Le congrès de la FDSEA de l�Ariège prend une dimension nationale
Mercredi dernier, la fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles de l’Ariège a tenu son Assemblée Générale aux Forges de Pyrène.
Parmi les personnalités, Jean-Pierre Bel sénateur de l’Ariège, le député Henri Nayrou, Benoît Alvarez, maire de Montgailhard mais surtout deux personnalités du monde agricole venues à l’invitation du président François Toulis: Jean-Michel Lemétayer, Président de la FNSEA et Président du COPA (Comité des Organisations Professionnelles Agricoles de l’Union Européenne) et Henri Nallet, Conseiller d’Etat et ancien Ministre de l'Agriculture et de la Forêt.
Avant d’aborder la partie statutaire, François Toulis, président de la FDSEA de l’Ariège, a listé les problèmes que rencontraient les agriculteurs ariégeois: foncier, gestion et valorisation de l'eau, biotechnologies, emploi, dégâts du grand gibier et de l'ours, pastoralisme.
Il a ensuite évoqué les missions à poursuivre pour les prochaines années, en relation avec les Jeunes Agriculteurs, les anciens exploitants et la chambre d’agriculture dont le syndicat est désormais le fer de lance.
«En tant que syndicat majoritaire représentant dans le département plus de 500 adhérents, notre structure bénéficie d’une écoute plus attentive… Aujourd’hui notre réseau nous permet de répondre avec précision aux interrogations de nos adhérents.
Pour parfaire cette ambition, nous venons d’embaucher une juriste spécialisée sur les questions d’emploi et de droit rural. Nous mettons cette personne au service de tous les agriculteurs ariégeois»
L’après-midi, les personnalités invitées, ont participé à un débat au cours duquel chacun a fait part de sa vision de la Politique Agricole Commune à moyen et long terme et de ses implications pour un département comme l’Ariège.
Il est vrai que cette année le Salon de l’Agriculture a pris une dimension particulière, non pas par les petites phrases échangées ici ou là au détour d’une allée mais par le discours d’un président qui compte bien remettre l’agriculture au cœur du débat.
«C’est le premier discours de politique agricole d’un président explique Jean-Michel Lemétayer, c’est encourageant pour le monde agricole qui se sent mobilisé, avec pour enjeu de réaffirmer l’ambition agricole de l’Europe. Au mois de juin la France accède à la présidence de la commission européenne, il faut impulser un débat qui soit commun à tous»
Tous les intervenants ont souligné l’ambiance particulière qui régnait au Salon, amplifiée certainement par le débat sur le pouvoir d’achat qui a permis de recentrer les choses et de mettre l’agriculture au cœur des discussions.
Est-ce une nouvelle donne mondiale? On peut s’interroger. Pour Henri Nallet, il y a un changement profond dans les mentalités, l’agriculture est redevenue un problème stratégique.
«Il faut penser au 9 milliards d’habitants à nourrir, on nous demande de produire des carburants bio… nous aurons besoin pour cela de toutes les terres agricoles européennes et de tous les agriculteurs.
Ensuite nous voulons des produits agricoles de qualité, une agriculture performante et respectueuse de l’environnement… c’est beaucoup et si l’agriculture revient au centre des débats c’est une bonne chose mais il ne faut surtout pas rater la présidence française»
Concernant le bilan de santé de la PAC, pour l’ancien ministre, les choses sont claires: «Il faut arrêter la dérégulation … la commission européenne est influencée par une idéologie ultra-libérale, elle cherche à sauver la ligne budgétaire de 40M€ de la PAC en mettant l’agriculture européenne à la merci d’une concurrence qui n’est pas loyale»
Pour Jean-Michel Lemétayer, «le mécanisme de marché manque de souplesse car si le secteur céréalier se porte bien, pour l’élevage c’est moins idyllique. L’Europe a commencé à 6 et aujourd’hui il y a 27 pays autour de la table, il faut donc afficher l’ambition agricole de l’Europe avec des filières dynamiques»
François Toulis, président de la FDSEA et de la Chambre d’Agriculture de l’Ariège monte à son tour au créneau.
