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CAPI: l'antenne parisienne de l'Ariège montrée du doigt
02/11/2011 | 21:33
© MidiNews 2011

Un rapport d’audit acéré cirulant sur internet. Voila ce qui a remis sur le devant de la scène le «Club Ariège Pyrénées Investissement» dit CAPI.

Daté du mois de septembre 2010 et rédigé par Michel Bégon, ancien trésorier de la structure (énarque et ancien contrôleur général économique et financier de l’Etat), le rapport émet de sérieux doutes sur la rigueur morale et financière de la structure. Il porte même de graves accusations.

Comme le CAPI (une association sans but lucratif, basée à Paris) est financé par le Conseil général de l’Ariège, c’est à dire par des fonds publics, le contenu n’en est que d’autant plus explosif.

A la base, le club a été créé pour faire du lobbying, attirer des investisseurs en Ariège, et globalement: faire la promotion du département.

La création du CAPI était en fait partie d’un constat: le manque d’hébergements en Ariège (pour soutenir notamment la fréquentation des stations de ski).

En quelques années d’existence, en matière de résidence de tourisme, le CAPI a effectivement attiré des investisseurs. Pour le meilleur et pour le pire...

Nombre de projets se sont transformés en dossiers casse-tête, chantiers non terminés, en «escroqueries» diront d’autres (on pense aux Soulades dans le Donezan ou à la venue du promoteur Alain Lapujade -PDG de Symbiosis- au Carla-Bayle, à Guzet, à Aulus-les-bains).

Mais aujourd’hui, le président du Conseil général préfère mettre en avant les «réalisations» concrètes.

A Saint-Lizier par exemple avec le palais des évêques qui n’était qu’une «ruine qui nous coûtait 150 000 euros par an en entretien»

Aujourd’hui, «le Conseil général est propriétaire d’un immeuble rénové sans avoir eu à débourser un euro. Le projet est réalisé à 90%, avec des investisseurs qui ont investi 13,5 millions d’euros. Pour le finir, il reste à trouver 1,2 millions d’euros»

Alors que dit ce fameux rapport de 20 pages qui provoque tant de réactions?

En voici quelques extraits. «Il semble que la gestion du CAPI ait été à peu près correcte jusqu’à 2007, mais qu’ensuite les irrégularités se soient largement multipliées» nous dit l’ancien trésorier.

Il mentionne des subventions du Conseil général à hauteur de 190 000 euros pour 2010, «s’y rajoutent des subventions indirectes que finance aussi le budget du département, mais sur lesquelles le trésorier, n’ayant pu obtenir de précisions chiffrées, ni de la part des services départementaux, ni du secrétariat du CAPI, est obligé de se tenir à des estimations de vraisemblance»

Ajoutant qu’«au total, le coût de fonctionnement annuel du CAPI paraît dépasser largement les 350 000 euros, sans que le Conseil général, ni le conseil d’administration n’en soient bien conscients»

Concernant les résidences de tourisme, «les investisseurs touristiques privés ont débouché sur trop d’escroqueries et trop de chantiers inachevés pour être dignes d’autosatisfaction [...]

Sur quelques 25 actions qu’annonçaient les documents de 2005, au plus 2 ou 3 se sont traduites par des réalisations concrètes et durables
»

Le rapport souligne aussi l’absence (avant 2010) d’un commissaire aux comptes, pourtant indispensable au delà d’un certain montant de subventions publiques.

Sans oublier la «confusion des fonds d’origine publique avec les avantages personnels» (frais de restaurant, cadeaux, etc.) ou encore «l’accès payant au monde politique» (exemple: en 2008, le rapport mentionne une somme de 20 000 euros qui aurait été versée à une femme politique, pour obtenir un entretien avec le ministre de l’environnement Jean-Louis Borloo).

En réaction à cet audit, le président du Conseil général de l’Ariège Augustin Bonrepaux met aujourd’hui en avant le fait que ce rapport est jugé «partial et erroné» par le commissaire aux comptes actuel de la structure.

Augustin Bonrepaux explique qu’en 2010, «quand Monsieur Bégon est venu me voir avec cet audit, j’ai fait une lettre au Conseil d’administration en m’étonnant de certains comportements, et en disant qu’il allait falloir revoir certaines dépenses». (A l’issue du conseil d’administration qui a suivi, le président Jean-Claude Frankel a démissionné et le trésorier Michel Begon a quitté ses fonctions).

De même, dans un courrier récent, l’actuel président de la structure Alain Juillet se pose la question de savoir «pourquoi ils ont attendu tant de temps pour réaliser cet audit alors qu’ils faisaient approuver annuellement les comptes dont ils étaient légalement responsables depuis leur nomination par le Conseil d’administration et l’assemblée générale»

Du côté du président de la commission des finances du Conseil général Jean-Noël Fondère, celui-ci demande des explications, «quand j’ai eu connaissance de ce rapport, j’ai été choqué! Le Conseil général est financeur donc a le devoir de savoir comment est utilisé l’argent public»

Selon Augustin Bonrepaux, «pour arbitrer cela, il nous faut avoir des preuves sous la forme de pièces comptables. Peut-être qu’il faudra aller en justice, je n’en sais rien» Ajoutant, «je voudrais que tout cela soit terminé avant la fin de l’année»

Dans tous les cas, le CAPI semble avoir aujourd’hui réduit sa voilure.

La subvention du Conseil général a été ramenée à 128 000 euros. Même si le département ne lâche pas pour autant son antenne parisienne.

Selon Augustin Bonrepaux, «nous pensons qu’elle est indispensable pour avoir des contacts avec des investisseurs, dans la mesure où la maison des Pyrénées n’existe plus»

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auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 02/11/2011 | 21:33 | Lu: 33464 fois