Tribunal correctionnel de Foix: procès pour avoir tué un vautour, une tribune pour l'agriculteur et son avocat
«Un nécessaire débat porté sur la voie publique» en présence de pléthore d’éleveurs, de représentants du syndicat ovin, de la FDSEA et des Jeunes agriculteurs en soutien à leur collègue et ami.
Christian Derramond a préféré être jugé en correctionnelle plutôt que de reconnaitre sa culpabilité et éviter un procès. L’éleveur de brebis de Saint-Félix-de-Tournegat a donc refusé la procédure simplifiée du plaider-coupable proposé par le Parquet peu après les faits et a comparu cet après-midi devant le tribunal correctionnel de Foix. «La question méritait un débat un peu plus approfondi qu’une simple proposition de peine» expliquait alors son avocat Me Guy Dedieu.
Un débat qualifié «de national» par la présidente du tribunal correctionnel.
Débat entre légitime défense et destruction d’une espèce sauvage protégée, acquisition d’arme de catégorie C sans déclaration
Dans les faits: le 24 avril 2014, Christian Derramond, 52 ans, reconnaissait avoir tiré sur un vol de vautours fauves. A la barre, il explique que pris de colère, il voulait effaroucher ces animaux. Le prévenu aurait tiré à deux reprises avec une carabine achetée sur Internet fin janvier.
Atteint par le tir, un vautour est tombé près d’un cycliste qui a signalé les faits aux autorités. L’éleveur dit avoir subi plusieurs attaques de vautours et autres rapaces sur ses bêtes. Fin juillet 2013, une attaque aurait entrainé la mort de 80 agneaux, une perte de 8000 €. Christian Derramond a confié «attendre une solution de l’État afin de protéger son troupeau»
Un contexte tendu
On le sait, depuis plusieurs mois, les éleveurs ariégeois dénoncent le comportement de prédateur adopté selon eux par le vautour fauve. Voici quelques jours, le préfet de l’Ariège Nathalie Marthien a autorisé des tirs d’effarouchement des vautours, à titre expérimental, pour une période d’un an, et uniquement entre le 1er mars et le 15 novembre, en utilisant des cartouches «non létales à double détonation»
Une procédure très encadrée. La préfecture soulignant que «les inquiétudes de la profession agricole ne peuvent être négligées et nécessitent une réponse de la part de l’autorité administrative»
Sur le banc des parties civiles, France Nature Environnement, l’Association pour la protection des animaux sauvages et le Comité écologique ariégeois représentés par Me Terrasse. Cette dernière a dénoncé «une certaine presse, certains manifestants» pour qui après l’ours et le loup, le nouveau prédateur serait le vautour. Des propos que tente de battre en brèche l’avocate se référant aux rapports de scientifiques
«Non, le vautour est nécrophage, c’est un équarrisseur» lance-t-elle avant d’ironiser : «peut-être a-t-il changé de comportement, a-t-il eu soudain envie de viande fraiche… à moins que se soit la faute au changement climatique ?» Pas de doute pour Me Terrasse «il est impossible à cet animal d’avoir un tel comportement. Charognard, il peut néanmoins s’attaquer à des animaux en train de mourir»
Elle s’appuie sur les rapports d’expertise, conteste le rapport du Dr Alzieu, vétérinaire qui affirme que «les vautours peuvent avoir commis ces attaques» L’avocate s’attire rires et ricanements de la salle quand elle parle d’une expérience qu’elle a tentée en haute montagne alors qu’elle était allongée sur le sol et tentait d’attirer sans succès des vautours.
Revenant sur les faits, Me Terrasse, souligne «quand on veut effaroucher on ne met pas de silencieux», avant de dénoncer «des charniers empoisonnés en montagne» et de conclure : «Mr Derramond est victime de lui-même, de cette folie qui gagne nos montagnes» 1000 € de dommages et intérêts pour chacune des trois associations écologistes étaient réclamés «afin de rétablir la vérité»
Défendre la loiPour le procureur de la République, l’important «est de tenir un débat juridique, de défendre la loi» Olivier Caracotch veut «dépassionner le débat» Pour cela, il est revenu sur les éléments matériels : un 22 LR retrouvé muni d’un trépied, d’un silencieux, d’une visée. «Si Mr Derramond avouait avoir voulu se payer un vautour fauve, il se générerait un succès fou» poursuit-il avant de requérir contre «une exaspération irrationnelle, infondée scientifiquement»
7.500 € dont 6000 € avec sursis
«6000 € un peu comme un vol de vautour au-dessus de la tête de Mr Derramond» La confiscation des scellés a également été requise ainsi que la demande d’écarter les peines obligatoires (retrait du permis chasse, confiscation de toutes les armes, interdiction de détenir une arme pour une période donnée).
«On est dans l’évangile pas dans l’écologie» s’exclame Me Dedieu en défense. Dénonçant les propos de l’avocate des parties civiles, Me Dedieu ironise encore «sur les batailles d’expert» se réfère à la FNE ayant observé que 6 à 7 % de morts dans des troupeaux d’ovins peuvent être imputés aux vautours et lance : «le professeur Alzieu est nimbus ? Lui et mon client méritent d’être entendus»
L’avocat ne veut pas se contenter d’opposer, d’être caricatural, «d’autant que son client n’a pas mandaté Mr Alzieu» Il raconte l’état d’apeurement du troupeau, les derniers nés abandonnés par leurs mères, des agneaux morts de faim. «C’est ça la réalité aussi. L’agneau mérite-t-il moins de reconnaissance que le vautour» lance-t-il avant d’aborder les autres problèmes des éleveurs et de son client en particulier.
«La réintroduction du vautour fonctionne bien» explique-t-il rappelant que les couples de vautours sont passés de 60 – 80 à 1500 aujourd’hui. «Cette réintroduction génère du stress, alors que Mr Derramond est endetté, qu’il a perdu 8000 € l’an dernier. Ce n’est pas le Comité écologique ariégeois qui va payer ses dettes, ni les services de l’État» Rappelant que son client va suivre la formation mise en place par la Préfecture pour devenir effaroucheur, l’avocat ariégeois enfonce le clou, et parle «d’une tribune offerte par Mr Derramond» avant de demander au tribunal «de ne pas valider les demandes exorbitantes des parties civiles»
De l’aveu d’isabelle de Combette de Caumon, présidente, Me Dedieu «a fait un tabac» au vu du tonnerre d’applaudissement saluant la fin de sa plaidoirie.
Le jugement a quant à lui été mis en délibéré. Christian Derramond saura le 25 novembre prochain s’il est reconnu coupable de destruction d’une espèce protégée.
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