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Agriculture biologique: comment expliquer cet engouement?
10/01/2011 | 10:03
© MidiNews 2011
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+7% d’exploitations passées en bio en 2010. 6% de la surface agricole en bio en Ariège en 2009. Les chiffres parlent d’eux mêmes...

L’engouement pour le bio dans l’agriculture est une réalité. Alors comment s’explique-t-il?

Qu’est-ce qui aujourd’hui pousse un agriculteur à changer sa façon de travailler? A se «convertir»...?

Première hypothèse: par conviction.

Mais il serait peut être un peu naïf de croire que la bienfaisante philosophie d’une agriculture respectant la terre mère pourrait à elle seule expliquer les chiffres énoncés précédemment.

Autre raison plus pragmatique: le bio est «à la mode»

Et il y a donc une vraie demande, des débouchés, bref un marché bien réel auquel les agriculteurs essaient de répondre en bon «homo economicus»

«Cet engouement s’est intensifié en 2008, précise Jérôme Pereira, animateur de la filière bio pour la chambre d’agriculture, avec une impulsion faite sur le plan national.

Cela a permis d’un côté d’encourager la conversion des installations, mais aussi de favoriser les débouchés en amont, pour faciliter l’accès aux produits bio pour les consommateurs et la restauration collective
»

C’est donc la partie de «l’après», de la vente, bref celle des débouchés, qui aurait été améliorée laissant une place nouvelle aux agriculteurs pour écouler leurs produits.

Et c’est cette nouvelle donne qui a poussé Michael Marcerou à Gudas (avec  130 bovins) à franchir le pas, «on n'était pas très loin des pratiques de l’agriculture biologique donc ça a été une évidence»

Il ajoute: «on a du mal à vendre notre production. Et on cherche à valoriser au maximum nos produits.

C’est une manière de retrouver de la valeur ajoutée. Car on se rend compte que le bio, c’est ce que le consommateur attend
»

Mais pour évoquer cet essor, il faut aussi parler du nerf de la guerre: l’accompagnement financier aidant chaque nouveau prétendant.

Des mesures du type exonération de taxe foncière sur le non bâti, aide à la conversion (valant pour chaque hectare passé en bio), ou crédits d’impôts (dont le niveau vient d’être abaissé dernièrement).

Puis, très concrètement dans le quotidien des exploitations, l’aide technique est peut-être plus solide qu’avant.

C’est une des raisons avancées par l’animateur de la chambre d’agriculture, «il y a 10 ans, on avait très peu de données sur l’agriculture biologique.

Aujourd’hui, toutes les grandes institutions ou les coopératives agricoles ont mis des techniciens en place pour accompagner la filière
»

Une chose est sûre, on sort peu à peu du modèle alternatif, et du stéréotype de l’agriculteur bio installé en vente directe ou sur le marché.

Au contraire, le bio est en train d’entrer dans le commerce global, à la conquête des supermarchés et de la restauration collective. Quitte à y perdre son âme?

C’est ce que pensent certains précurseurs, les «vieux de la vieille» qui, plus bio que le bio, sont aujourd’hui en train d’ajouter des labels au label.

En plus du logo «AB», on voit fleurir sur les marchés de nouveaux venus comme «Nature et Progrès» ou «Demeter» (la terre mère en grec).

Et l’Europe ne va rien arranger à ce phénomène: pour unifier le système de labellisation «agriculture biologique» entre états membres, les règles sont devenues moins contraignantes en France depuis 2009.

De quoi rendre furieux les militants de la première heure.

Exemple concret donné par Jérôme Pereira, «le cahier des charges français autorisait en bio seulement deux traitements antibiotiques par an et par animaux. L’Europe en autorise 3»

Cet «assouplissement» du cahier des charges explique peut-être aussi un certain nombre de conversions, «il améliore les pratiques, mais disons que ce n’est plus un facteur limitant, notamment chez les producteurs bovins» ajoute Jérôme Pereira.

Mais selon lui, «tout le monde a sa place dans l’agriculture biologique.

Autant le petit producteur qui va vendre sa production à la ferme ou sur les marchés, qu’un producteur qui va vouloir accéder à un marché national ou territorial, accompagné par des structures organisées
»

Et de conclure, «chacun peut produire bio en fonction de son éthique et de ses perspectives d’évolutions»

En Ariège, ce phénomène est couplé avec un travail sur le «consommer local», notamment avec la création d’une plateforme qui alimentera les cantines de la restauration collective en produits locaux.

Car il faut bien admettre que du lait «bio» venu de l’autre bout de l’Europe, ou des poires «bio» atterrissant d’Argentine ont de quoi laisser pensifs quant à ce bilan carbone dont on nous parle tant...



Quelques chiffres...

En 2009 par rapport à 2008, le rythme d’engagement de nouveaux producteurs bio a plus que doublé.

Au total, fin 2009, 16 446 producteurs cultivaient selon le mode de production biologique en France, alors qu’ils étaient 13 298 fin 2008.

Le nombre a donc augmenté de 23,7% en un an.

Ainsi, fin 2009, la part des exploitations bio dans le total des exploitations au plan national a été estimée à 3,14%.

(Source: www.agencebio.org)

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auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 10/01/2011 | 10:03 | Lu: 29781 fois