Les enjeux de la politique de l�eau face aux changements mondiaux
 Selon le GIEC, groupe d’experts mondiaux, d’ici la fin du 21ème siècle, les augmentations de températures seraient au niveau mondial de +1,8°C à +4°C.
En France, ces augmentations seraient en moyenne de 2°C en 2050 et de 3,2°C en 2100 par rapport aux années 1960 à 1990. Et déjà, les températures observées entre 2000 et 2006 sont dans la fourchette supérieure des projections du GIEC.
Ces augmentations de température auront des conséquences pour l’agriculture, la sylviculture et les écosystèmes naturels. Ces impacts sont déjà palpables sur la précocité de la végétation et sur les cycles des cultures.
20 à 30% des espèces animales et végétales connaîtraient un risque d’extinction si l’augmentation moyenne mondiale dépasse 1,5 à 2,5°C.
Le milieu aquatique n’est pas épargné. On observe déjà des migrations précoces de poissons et un changement de leur aire de répartition dans les rivières.
D’ici 2050, les débits moyens annuels des rivières aux hautes latitudes et dans certaines zones tropicales humides augmenteraient de 10 à 40%.
Ceux de certaines régions sèches des latitudes moyennes et tropicales arides diminueraient de 10 à 30 %. Les surfaces touchées par la sécheresse vont probablement s’étendre.
Les événements de fortes précipitations, plus fréquentes, aggraveront les risques d’inondation. Au cours du siècle, les ressources en eau stockées dans les glaciers et la couverture neigeuse devraient décliner.
La disponibilité en eau de certaines régions alimentées par la fonte des neiges des grandes chaînes de montagne (où plus d’un sixième de la population mondiale vit actuellement) se réduira.
En Europe: risques d’inondation éclair et côtières plus fréquents, érosion côtière (tempêtes, élévation du niveau de la mer, pression humaine).
Dans le sud: hautes températures et sécheresses plus intenses, eau moins disponible, réduction du potentiel hydroélectrique, du tourisme estival et de la productivité des cultures. Les impacts négatifs l’emporteront sur les bénéfices (demande réduite de chauffage, productions agricoles et croissance des forêts accrus) dans le nord de l’Europe.
En matière de poissons migrateurs, les bassins versants du nord de l’Europe gagneraient de nouvelles espèces, à l’inverse des bassins du sud de l’Europe.
Pour le bassin Adour-Garonne, en 2050, les précipitations hivernales seraient identiques par rapport à aujourd’hui (avec cependant une forte réduction des précipitations neigeuses et du manteau neigeux en moyenne et haute montagne) mais les étés seraient beaucoup plus secs.
Les simulations prévoient ainsi une baisse des débits d’environ 16 % en hiver, très marquée au printemps (environ 36 %), avec un passage en régime d’étiage un mois plus tôt. Les débits d’étiage (débit minimum d’un cours d’eau calculé sur un temps donné en période de basses eaux) diminueraient d’environ 25 % en été et le risque d’étiages sévères serait doublé.
Le changement climatique est inéluctable et ses effets risquent de perdurer pendant des centaines d’années.
En 2050, l’humanité pourrait se stabiliser à 9 milliards d’individus et la terre afficher «complet» La France compterait 70 millions d’habitants.
5 milliards d’individus souffriraient de maladies engendrées par la pollution de l’eau, un être humain sur deux vivrait en deça du seuil de pauvreté.
En Adour Garonne, la population augmenterait de 16% entre 2005 et 2030 et le vieillissement serait inéluctable. Un tiers des habitants du bassin serait âgé de plus de 60 ans en 2030 contre 25% en 2005.
Midi-Pyrénées connaîtrait la plus forte croissance démographique (liée en particulier aux migrations interrégionales), suivie par l’Aquitaine et Poitou Charentes. A l’inverse, le Limousin progresserait faiblement et l’Auvergne serait en décroissance.
Alors que la ressource risque de diminuer, les prélèvements d’eau potable vont s’accroître mais de façon inégale compte tenu de la forte hétérogénéité démographique entre quelques départements urbains fortement peuplés (la Gironde et la Haute-Garonne concentrent 35% de la population) et de nombreux départements ruraux.
A cela s’ajoute une amplification de l’étalement urbain vers les zones rurales et une augmentation saisonnière de la population liée à l’afflux touristique, qui compliquent la gestion de l’eau.
