compte pas son temps.

Pour preuve, le chantier a commencé depuis près d’une année.
Mais attention, pour lui la profession de restaurateur c’est du sérieux.

«Aujourd’hui on devient restaurateur en effectuant une formation universitaire qui dure cinq ans, c’est un master général sur l’enseignement de la restauration avec des spécialités par la suite et des stages.

On peut devenir restaurateur de peinture murale, de peinture de chevalet, métaux, archéologie, faïences…on peut suivre l’enseignement à la Sorbonne (Paris I), à l’IFROA (institut français de restauration des œuvres d’Art)… pour ma part rien de tout cela, je suis passé par la fac d’histoire de l’Art puis je suis parti en Italie où j’ai suivi une formation à l’ICCROM à Rome (c’est une émanation des Nations Unies, le centre international pour la conservation et la restauration des biens culturels).

A mon retour en France j’ai travaillé en atelier. Aujourd’hui, après des années de pratique je suis vice-président de l’ACRMP (association des conservateurs-restaurateurs Midi-Pyrénées) et je milite pour que l’on fasse la différence entre métiers d’arts et artisans.

Les artisans n’ont pas la formation des restaurateurs-conservateurs, ils ont un savoir faire mais malheureusement bien peu ont la déontologie de notre profession…/…/… la nécessité de la multidisciplinarité, de la mise en commun des différents savoirs est essentielle
»

Concernant  le chantier de Vals, son intervention devait durer trois mois, en définitive, Jean-Marc Stouffs est installé sur place depuis septembre 2006… quand on aime on ne compte pas dit-on et ici notre restaurateur n’était pas d’accord avec l’étude préalable menée par ses confrères dans les années 1998-99 qui préconisaient entre autre un nettoyage partiel par micro-sablage, une technique nécessairement abrasive.

Jean-Marc Stouffs était quant à lui  persuadé qu’il y avait d’autres méthodes mieux adaptées pour faire disparaître ces voiles noirs ou blancs  qui recouvraient les peintures liés aux carbonations des sels en surface.

A partir de tests, essais et savants mélanges chimiques il essaie de comprendre ce qui se passe à la surface de ces peintures et réalise des compresses avec des solutions qu’il a élaborées et qu’il place délicatement sur la couche picturale.

De manière générale ces voiles disgracieux disparaissent, il peut s’attaquer à la consolidation des enduits et des couches picturales.

«L’amélioration de la lisibilité passe par le comblement des lacunes et la restauration proprement dite consiste au bouchage de toutes ces lacunes avec un mortier très fin et de la poudre de marbre, les plus importants sont traitées avec des sables colorés et les manques dans la peinture pourront être reconstitués selon la méthode «a trattegio» (technique de trait), on les distingue ici au niveau du nez et du visage quand on s’approche du personnage mais de loin, l’ensemble est harmonieux et cohérent.

Mais attention, le restaurateur doit faire un choix privilégiant la lisibilité et préservant l’authenticité de l’œuvre : on ne peut pas restituer les parties manquantes  sinon on ferait un faux
»

Aujourd’hui, Jean-Marc Stouffs est persuadé qu’il s’agit bien de fresques car la restauration a confirmé la présence de cette technique.

On appelle généralement fresques, des peintures murales réalisées en appliquant un enduit à la surface d’un mur sur lequel on pose ensuite des pigments mélangés à de l’eau ou de l’eau de chaux chargée en particules d’hydroxyde de calcium.

En séchant, il se forme à la surface de l’enduit une couche de carbonate de calcium qui va emprisonner les pigments et les fixer.
Cette technique nécessite de travailler sur un enduit frais, donc rapidement.

Le restaurateur de préciser: «deux raisons me permettent d’affirmer qu’il s’agit bien d’une fresque.

D’abord les traces d’incisions indirectes au niveau des visages de St-André et St-Matthias, pour reporter le dessin sur la surface de l’enduit. Ensuite le découpage du temps de travail car l’enduit à peindre ne reste généralement frais qu'une journée.

C'est pourquoi on appelle les différentes parties de la fresque des giornate, du mot italien qui désigne une journée de travail. Des joints ou raccords sont très souvent visibles, ils permettent d'observer la rapidité et la progression des séances de travail.

On peut en constater une grande variété qui dépend de l'adresse de chacun et de l'importance du sujet à traiter. Ici l’artiste n’a pas le temps de traiter de front les voûtes et le Christ, on voit qu’il a été réalisé sur un enduit rapporté…

La technique pour passer les couleurs est également particulière et se décompose ainsi: fonds blancs, couleurs, détourage au noir  des personnages et lettres qui viennent par-dessus réalisées à la chaux.

