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Pas de nouveaux lâchers d'ours dans les Pyrénées... dans l'immédiat
31/01/2013 | 22:31
© MidiNews (archives) - D. Hiller
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biodiversité Deux lâchers d'ours supplémentaires dans les Pyrénées, coup de com ou «provocation»?

Le ministère de l’écologie a tranché, il n’y aura pas de nouveaux lâchers d’ours en 2013.

Le gouvernement vient de donner sa position sur un sujet qui aurait pu à nouveau enflammer les Pyrénées, surtout depuis la déclaration des associations pro-ours Pays de l'Ours-Adet et Ferus qui, la semaine dernière, annonçaient leur volonté de procéder à la réintroduction de deux spécimens supplémentaires sur leurs fonds propres.

Selon Delphine Batho, l’actuelle population d'ours connait un bon taux de croissance: «la population a été multipliée par cinq depuis 95»

La population d'ours sur l'ensemble du massif, qui compte environ 25 individus aujourd'hui, «est même en forte croissance», a précisé le ministère, et un très bon taux de survie des oursons montre que l'habitat est «très favorable» au plantigrade, en conséquence «le gouvernement a décidé de ne pas réintroduire d’ours dans l’immédiat»

D’autre part, le ministère reconnait que des questions restent posées, parmi lesquelles la question génétique (le même ours slovène est en effet le père, voire le grand-père, de la plupart, si ce n'est de tous les oursons nés dans le massif depuis son arrivée) et il a commandé des études pour déterminer le nombre d’ours qu’il faudrait introduire pour obtenir une population viable à long terme.

Le sujet figurera dans «une stratégie pyrénéenne de valorisation de la biodiversité» qui devrait être publiée avant la fin 2013.

Rappelons que l’Etat français est pour la première fois sous le coup d’une mise en demeure de la Commission européenne sur la politique de conservation de l’ours dans le cadre de la procédure dite d’infraction qui peut aboutir à une éventuelle saisie de la cour de justice européenne.

Sur ce point particulier, le ministère dit «avoir du mal à comprendre» cette mise en demeure. «On a une population qui se porte bien, un habitat qui s’accroit. On considère qu’on est plutôt dans une situation favorable»

De son côté, Alain Reynès, responsable de l’association Pays de l’Ours-Adet, ne l’entend pas de cette oreille: «le gouvernement cherche à gagner du temps et Delphine Batho défie la commission européenne… on a du mal à imaginer que celle-ci ne poursuive pas sa procédure en infraction qui mènera la France devant la cour de justice européenne !»

Quant aux études lancées par le ministère de l’écologie, Alain Reynès «n’est pas dupe»; pour lui c’est une manière de gagner du temps: «on a déjà tous les éléments possibles et imaginables sur le sujet: études, inspections, audits, rapports d’étapes, études d’intention, groupes de concertation… il n’y a pas beaucoup de sujets à avoir été aussi étudiés.

La dernière étude de l’ONCFS (un service du ministère) est sans ambiguïté puisqu’elle indique que la population n’est pas viable, il faudrait lâcher rapidement entre 17 et 21 ours pour viabiliser les deux noyaux de la population pyrénéenne
»

Pays de l’Ours-Adet et Ferus ont demandé à rencontrer Delphine Batho afin de lui «exposer l’importance et l’urgence d’une situation qu’elle a manifestement encore mal appréciée»

Revenant sur l’annonce de leur possible réintroduction de deux ours supplémentaires en 2013, Alain Reynès maintient ses propos: «c’est de toute façon nous concernant une offre permanente»

Du côté de la fédération des chasseurs de l’Ariège, cette décision va dans le bon sens: «pas sûr que les milliers d’euros dépensés à cette réintroduction soient bien perçus par l’opinion publique, explique Jean-Luc Fernandez.

De plus, se pose un autre problème, 80% des ours sont concentrés sur le département de l’Ariège… il faut rappeler à tout le monde que les oursons qui sont nés, sont nés en Ariège ou en Val d’Aran.

D’autre part il faut s’interroger sur la capacité des chasseurs à chasser en présence de l’ours… on règlemente la chasse, crée des zones d’exclusion mais chaque année passe et notre activité n’a aucune influence sur la présence de l’ours, alors qu’on nous laisse chasser tranquillement!

Nous sommes très heureux de cette décision, on ne peut que féliciter ce gouvernement de l’avoir prise… aujourd’hui il est urgent d’attendre
»

Pour les acteurs ariégeois du pastoralisme, l’annonce de Delphine Batho est reçue comme un message positif du gouvernement.

«C’est une bonne nouvelle… indique Claude Carrière, Président de la Fédération Pastorale. Nous avons travaillé en amont avec les parlementaires ariégeois qui ont été sensibilisés par la situation du Couserans.

Nous leur avons remis un rapport et nous espérons être invités à Paris au ministère pour travailler avec les des responsables de haut niveau sur ce dossier [...]

Nous ne voulons pas d’ours, ni cette année ni les autres, et à ceux qui souhaitent réintroduire le plantigrade aux frais des contribuables (car ces associations sont largement subventionnées par l’argent public) s’ils veulent la guerre ils l’auront !
»

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 31/01/2013 | 22:31 | Lu: 30344 fois