Les enjeux énergétiques (épuisement à terme des énergies fossiles et augmentation des besoins mondiaux) auront un impact qualitatif et quantitatif sur les ressources en eau et contribueront aux tensions sur les marchés alimentaires.
L’hydroélectricité fait partie des énergies renouvelables à développer: elle représente actuellement 11 % de l’énergie électrique produite en France et 90% de sa production électrique d’origine renouvelable. L’hydroélectricité pourrait contribuer pour environ 10% à l’atteinte de l’objectif européen de 21% d’électricité renouvelable en 2010.
Le Bassin Adour Garonne et ses 1070 usines produisent près de 25% de l’hydroélectricité française et disposent d’un potentiel résiduel non exploité correspondant à environ 40% des objectifs nationaux.
Mais l’hydroélectricité n’est pas sans effets négatifs sur le milieu aquatique car les ouvrages perturbent la continuité biologique et le fonctionnement des rivières. La recherche d’un équilibre entre la préservation des milieux naturels et le développement de l’hydroélectricité s’impose. Ces enjeux sont pris en compte dans le projet de SDAGE 2010-2015.
La production d’agrocarburants de 1ère génération représente également une alternative énergétique et contribue à l’élargissement des débouchés économiques agricoles. Cependant, leur production peut avoir des impacts sur la qualité de l’eau, liée aux pollutions diffuses azotées ou phytosanitaires, ainsi que sur la quantité d’eau et la biodiversité.
L’avenir appartiendrait plutôt aux agrocarburants de seconde génération dont la production s’appuie sur des cultures pérennes ou lignocellulosiques, nécessitant moins d’intrants et moins d’eau en période d’étiage. Leur bilan énergétique est également supérieur aux filières actuelles.
L’eau est au coeur de tout. Les scientifiques estiment que l’humanité dispose seulement d’une quinzaine d’années pour modifier radicalement ses comportements et éviter les perturbations les plus extrêmes.
Le Comité de Bassin Adour-Garonne a pris en compte ces données pour élaborer le projet de SDAGE 2010-2015.
Ce dernier comporte ainsi deux stratégies parallèles : organiser une gestion efficiente de l’eau tenant compte de l’accroissement des déficits et anticiper les risques de rupture à long terme en créant les réserves nécessaires.
Les actions de prévention pour atténuer les pressions actuelles sur les ressources en eau ne sont pas oubliées. Il faut aussi veiller à protéger les espèces existantes et les milieux aquatiques.
Tous les usagers sont concernés. Cette approche implique un mode de gestion collectif pour l’Agence de l’Eau Adour-Garonne et ses partenaires.
Le bassin Adour-Garonne en bref Le bassin Adour-Garonne représente en surface 1/5 de la France et comprend près de 7 millions d’habitants.
Il couvre deux régions en totalité -Midi-Pyrénées, Aquitaine - et quatre régions partiellement : Poitou-Charente (départements 16, 17, 79 et 86), Limousin (départements 19, 23 et 87), Languedoc-Roussillon (départements 11, 30 et 34) et Auvergne (départements 15 et 63).
Avec une vocation agricole affirmée, des espaces naturels originaux protégés et un attrait touristique remarquable centré sur l’eau et la nature, le bassin Adour-Garonne est le seul bassin où subsiste le cortège complet des poissons grands migrateurs (saumon, alose, lamproie, anguille, esturgeon...)
Son agriculture diversifiée, qui s’appuie sur l’irrigation (40% des surfaces irriguées françaises) et l’élevage est à la base d’un secteur agro-alimentaire développé.
Le SDAGE (Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux) et son programme de mesures
Un SDAGE est un document fixant pour 6 ans les objectifs d’amélioration de la qualité des eaux d’un bassin et sa gestion quantitative. Son programme de mesures décrit les actions permettant d’atteindre ces objectifs. Instauré par la loi sur l’eau de 1992, les premiers SDAGE ont été adoptés par les Comités de Bassin en 1996.
Ils marquent une étape capitale dans la définition et la conduite de la politique de l’eau en France. Issu de débats et de concertation entre les élus, les usagers, les associations, les services de l’Etat, le SDAGE a une légitimité reconnue.
Le SDAGE se traduit par un ensemble de mesures: - définissant les objectifs, les règles collectives et les actions prioritaires pour l’eau et les milieux, - répondant avec équité aux besoins de développement durable des activités humaines dans le respect des équilibres naturels.