Après cette restauration la lisibilité de l’œuvre est meilleure, les historiens de l’Art vont pouvoir faire des études stylistiques et les mettre en perspective avec les autres fresques de la même époque.

Car ces peintures ont plusieurs influences caractéristiques: le maître de Pedret dans les coiffures, des influences byzantines (motifs de la couverture de la vierge).
A cette époque les artistes voyagent et sont influencés par ce qu’ils voient mais de là d’attribuer une œuvre à tel ou tel atelier, c’est plus difficile
»

Concernant l’iconographie de cette œuvre, Jean-Marc Stouffs évoque les travaux de Marcel Durliat, corroborant cette restauration.

«Sur le mur, une représentation d’une Adoration des Rois Mages détruite partiellement par la création d’une fenêtre (au XIV ou XVe siècle), il ne subsiste que la tête de la Vierge, l’étoile du berger et la tête de Balthazar.

Ensuite un cycle marial qui vient sur un cycle primitif lié à une déesse mère, vu la présence d’une source … c’est une implantation qui remonte assez loin dans le temps. On a donc une Annonciation avec l’Archange Gabriel, la scène est parfaitement nommée, les anges au-dessus sont des anges protecteurs.

Ensuite vient la scène où les saintes femmes donnent le bain à l’enfant dans une vasque, suivie de l’enfance du Christ. Dans la seconde travée c’est la période apostolique avec le cycle des Apôtres qui racontent l’histoire.

Il y a 16 personnages (4 sur les arcs doubleaux et 12 Apôtres dans la voûte. Dans la dernière travée, le Christ en majesté dans sa mandorle tient le Livre d’une main et bénit de l’autre, il est entouré par les symboles des évangélistes et par une série d’Archanges (séraphins et chérubins) dont certains tiennent des encensoirs et d’autres déroulent des volumens (ils intercèdent auprès du Christ pour les âmes damnées)… nous avons amélioré considérablement la lisibilité de l’œuvre
»

Cependant maintenant que le travail de restauration est presque terminé, il faut penser à l’avenir et à pérenniser ces peintures dans le temps, notamment en stabilisant le bâtiment et l’environnement climatique.

«Nous avons des problèmes de structure, précise Jean-Marc Stouffs, on le voit à travers ces fissures qui sont actives. L’évolution de la dégradation du bâtiment due à la présence de remblais et l’écoulement d’eau à l’intérieur ont tendance à déstabiliser les murs, on peut remarquer les fissures au niveau de la scène de l’Annonciation.

En 1956, l’architecte en chef Stym Popper a réalisé l’étanchéité de la voûte… c’est très mauvais car il n’y a plus d’évaporation ou de circulation d’eau par le haut de l’architecture, tous les échanges se font à travers les peintures.

Pour y remédier il faudrait rétablir le vide sanitaire. De plus chaque visiteur, en ouvrant la porte fait rentrer dans l’édifice de l’air chargé d’humidité qui vient se condenser dans les chapelles, sur les parties froides mais également sur les peintures.

Les enduits vont absorber l’eau et dissoudre les sels qui en séchant vont recristalliser en entraînant des dégâts. Pour pallier à ce phénomène climatique, il faudrait créer un sas et colmater les ouvertures de manière à minimiser les échanges thermiques avec l’extérieur.
Tous ces points doivent être étudiés pour assurer une bonne pérennité de mon intervention
»

Une restauration doit s’inscrire dans le temps et tous les paramètres extérieurs doivent être pris en considération.

La protection du patrimoine est souvent le fait d’associations locales qui éveillent les consciences. Ainsi en 1969 l’association des Amis de Vals voit le jour avec pour objectif la mise en valeur et la protection de l’église et du site archéologique.

Sans son travail sur le terrain et la volonté politique du maire, Jean Pons, celle du président de la Communauté des Communes de la Moyenne Vallée de l’Hers, André Roques, qui se sont battus pour monter les dossiers auprès de la DRAC, la restauration des fresques de l’église n’aurait pu être envisagée.

Cette année les journées européennes du Patrimoine, les 15 et 16 septembre ont pour thème les métiers du patrimoine, des hommes et des femmes au service des biens culturels.

Une occasion unique de venir découvrir les fresques de Vals et de rencontrer ce spécialiste des peintures murales qui pourra évoquer son intervention et répondre à toute les questions des visiteurs.

Contact:
Serge Alary: Association les Amis de Vals 06 82 42 71 65
Office de Tourisme de Mirepoix: 05 61 68 83 76

Photos et vidéo: ©AriegeNews 2007

actualites Ariege   auteur: Laurence Cabrol  |  publié le: 10/09/2007
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