Henri Nayrou: «j'ai été surpris que l'on m'appelle Monsieur le Président»
Seuls la tablette numérique et les deux téléphones portables trahissent le changement de locataire. Pour le reste, le bureau du Président du Conseil général ne laisse paraître aucune différence. Même le seigneur isard trône encore derrière le fauteuil présidentiel, presque souriant sur une affiche de la réserve naturelle d’Orlu.
C’est dans la sobriété de ce décor qu’Henri Nayrou a accepté de nous accorder sa première interview de président, au mitan d’une semaine rythmée entre un lundi après-midi d’électionen séance plénière (lire notre article du 03/11/14), et un déplacement à Pau, jeudi, à l’occasion du congrès national de l’ADF, et une rencontre avec le Premier Ministre Manuel Valls.
Henri Nayrou, quel a été votre premier acte de président nouvellement élu?
«Mon premier acte n’a pas été d’entrer dans le bureau du président Bonrepaux, ni parsuperstition ni par crainte, mais par principe. Je suis resté dans mon petit bureau au fond du couloir... En fait, mon premier acte a été de participer à l'installation du lieutenant de gendarmerie à Saint-Girons mardi matin. J’y ai même été surpris que l’on m’appelle Monsieur le Président…»
Faire rimer traditions respectées et modernité assumée
Quels sont les principaux dossiers qui vous occuperont dans les prochaines semaines?
«Je n'étonnerai personne en parlant de la route E9, avec la nécessité d’aller très vite vers la mise en service de la déviation d’Ax les Thermes. J'ai d’ailleurs rencontré madame le préfet au lendemain de mon élection pour aller plus loin encore. Nous aurons l'occasion d'en parler au plus haut niveau à la fin du mois de novembre.
Il y a aussi le plan du très haut débit, avec des ambitions très fortes, pour mettre le maximumde débit à la disposition des 85 000 lignes de l’Ariège, mais aussi pour développer ce qui doit être mis en place après l'installation du réseau. C’est la plus grande chance du monde rural qui a l’avantage de la qualité de vie mais le désavantage d’être loin de tout.
Mais tout cela ne sera probant que si l’on fait rimer les traditions respectées avec modernité assumée».
La réforme territoriale a été l’un des principaux combats d’Augustin Bonrepaux. Comment appréhendez-vous ce dossier?
«Il ne faut compter sur moi pour abandonner le combat entrepris par Augustin Bonrepaux et par les parlementaires! Je crois aux vertus de la ruralité. Et si on y croit, il faut les défendre.
Il faut garantir les forces de la proximité sur nos territoires, qui peuvent être mises en difficulté avec l'élargissement des Régions comme cela est en train de se faire. Le Département est indispensable dans cette grande mosaïque qu’est le territoire français».
On ne passe pas quinze ans à l'Assemblée nationale sans avoir gardé quelques numéros bien au chaud
Vous êtes un homme de réseaux. Allez-vous les mettre au service de l’Ariège?
«Ça, je ne vais pas me gêner pour activer les réseaux. Les réseaux sont faits pour cela, les amis aussi. On ne passe pas quinze ans à l'Assemblée nationale sans avoir gardé quelques numéros bien au chaud. Mais vous savez que je n'ai pas attendu d'être Président du Conseil général pour m'en servir.
Je crois de toute façon que l'Ariège a besoin de se faire connaître. Quand on y vit on sait que c'est un monde superbe, mais ailleurs trop peu de gens le savent».
Comment analysez-vous la situation autour du barrage Sivens? L’Ariège aussi possède des retenues de cette nature, comme Mondély ou Filhet pas très éloignées de Sivens…
«D’abord, j’ai une pensée pour Rémi Fraisse et sa famille. Je pense aussi à Thierry Carcenac, président du Conseil général du Tarn, qui a été exécuté en place publique alors que c'est homme et un élu honnête.
Ensuite, vous avez raison, Sivens c'est la moitié de la retenue de Mondély, ou encore troisfois moins que Filhet, qui sert à arroser la vallée de l’Arize. Mais je pose deux questions. Est-ce que Mondély et Filhet aujourd’hui sont des injures à l'environnement et à la biodiversité? Non. Et la deuxième question: est-ce que l'on pourrait aujourd'hui aménager ces deux sites? Réponse: non.
De même, est-ce que l'on ferait aujourd'hui les barrages d’Izourt, Soulcem ou Laparran? Pourtant, on nous pose le problème de l’énergie atomique, et certains nous disent que l’éolien ne vaut rien, que le solaire ne vaut rien…
Je suis d'accord pour que tout soit respecté, et surtout les populations locales. Je pense à elles, beaucoup moins celles et ceux qui sont venus pour en découdre sur un autre plan. Je crois que notre société est un peu malade».
Je ne vais pas me gêner pour lancer dans l’action au risque d’étonner certaines personnes
Cela vous inquiète-t-il pour des projets portés en Ariège?
«Non, un projet est bon ou il est mauvais. Il faut qu’il soit bien monté. Il faut aussi admettre que le Conseil général du Tarn n'a pas décidé de réaliser le barrage de Sivens sur un coup de tête. Cela fait trente ans que l'on en parle.
Moi, je ne porte pas de jugement technique sur le barrage ou sur la nature du barrage. Mais je pense que certains vont trop loin et que cela ne fait pas honneur à notre société»
Quel regard portez-vous sur le Gouvernement et sur François Hollande?
«Les temps sont durs, sont très durs. Il y a une forme de désamour envers le président Hollande. Dans cette situation, il faut faire le dos rond et penser que des jours meilleurs arriveront. Mais le destin de l’un ou de l’autre m'importe peu. Ce qui m’intéresse c'est l'intérêt de la France»
Vous avez indiqué lundi, lors de votre discours, que vous vous présenterez certainement aux élections départementales du mois de mars. Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis?
«Trois raisons que j’ai déjà énoncées: 1, les conditions ont changé ; 2, Augustin Bonrepauxayant appris que les élections auraient lieu en mars et non plus en décembre a pris sa décision ; 3, certains bouleversements se préparent notamment générationnelles.
Je redis aussi que je n’ai demandé la permission à personne de me démettre de mon mandat de député en 2012. Aujourd’hui, je n'ai à demander à personne l'autorisation de me présenter. C'est ma décision. C’est mon affaire. Derrière, il y a de toute façon le tamis des militants de mon parti, puis le tamis des conseillers généraux. C'est ma conscience qui m’a déterminé à retarder mes vacances et mon travail de scribe de demain…»
Justement, qu’en est-il de ces livres sur le rugby et sur le golf que vous souhaitiez écrire?
«Mes projets sont juste retardés. Aujourd’hui, je ne vais me gêner pour me lancer dans l'action... Avec une grande détermination au risque d'étonner certaines personnes».
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