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Le département de l'Ariège rayé de la carte?
21/03/2013 | 18:54
© MidiNews 2013 - Yvon

C’est un rapport diffusé par l’OCDE en début de semaine (Études économiques de l'OCDE: France 2013), et largement repris par la presse nationale, qui lance un tel pavé dans la mare.

Il est de bon ton que les technocrates bâtissent des hypothèses et conjectures. Celle-ci en est une qui revient régulièrement dès que les politiques parlent d’avancer un peu plus dans la décentralisation, au cœur de ce qu’il est convenu désormais d’appeler l’Acte III.

Supprimer les départements et fusionner les petites communes
Et bien cet acte III pourrait préparer dans les coulisses de jolis coups de théâtre. «Simplifier la structure des administrations infranationales notamment en fusionnant les plus petites des 36.700 communes et en supprimant les départements engendrerait des économies d'échelle substantielles» estime l'OCDE. Une mesure choc, à même de réduire les dépenses publiques françaises parmi les plus élevées au monde (56% du PIB) après le Danemark.

On reconnaît bien là la logique des grands réformateurs qui triturent les statistiques, élaborent de volumineux rapports (celui-ci fait ses 158 pages) et lancent de grandes idées, touchés par de fulgurantes «Lumières» sans en proposer ou en estimer réellement -sérieusement?- les conséquences ni en suggérer les suites concrètes.

Peut-être le but ultime est-il de voir justement quelles en seront les réactions, et ainsi d’avancer pas à pas, déminant le terrain au fur et à mesure? Comme au poker un coup de bluff pour mieux jauger l’adversaire ou faire passer la pilule.

Alors allons au bout de ces raisonnements et laissons-nous nous aussi gagner par ces vues de l’esprit. Que se passerait-il donc si demain le département de l’Ariège n’existait plus? L’Ariège resterait-elle un bloc géographique uni, blotti derrière les Pyrénées?

Ou bien se disloquerait-elle brisée par la rivière qui a donné son nom au département ou par le Col del Bouich, parfois infranchissable par gros temps, comme le récent épisode neigeux en atteste.

Le Couserans se tournerait-il vers le Comminges? S’exilerait-il carrément, lui aussi, demandant son affiliation au Val d’Aran?

Qu’en serait-il de La Bastide de Sérou? Cruel dilemme pour ce pays qui tourne le dos au Couserans aspiré par Foix mais est séparé de la Capitale par le fameux Col.

Saverdun et Pamiers iraient-elles jouer dans la cour des grands, devenant quelconques banlieues anonymes de plus de la grande capitale toulousaine?

Foix finirait probablement bien seule recroquevillée sur son promontoire.

Resteraient les territoires de montagne, abandonnés à leur sort, plus isolés et enclavés que jamais.

Trèves de fulgurances, tout ceci n’est que politique fiction. Cependant le fait même que l’OCDE accouche de telles préconisations, démontre une fois de plus l’opposition entre millefeuille administratif et nécessité de réformer.

Nul doute que ce rapport de visite de l'Organisation de coopération et de développement économique aura été «apprécié» dans les couloirs de l'Hôtel du Département.

Du côté du Président du Conseil général comme de ses collègues élus, toutes tendances politiques confondues d'ailleurs, les mots n'ont jamais été assez durs pour pourfendre les propositions de suppression de l'échelon départemental.

Car ce n'est pas la première fois que cette idée est émise, comme il y a deux ans maintenant lorsque le gouvernement de François Fillon réfléchissait déjà aux contours d'une réforme de l'organisation territoriale.

Pour les conseillers généraux ariégeois, le message était simple: supprimer le Département signerait la mort des territoires ruraux tels que l'Ariège. L'éloignement géographique des populations et de leurs représentants entraînant une moindre prise en compte des besoins réels des territoires.

Le morcellement des responsabilités départementales confiées aux intercommunalités creusant les inégalités entre les secteurs. La centralisation des décisions en Région ostracisant les territoires les plus éloignés, etc.

Comment imaginer en effet que les élus du Conseil régional réservent la même attention bienveillante aux vallées ariégeoises que celle destinée aux zones urbaines à forte densité et à haut potentiel économique?

Comment ne pas douter du fossé qui se creuserait entre des communautés de communes riches (à l'image de celle de Pamiers par exemple) et des intercommunalités moins opulentes (Arize-Lèze au hasard)?

Aujourd'hui, les conseils généraux assurent cette solidarité territoriale. Qu'en sera-t-il demain?

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auteur: Sylvain Sastre | publié le: 21/03/2013 | 18:54 | Lu: 54788 fois