Patrimoine: «Le Pont du Diable», un monument du 19ème siècle, et non du 13ème � Les explications de Jean-Jacques Pétris�
 Il s’agit là, d’une révélation qui risque de faire couler beaucoup d’encre…
En effet, Jean-Jacques Pétris, historien bien connu en Ariège, révèle sur le site de «Histariège», que le «Pont du Diable» monument historique classé, implanté sur la commune de Montoulieu, n’est pas un édifice du 13ème siècle, mais seulement du 19ème siècle.
Il explique, qu’aucun texte ne mentionne avant la Révolution, ou dans les toutes premières décennies du 19ème siècle, l’existence d’un pont à cet endroit.
Il rajoute, que cela paraît surprenant, car un tel ouvrage n’aurait pas manqué d’être cité, soit pour des péages, soit pour des réparations à y faire.
A ce propos, et lors d’une toute récente rencontre, il expliquait: «…Sur un cadastre ne comportant pas de plan, écrit un peu avant la Révolution, il n’est pas question de construction d’un pont en bordure de l’Ariège, ni ailleurs.
Ensuite, je suis allé voir le cadastre Napoléonien (1812), et là non plus il n’y avait rien… Pas de pont. Par contre, le pont commence à figurer en 1848, sous l’appellation de «Pont de Saint-Antoine»…
En 1994, alors que je faisais des recherches sur Saint-Paul-de-Jarrat, j’ai trouvé qu’il était dit dans deux délibérations concernant le Pont de Saint-Antoine, que la route reliant Montoulieu à St-Paul-de-Jarrat, présentait des problèmes, et qu’il fallait l’accord des héritiers (famille Lamarque), pour engager des travaux…
J’ai regardé les matrices cadastrales… J’ai recherché, et j’ai trouvé une lettre du polytechnicien Léo Lamarque, qui a écrit au préfet de l’époque, pour lui demander l’autorisation de construire un pont, un moulin à farine, et deux fours à chaux.
Il se disait propriétaire des deux rives… J’ai recherché dans les actes notariés, et j’ai découvert des actes d’achats de Léo Lamarque, où il est bien spécifié, que côté Montoulieu, le terrain était enclavé. Sur cet acte, le vendeur de la parcelle côté Mercus-St-Paul-de-Jarrat mentionne, que Léo Lamarque a bien l’intention de construire un pont...
Ce même vendeur, demande même en contrepartie le droit de passer sur ce pont… A cette époque, que ce soit à l’école polytechnique, à l’école d’application de Metz, tout le monde travaillait sur l’étude des roues hydrauliques…
Léo Lamarque, qui a travaillé avec Jean Victor Poncelet, «le pape de l’hydraulique», avait pour ambition de fabriquer une roue hydraulique de son invention… Il a ainsi créé une roue, qui entraînait un système de bras, entraînant eux-mêmes des meules.
Le tout a été expérimenté entre les deux arches du pont, au niveau du tourbillon, sans passer par un canal d’amenée de l’Ariège…J’ai retrouvé une étude de la solidité des assises des piliers, ayant nécessité une exploration sous-marine…
Dans les courriers existants de la famille Lamarque, il est fait à de nombreuses reprises allusion à la construction, et à toute l’expérimentation de cette roue du moulin, son aspect technique, et ses incidents (roue qui a cassé, les crues, des reconstructions de piliers avec de la chaux de Nalzen etc…)
…Léo Lamarque était le beau-frère d’Adolphe Garrigou, qui était un historien, et un industriel de Tarascon. C’est Adolphe Garrigou, qui avec le concours d’un chef de chantier a fait construire le moulin et le pont, pour le compte de Léo Lamarque.
Ce qui est sûr, c’est que le pont et le moulin ont été construits en 1836. A la fin des «Forges à la Catalane», les familles Lamarque, Garrigou et autres, ont construit les hauts fourneaux de St-Antoine.
A ce moment là, Léo Lamarque arrête ses expérimentations de roue hydraulique au moulin. Il partira en Algérie, où comme militaire, il décédera d’une fièvre comateuse. Le pont et le bâtiment deviennent alors, une annexe des hauts fourneaux.
Ensuite, le département et les communes voisines, demanderont à ce que le pont devienne une route. Le préfet de l’époque, demandera à Adolphe Garrigou de donner le pont…
Actuellement, le pont est la propriété du département, et la bâtisse appartient à EDF… Une particularité du «Pont du Diable», c’est qu’il possède 4 arches, et non deux… Le «Pont du Diable» a été classé monument historique en 1942, grâce à un architecte des Bâtiments de France, intervenu pour éviter la construction d’un barrage à cet endroit»
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Photos: ©AriegeNews 2008 |