Le SDAGE Adour-Garonne pour 1996-2009 comportait 119 mesures. Le SDAGE est décliné au niveau local des sous bassins au travers des SAGE (Schémas d’Aménagement et de Gestion des Eaux).
Le SDAGE 2010-2015 remplacera à partir de 2010 celui qui est mis en oeuvre depuis 1996. Il prend en compte les préconisations de la Directive Cadre sur l’Eau de 2000. Une consultation du public en 2005, conformément à la convention d’Aarhus (cf dossier de presse), a permis d’en fixer les 6 objectifs principaux: une meilleure gourvernance, des impacts d’activités humaines réduits, des milieux aquatiques préservés et restaurés, une eau de qualité suffisante pour tous les usages, une gestion rationnalisée des excès et des déficits (crues, sécheresses), une gestion de l’eau partenariale au coeur des territoires.
Pour atteindre ces objectifs, 3 priorités ont été dégagées: -réduire les pollutions diffuses de toutes origines (nitrates, persticides, produits toxiques...), -préserver et restaurer les fonctionnements des milieux aquatiques (zones humides, cours d’eau remarquables, réservoirs biologiques) et des populations de poissons migrateurs, -maintenir des débits suffisants dans les rivières et les estuaires en été et en automne.
Les préconisations de ce projet de SDAGE, traduites dans 210 dispositions, seront soumises à la consultation du public en 2008. Pour les actions, des secteurs géographiques prioritaires ont été identifiés. Des contrôles seront bien entendu effectués pour évaluer ces actions.
Le coût des actions nécessaires a été évalué à près de 4 milliards d’euros entre 2010 et 2015.
Sa mise en oeuvre fait intervenir de nombreux acteurs: -l’Agence de l’Eau et principaux financeurs (Région, Conseil Général...), les services de l’Etat (MISE, DIREN...), les structures de gestion de bassin au niveau local, -mais aussi les différents maîtres d’ouvrages publics (collectivités etc.) et privés (industriels, agriculteurs...), la communauté scientifique et les bureaux d’études, les acteurs de l’urbanisme, opérateurs fonciers, usagers...
Quel est l’état actuel des eaux du bassin Adour-Garonne?
La qualité biologique des rivières s’affaiblit dans les secteurs les plus fortement marqués par les pollutions d’origine domestique, industrielle ou agricole ou dont les caractéristiques physiques ont été radicalement modifiées.
Sauf en haute montagne, la qualité biologique de nombreux lacs reste faible et on note la présence de plantes exotiques qui prolifèrent, notamment sur le littoral aquitain. Les pollutions domestiques et industrielles sont assez bien maîtrisées.
Les impacts les plus marqués sont liés aux apports diffus de nitrates et de pesticides, agricoles pour l’essentiel. Globalement, les teneurs en nitrates des eaux superficielles et souterraines semblent stabilisées.
Les pollutions par les matières organiques, l’azote réduit et le phosphore sont maintenant limitées et les proliférations végétales en rivières restent à un niveau modéré.
La qualité des plans d’eau est plus inquiétante en raison de l’accumulation de nutriments dans l’eau et les sédiments. Les rejets toxiques et de métaux (surtout en aval des pôles artisanaux ou industriels du traitement de surface, du cuir ou de la métallurgie, d’anciennes mines) ne cessent de diminuer. La présence significative de cadmium et de zinc dans le Lot reste l’un des enjeux importants du Bassin car son impact est perceptible jusque dans la baie de Marennes Oléron.
Le bon état des eaux en 2015:
Le bon état des eaux, exigé par la Directive Cadre sur l’Eau ne pourra raisonnablement pas être atteint sur tous les milieux aquatiques en 2015. Il faut tenir compte de leur inertie naturelle (temps nécessaire pour que les actions réalisées produisent des effets positifs et mesurables notamment dans les eaux souterraines).
Certaines actions sont longues à réaliser, la connaissance fait parfois défaut ou les techniques sont absentes, ou les coûts très importants. La DCE a donc prévu, moyennant justifications argumentées, la possibilité de reporter le délai d’obtention du bon état des eaux à 2021 ou 2027.
Pour Adour-Garonne, le Comité de Bassin estime que plus de la moitié des masses d’eau pourraient être en bon état en 2015, 84 % en 2021 et 100 % en 2027. La Commission Européenne sera régulièrement informée sur l’état des milieux aquatiques et l’atteinte des objectifs.
Sources: Bassin Adour-Garonne Crédit photo: Dmitry Sunagatov |