Couserans: quand la Toponymie met à mal quelques idées reçues!
L’étude des noms de lieux, ou toponymie réserve souvent des surprises.
Tel est le cas en Couserans, pays sur lequel s’est penché, pendant plus de deux ans, Robert Maumont, linguiste passionné d’onomastique (étude des noms propres).
Originaire de Gourbit, en Ariège, cet universitaire veut «dépoussiérer cette science méconnue qui n’a quasiment rien produit depuis un siècle» La toponymie donne trop souvent lieu à des ouvrages approximatifs et par trop romancés. Robert Maumont effectue pour sa part des recherches en profondeur, sans fioritures.
«C’est une vraie science, il ne faut pas broder»
N’allez surtout pas en déduire que son ouvrage sur le Couserans est austère et réservé à quelques spécialistes! Loin de là, l’auteur l’a voulu agréable à lire et il est vrai qu’il se picore au hasard des pages et des recherches. C’est d’ailleurs ainsi qu’on y apprend des choses étonnantes.
Chacun connaît la légende du Salat. Cette rivière aux neuf sources qui traverse le Couserans du haut en bas serait née des neuf larmes versées par une princesse espagnole venue se réfugier dans les montagnes du Couserans pour fuir son pays ravagé par les sarrasins.
Le Salat serait donc salé, comme les larmes de la princesse, d’où son nom. Mais, tout baigneur qui a bu une tasse dans cette rivière a pu constater que l’eau venant de la montagne n’est pas plus salée que celle de l’Arac qui, pourtant, traverse la ville de Massat!
En fait le nom du Salat vient du latin «Saltus» qui signifie «défilé forestier», pris ici dans le sens de «le défilé, la gorge» (Sous-entendu: «de la montagne») Le Salat est donc la rivière qui descend de la montagne par des gorges étroites.
Autre exemple, l’origine de la ville de Saint Girons. On pense généralement que «Saint Girons était un saint d'origine vandale,… »
Ce vandale «Sancti Géronti» aurait été converti par Saint Sever et tué par les Wisigoths vers le Vème siècle. Or, comme le fait malicieusement remarquer R. Maumont: « on se demande comment Saint Girons, martyr du IIIème siècle aurait bien pu être (au Vème siècle), un vandale converti par Saint Léger (en réalité saint Lager).
Surtout quand on sait de surcroît qu’il n’y a jamais eu dans l’histoire que deux Saint Léger: un qui fut évêque d’Autun au VIIème siècle et un autre, évêque de Saintes, toujours au VIIème siècle»
En fait le saint homme qui a donné son nom à la capitale du Couserans était grec, vécut au IIIème siècle et fut un martyr de la légion Thebaine.
La légion Thébaine, conduite par Saint Maurice était formée, pour ceux qui pourraient encore l’ignorer, de soldats chrétiens qui furent massacrés sur ordre de l’empereur pour avoir refusé de prendre part à un sacrifice aux Dieux à Agaune, dans le valais, en Suisse. Etonnant, non?
En annexe de cette passionnante étude, se trouve «Les anciennes mesures agraires» dans laquelle on apprend, par exemple qu’un arpent correspondant officiellement à 4.222 m². On peut trouver l’ouvrage de Robert Maumont dans toutes les bonnes librairies du Couserans et d’ailleurs.
Photo: ©AriegeNews 2007
La toponymie a pour objet l'étude des noms de lieux, ou toponymes. Dans le domaine linguistique, elle constitue l'une des deux branches de l'onomastique ou étude des noms propres (au sens large), l'autre étant l'anthroponymie, ou étude des noms de personnes.
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