«Au moment où la commission européenne fait jouer la dérégulation, dans le même temps, on entrave nos moyens de production avec l’éco conditionnalité, les phytosanitaires, les OGM… et on exporte des animaux qui ne sont soumis à aucune de ces règles…l’opinion ne comprend pas la flambée des prix qui est une conséquence directe de la dérégulation !»
«Nous n’avons plus de stock de céréales, de poudre de lait, de viande bovine, souligne Henri Nallet, que se passe-t-il si nous rencontrons un accident climatique comme il y a deux ans ?
Concernant le programme alimentaire, c’est encore plus grave, les réserves sont telles que dans trois mois on ne pourra plus apporter une seule ration alimentaire à la Sierra Leone ou à l’Erythrée.
Il faut réfléchir droite et gauche confondues à un vrai stock de régulation car ce sont des choix stratégiques qui conduiront à la guerre ou à la paix… les émeutes frumentaires au Mexique, en Indonésie avec une augmentation de 40% des rations de base sont des questions tout a fait vitales et d’actualité»
Jean-Michel Lemétayer, également responsable du COPA, d’ajouter: «on attend de notre agriculture qu’elle soit productiviste, quelque soit le modèle agricole, il faut remettre de la production sur le marché, on a besoin de chaque paysan, quelque soit sa production et on a besoin de tous les hectares. Il faut installer la nouvelle politique agricole dans la durée»
«Les consommateurs ont beaucoup d’exigences aujourd’hui, il faut s’adapter, comme l’étiquetage nutritionnel, explique Henri Nallet. Mais il faut d’autres instruments que de simples contrôles bureaucratiques. Si l’on s’impose des contraintes, il faut que ces règles soient discutées à l’OMC et qu’elles s’imposent à tous»
Jean-Michel Lemétayer est également en faveur d’une harmonisation européenne que ce soit pour les OGM, les phytos ou le social.
«Quand on pense que les saisonniers coûtent 30% plus cher en France que dans les autres pays de la communauté européenne! Notre première exigence est faire que l’Europe marche du même pas»
Concernant les OGM, Henri Nallet se positionne clairement: «les autorités françaises toutes couleurs confondues sont bien peu courageuses… le financement de la recherche est retardé, les gens qui se permettent de faucher doivent être mis au trou…avec l’IRD, le CIMA, l’INRA nous avions le meilleur potentiel de recherche en matière de biotechnologie, aujourd’hui les chercheurs s’en vont.
Cela n’empêche pas Monsanto et les autres de mettre au point de nouvelles variétés sur des céréales qui n’ont pas besoin d’une grande quantité d’eau et qui produisent davantage… mais quand on aura plus de semences autonomes on devra les acheter aux Etats-Unis.
Il faut pouvoir les étudier, les expérimenter et au besoin les utiliser, si elles apportent quelque chose. C’est certainement une solution pour sortir de la problématique de la pénurie d’eau … les choses doivent être clarifiées, nous espérons que le projet de loi adopté après les municipales le permettra»
Enfin les invités ont loué la politique agricole volontariste de la France. Pour Henri Nallet: «Nous devons inventer une PAC du XXIe siècle plus respectueuse de l’environnement, à l’écoute des consommateurs mais toujours productive et efficace»
François Toulis s’est félicité des propositions de la chambre d’agriculture lors de sa session exceptionnelle: «elle a préconisé un découplage total des aide à la production et revendiqué l’instauration d’un système simplifié avec une aide unique sur le premier pilier: le DPU avec un complément de 200 euros/ha pour les surfaces en herbe qui constituent un atout pour notre département»
Tous s’accordent à dire que l’on aura de plus en plus besoin de viande bovine et de produits laitiers face à une demande mondiale en augmentation croissante.
Un débat de haute volée dans lequel l’agriculture a retrouvé une position stratégique, et ce malgré les inquiétudes exprimées par Jacques Hato agriculteur à Roquefort les Cascades, qui en début d'assemblée générale avait commenté la situation: «Les paysans sont les premiers habitants de la campagne, et nous sommes devenus indésirables: il faut que ça s'arrête» Aurait-il été entendu ?
Photo: ©AriegeNews 2008 |