Quatre portraits d'évêques de Mirepoix classés au mobilier historique
 Quatre portraits d'évêques de Mirepoix, trois huiles et une gravure, ont été classés au mobilier historique le 26 juin 1908.
A l'occasion du centenaire de ce classement, une conférence était proposée le dimanche 22 juin 2008, à 15 heures, en l'église cathédrale de Mirepoix par Martine Rouche. Le propos était de découvrir l'essence d'un caractère et celle d'une époque finissante grâce à l'analyse du portrait de chaque évêque, croisée avec des documents d'archives et des textes littéraires.
Le portrait de Louis Hercule de Lévis Ventadour, le plus grand par les dimensions, le plus riche par les détails, nous plonge dans le Grand Siècle.
Personnage important sur le plan spirituel mais aussi homme de son temps et personnage politique aux Etats Généraux du Languedoc, Louis Hercule de Lévis Ventadour reste dans la mémoire architecturale de la ville de Mirepoix: le (désormais) vieux cimetière, l'église Notre-Dame-et-Saint-Michel, érigée selon la volonté et avec le financement de sa contemporaine Anne d'Escala.
D'autres constructions ont disparu, comme le séminaire du Rumat, ou la confrérie des Pénitents Blancs encore présente dans l'odonymie. Son acte de décès décrit sur deux pages très détaillées le protocole de ses funérailles, selon les «artes moriendi»: chacun se devait de réussir une belle mort pour lui-même, devant Dieu mais aussi devant les hommes.
Son successeur, Pierre de la Brouë, nous est présenté dans une gravure de Tournelles, qui reprend un buste gravé de Claude Duflos, à partir d'un portrait de Simon Depape, réplique d'un portrait de cet évêque par Hyacinthe Rigaud.
A l'heure actuelle, le tableau original n'est pas localisé. Ce portrait d'apparat montre Pierre de la Brouë assis non loin de sa bibliothèque: cela rappelle à la fois l'implication du prélat dans les problèmes de dogme (Biblia Sacra), sa place à l'Académie des Jeux Floraux, mais aussi sa grande amitié et sa correspondance avec Bossuet.
Sans oublier que Madame de Sévigné signale sa nomination dans une lettre au comte de Bussy-Rabutin. C'est sous son épiscopat que furent démolis les remparts sud et est, et que fut mis en œuvre le chemin de Mirepoix à Montlouis, selon les ordres de Louis XIV et Le Tellier.
Les portraits des deux derniers évêques de Mirepoix, Jean-Baptiste de Champflour et François Tristan de Cambon, sont des copies XIXe de portraits XVIIIe.
Ces copies furent exécutées entre 1844 et 1850 à la demande de M. le duc de Lévis-Mirepoix. Soucieux du bien public et de son diocèse, Jean-Baptiste de Champflour consacra le temps de son épiscopat à soulager la misère, soutenir financièrement l'hôpital et visiter ses églises pour s'assurer de leur bon état. Selon ses vœux, il fut enterré à l'église Notre-Dame-et-Saint-Michel.
Dernier évêque de Mirepoix, François-Tristan de Cambon passa les dernières années de sa vie à Toulouse où il s'était réfugié pour fuir les troubles de la Révolution. Il consacra beaucoup d'argent et d'efforts, toutefois, à reconstruire l'hôpital.
C'est sous son épiscopat que fût construit le très beau pont de sept arches, en grès, selon les travaux de Jean-Rodolphe Perronnet.
Plus mondain que rural, plus intéressé par la littérature que par son diocèse, François-Tristan de Cambon se réfugia à Toulouse où il mourut en 1791, laissant vacant le siège épiscopal. Son décès, rédigé en une note très modeste, marqua la fin de la présence épiscopale dans la ville de Mirepoix.
Prenant le centenaire du classement de ces quatre portraits comme prétexte initial, Martine Rouche a pu dégager la personnalité complexe de chaque prélat, souligner l'évolution de l'attitude face à la mort au XVIIe, puis au XVIIIe siècle, et montrer pour finir que quatre actes de décès relevés aux archives reflètent le passage du Grand Siècle finissant à l'époque moderne.
Photos: ©AriegeNews 2008 |