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Des livres à emporter dans nos valises cet été : les coups de coeur de la bibliothécaire de Foix

© midinews 2015

On ne présente plus Marilyne Lambert… responsable de la médiathèque de Foix, cette infatigable militante se bat depuis de longues années pour la diffusion de la culture en direction de tous les publics.

Une mission exercée dans le cadre du service public au sein de son établissement, mais une passion pour la lecture qu’elle partage également chaque fois que la possibilité lui en est donnée.

A l’origine de la Foire au  Polar de Castelnau Durban qui vient de fêter son 12e anniversaire, elle anime les cafés littéraires de l’Estive et participe activement chaque année au festival Résistances.

Fidèle à ses habitudes Marilyne a sélectionné des romans à emporter pour les vacances, des ouvrages de qualités à déguster sur la plage ou bien confortablement installé dans une chaise longue...

Poussières d’exil de Patrick Bard au Seuil
C’est l’histoire d’une famille espagnole depuis 1900 à nos jours, marquée par les catastrophes du siècle, la guerre de 14 puis la guerre d’Espagne avec en filigrane le destin de Léa, une femme d’exception et celui d’un secret de famille dans une boite en carton qui se transmet justement par les femmes de génération en génération.

Léa est originaire d’un village dans la région de Valence où l’église est fortement enracinée dans cette Espagne du début du siècle dernier.

Sa mère bonne du curé avec qui elle a des relations intimes meurt en couche et «cet enfant de la honte» est confié à des religieuses qui vont l’élever à la dure. Très rebelle, la petite fille refuse d’apprendre à lire et à écrire, c’est sa manière de résister à l’ordre établi. Elle épouse un gentil garçon, un ouvrier agricole, mais qui malgré tout son amour et son travail n’arrivera pas à réaliser le rêve de Léa, celui de posséder un lopin de terre pour élever ses cinq enfants.

«La première génération part à la guerre de 14, c’est lui que l’on retrouve au début du roman dans les tranchées, raconte Marilyne manifestement emballée par ce nouveau roman. Il ne peut pas raconter son enfer, car la femme qu’il aime ne sait pas lire ses lettres.

Au retour de la guerre le couple va partir en Languedoc Roussillon travailler dans les vignes ou ils traversent dans le dépouillement, les grandes crises viticoles. Ils vivotent tant et si bien que dès les prémices de la république espagnole ils repartent en Espagne plein d’espoir d’un avenir meilleur. Ils sont du côté des Républicains.

Un des trois fils de Léa meurt dans les combats et au péril de leur vie, persécutés par les troupes franquistes ils repassent en France dans les années 40 où chacun essaie de se construire une autre vie. Léa est devenue grand-mère, mais elle est ennuyée de ne pas savoir lire et pouvoir accompagner ses enfants et petits-enfants.

Ce qui était une attitude rebelle va jouer contre elle. Aussi elle n’aura de cesse d’inculquer à ses enfants et petits enfant la nécessité de se cultiver, d’utiliser l’école comme ascenseur social, grandir par l’éducation… C’est mon roman préféré, ce qui m’a intéressé dans ce livre c’est que tout passe par les femmes, c’est-à-dire que les femmes sur plusieurs générations se transmettent l’histoire de la famille.

Les hommes sont courageux, travailleurs, combatifs, mais les filles sont dans une autre dimension de courage : elles ont élevé les enfants avec trois sous, une des filles de Léa très douée dans la couture finit dans la couture et l’arrière-petite-fille devient architecte… Ce sont des gens qui arrivent à la force du poignet et du caractère, mais en gardant toujours cette cohésion familiale qui fait aussi leur force.

Il y a un carton plein de lettres et de photo qui se transmet de mère en fille. Il y a un secret de famille dans ce carton et c’est là que l’on voit que Patrick Bard est aussi auteur de polar. La condition de ces réfugiés espagnols est très bien décrite par l’auteur qui bien que ce soit un roman s’est inspiré des souvenirs de la famille de son épouse d’origine espagnole.

C’est une saga à la fois dramatique et pleine d’espoir, une histoire pleine d’énergie, c’est là que l’on se rend compte que les femmes sont pleines d’énergie, j’en suis persuadée. Léa malgré son histoire personnelle et les histoires qu’elle traverse est garante de l’unité familiale. C’est une libertaire qui s’oppose très tôt à l’ordre établi, milite en faveur d’une meilleure condition pour les femmes, elle transmet au fil de ce roman son énergie… tout ça dans 480 pages !
»

Nos disparus de Tim Gautreaux au Seuil
C’est en France, juste après l’armistice de 1918, que Sam Simoneaux gagne le surnom de Lucky. Il venait, de Louisiane, se battre pour la liberté, mais se retrouve à nettoyer les champs de bataille d’Argonne, truffés d’obus et de cadavres.

Orphelin à six mois, sa famille est assassinée par des voyous, taraudé par la mauvaise conscience du survivant, il rentre en Louisiane où il devient responsable de rayon dans un grand-magasin. Malheureusement une petite fille est enlevée dans une cabine d’essayage et limogé par son patron, Lucky qui est aussi pianiste de talent embarque sur un bateau qui sillonne le Mississippi, faisant danser, boire et jouer une clientèle souvent modeste.

