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Pays d'art et d'histoire: Lagarde, un patrimoine exceptionnel

© midinews 2013

Samedi, le château de Lagarde était ouvert au public pour des visites guidées sous l'égide du Pays d'art et d'histoire des Pyrénées cathares. Des visites unanimement saluées par le nombreux public.

Faut avouer... quand Fabrice Chambon déroule les fils de l'histoire, le public savoure. Le guide conférencier est habité par l'histoire, et la transmet avec force et passion.

Un patrimoine exceptionnel, une histoire riche en rebondissements livrés avec verve et talent par Fabrice Chambon.

L'histoire d'un château, d'une famille
D’après les chartes d’hommages rendus par les seigneurs du lieu, il existait un château de Lagarde avant la guerre des Albigeois et relevait des comtes de Barcelone, rois d’Aragon.

Toutefois, ainsi que le rappelle Fabrice Chambon, «ses origines sont ténues». Il apparaîtrait dans les textes sous l'appellation de Villam de Garda. A la fin du XIIe siècle, la possession serait passée par mariage dans la famille des comtes de Foix.

L'histoire et ses sources deviennent plus fécondes avec l'arrivée de Simon de Montfort. Lagarde fit partie de la donation que Simon de Montfort octroya à son féal Guy de Lévis avec la seigneurie de Mirepoix. Les seigneurs de Mirepoix, eux et bien d'autres faydits se sont alors réfugiés à Montségur.

L'arrière petit fils de Guy, François, obtient en 1301 la seigneurie de Lagarde - Montségur. «En ce début du 14ème siècle Montségur est un symbole important; la famille de Lévis y est implantée» précise Fabrice.

A Lagarde, Elix de Lautrec demande à son époux François de reconstruire le château, les tours carrées font leur apparition. Au 14ème siècle la seigneurie est une des plus importantes de France.

Au XVIe siècle, Jean V de Lévis, chambellan du Roi, lieutenant général du Languedoc, le transforme et l'agrandit dans l'esprit de la Renaissance.

Des bâtiments viennent encadrer sur trois cotés la cour intérieure. Dans l'angle sud-ouest, Jean V fait construire par l'architecte Jean Moyen, la grande vis (tour d'escalier de forme ronde qui n'est pas sans similitudes avec celle du château de Blois) et une chapelle suspendue dédiée à Saint Michel.

Cette tour -ou vis- abritait l'escalier d'honneur monumental, œuvre de Jean Moyen (1526), possédant une rampe en fer forgé conçue par Martin Chalandre, serrurier de Mirepoix (1529) et Gabriel Blanc, de Lagarde.

Elle était couronnée d'une rosace de pierre portant le blason de la famille. Un beffroi, bâti en retrait, couronnait le tout.

Dans l'angle opposé, une tour identique, dite «tour du petit escalier», de dimensions plus réduites, fut également bâtie. Jean V de Lévis reçut à Lagarde la reine de Navarre, Marguerite, sœur de François 1er.

Au XVIIème siècle, sous Louis XIV (le roi soleil), le château de Lagarde sera marqué par une dame, Louise de Rauquelaure, veuve d’Alexandre de Lévis, tué au siège de Leucate, en 1637. Elle fait de Lagarde un petit Versailles, un véritable château classique.

On élargit les fenêtres, la partie sommitale des tours et des corps de bâtiments fut agrémentée de statues antiques de 4 m de haut et le pont d'entrée le fut d'un porche avec grille.

Louise fit planter des jardins à la française sur 15 ha et le bastion nord fut arasé pour laisser place à une tour avec passerelle menant au jardin potager.

En bout de champ, diverses bâtisses furent édifiées: bergerie, écurie, petite maison ainsi qu'un pigeonnier sur pilotis.

Au sud, une rampe d'accès avec arche voûtée permettait d'accéder aux jardins à la française qui s'étageaient, au sud et à l'ouest, sur 15 ha, disent certains textes.

A la fin des travaux, échelonnés sur trente ans, Lagarde était le plus vaste château de Midi-Pyrénées
Dès lors, Lagarde connut peu d'améliorations notables jusqu'à la Révolution, hormis sous le marquis Louis Marie François Gaston de Lévis qui remit diverses pièces au goût du jour et fit élargir les fenêtres (1772).

Se trouvant à Versailles, Louis XVI lui fit le reproche de le voir peu à la cour. «Sire, lui répondit alors le marquis, on voit bien que votre majesté ne connaît pas Lagarde !»

Ce qui suffit à décrire, au-delà d'une certaine suffisance de notre marquis, ce que fut le château à cette époque.

Lagarde vit ses derniers moments au 18ème siècle quand Gaston de Lévis Mirepoix se retire dans son château après la terrible bataille de Fontenoy. Le châtelain le fait cloisonner à la mode de l'époque.

La révolution approche et Gaston fait évacuer les archives à Toulouse. Elles sont aujourd'hui conservées aux archives départementales. «Grâce à lui, nous avons pu conserver la mémoire de Lagarde» nous explique Fabrice Chambon.

Le marquis de Mirepoix quitta Lagarde aussitôt après les premiers troubles de la Révolution, et meurt en 1800, à Venise. Le château sera légué à son fils qui n'en profitera pas car guillotiné.

Sans héritier, le château de Lagarde et la seigneurie de Mirepoix passent dans les mains de son neveu Louis Marie François Gaston de la branche Lévis Léran. Ce dernier apportera les dernières modifications à Lagarde dans le goût du XVIIIe siècle.

Au lendemain du 4 août 1789, qui a vu l'Assemblée nationale abolir tous les privilèges et autoriser le rachat des droits féodaux, les paysans refusent de payer les censives et agriers, le château est alors pillé.

Jusqu'à l'arrivée de Napoléon 1er, le château sera désossé et abritera entre autre un atelier de salpêtre. Lagarde est ensuite vendu et ses ruines passent de main en main.

Elles ont longtemps appartenu à M. Vigarozy, ancien sénateur de l’Ariège. Ses héritiers le vendent en 1919 au duc Antoine de Lévis-Mirepoix, académicien qui dans les années 1980 le revend à Mme Gillet.

Lagarde est devenu monument historique en 1889
Patrimoine exceptionnel, Lagarde appartient aujourd'hui à la famille Tessyere qui vient de l'acquérir.

Ces derniers entendent partager ce patrimoine... mais nous aurons tout loisir d'y revenir.

NR | 30/04/2013 - 18:16 | Lu: 18663 fois