Au rythme du jazz, des bagarres sur le pont du steamboat et des escales près des bayous, notre homme glane des informations sur un trafic d’enfants, qui l’amèneront finalement à retrouver les meurtriers de ses parents. C’est un roman sur la culpabilité, mais aussi sur la naissance du jazz et une invitation au voyage sur le fleuve Mississipi…

La Madone de Notre Dame d’Alexis Ragougneau édition Vivian Hamy
Au lendemain de la procession organisée par Notre-Dame pour honorer la Vierge Marie, une jeune fille très belle y est retrouvée morte... Installée telle une dévote sur un banc, elle s’est effondrée sur le sol lorsqu’une plantureuse touriste américaine s’est assise à ses côtés.

«A partir d’un crime ce polar nous fait voyager dans le temps, l’espace découvrir l’envers du décor de Notre-Dame qui accueille tous les jours des milliers de touristes» raconte pleine d’enthousiasme Marilyne qui a trouvé à travers le premier polar de cet auteur, auteur de théâtre dans la vie, un formidable metteur en scène.

«La première audace d’Alexis Ragougneau est de faire de cette cathédrale Notre-Dame de Paris le théâtre d’un meurtre et d’une intrigue criminelle. L’intrigue est captivante jusqu’au bout. Quel talent ! Le polar français pourrait bien avoir trouvé son nouveau pape»

Le Justicier d’Athènes de Petros Markaris au Seuil
Pour rester dans l’actualité grecque, un auteur de polar dont toutes les histoires se déroulent à Athènes avec des meurtres liés, ironie du sort, à la crise.

La Grèce en 2011 : la crise économique s’aggrave. Certains riches vivent bien, mais ne paient pas leurs impôts ; les pauvres sont partagés entre révolte et désespoir. Le commissaire Charitos, lui, s’ennuie… jusqu’au jour où le cadavre d’un chirurgien renommé qui profitait de la mauvaise gestion du système de santé est découvert au cimetière du Céramique.

Au cœur de l’affaire, un percepteur anonyme qui fait chanter les riches fraudeurs fiscaux et n’hésite pas à mettre ses menaces à exécution en usant de méthodes héritées de l’Antiquité.

Ce sont ensuite les hommes politiques ayant favorisé naguère la fraude fiscale qui sont inquiétés. Le gouvernement s’affole alors que Charitos est confronté à sa conscience. Sous sa forme divertissante, ce polar est un commentaire social et politique cinglant. Satisfecit de notre bibliothécaire.

Enfin une sélection en relation avec le festival Résistances qui se déroule actuellement Foix

Une tombe à Gaza de Matt Rees chez Albin Michel
En créant le personnage d’Omar Youssef, Matt Rees, journaliste et écrivain à Jérusalem, a rejoint les grands du polar. Son terrain d’enquête : la société palestinienne, sur laquelle Omar Youssef, héros atypique et charismatique, pose un regard passionné et inédit.

La qualité de l’intrigue et un sens aigu du suspense ont fait le reste.

Après Le Collaborateur de Bethléem, traduit en 14 langues, la deuxième enquête d’Omar Youssef nous entraîne à Gaza, au cœur d’une inextricable toile de violences, de corruption et de chantage. Car à Gaza-la-maudite, se fier aux apparences revient toujours à jouer avec la mort.

Meurtre au Kibboutz de Batya Gour chez Folio-Policier
Universitaire, critique littéraire de grande qualité décédée en 2005, Batya Gour s’est aussi essayé au polar avec succès à travers les enquêtes du commissaire Michaël Ohayon.

Un meurtre au kibboutz, ça n’existe pas ! C’est impossible.

Mais le kibboutz, qu’est-ce que c’est ? Un milieu quasi familial, une terre promise ou un dernier refuge ? Un monde clos sur ses rêves à l’idyllique promiscuité ?

Un passé commun fait de labeurs, marqué par l’Histoire et traversé de luttes souterraines violentes ? Un modèle de société qui aura fait du désert un verger ? Mais à quel prix ?

Nourri d’une histoire féroce, l’homme parfois trouve des solutions radicales. Le commissaire Michaël Ohayon, pourtant né en Israël et à qui l’on vient de confier l’enquête sur la mort d’une femme, se demande chaque jour s’il connaît son pays.

Au kibboutz, entre les rescapés de la Shoah, ceux venus de Pologne ou les enfants nés sur place, les mobiles pour tuer, même s’ils sont surprenants, finalement ne manquent pas...

Deux ouvrages passionnants pour comprendre les sociétés palestinienne et israélienne, être au cœur de ce conflit par un autre biais, celui du roman policier… recommandé par Marilyne  qui offre également tous les mois sa sélection à la bibliothèque de Foix et 40 romans policiers récents pour les vacances.

Laurence Cabrol | 08/07/2015 - 19:11 | Lu: 10138 fois