Après la conquête des Etats-Unis, retour au pays pour Nicolas Dedieu, le troubadour du XXIe siècle
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L’art des troubadours fait un tabac outre Atlantique. Pour preuve la tournée triomphale réalisée au printemps dernier par ce jeune ariégeois et sa formation la Rosa Trobadoresca, spécialisée dans l’interprétation de la musique du XII et XIIIe siècle.
Tombé dans la culture occitane grâce à son grand-père, Nicolas en a fait une force qui lui permet aujourd’hui déplacer les montagnes.
«En quête d’identité musicale je me suis penché sur l’histoire du chant trobar, j’ai appris à force de travail à déchiffrer les enluminures médiévales, à reconstituer les instruments en partant de l’iconographie laissée sur les clés de voute des châteaux cathares ou dans les musées». Un acharnement qui finit par payer.
En 2003, repéré par le groupe Oc, il accompagne la formation corse I Muvrini et crée la même année avec Jacques Kouhdir et Philippe Groulard, la Rosa Trobadoresca.
La poésie des troubadours du Pays d’oc, celles des Cansos où la parole libre s’invente une esthétique nouvelle ou il faut lire entre les lignes, cheminer dans l’enchevêtrement métrique et mélodique des chants… trouver pour aimer, aimer pour trouver, créer, inventer, se dépasser pour sa Domna, la dame, placée au centre de cette création lyrique et donnant libre cours à cet amour courtois magnifié.
Les troubadours ont conquis l’Amérique
Après cette tournée triomphale au pays de l’oncle Sam, Nicolas est revenu au pays et au musée du Quercorb à Puivert, qui a toujours été pour lui un lieu déterminant: «adolescent quand je venais au musée j’étais fasciné par les instruments de musique des culs de lampe c’est ici que j’ai eu envie de redonner vie a ces instruments vieux de plus de 800 ans: muse à sac, luth, orgue portatif, flute, psaltérion, viole à archer, guiterne, rebec et surtout cornemuse».
Mais plus récemment, c’est encore au musée du Quercorb que Nicolas rencontre après un concert la directrice de la East Carolina University venue en pays cathare travailler sur l’histoire des troubadours.
Conquise par la prestation musicale de cette formation, elle n’hésite pas à les inviter à Greenville (État de Caroline du Nord) pour faire connaitre cette culture occitane outre Atlantique.
Dimanche dernier, avant le concert donné par la Rosa Trobadoresca, c’est des étoiles plein les yeux que Nicolas évoquait encore son rêve américain.
Les ambassadeurs de la culture occitane
«Les Américains sont friands de notre culture occitane, leur histoire est beaucoup plus récente que la nôtre et ils sont fascinés par le Moyen Âge.
Cette tournée a été merveilleuse, ça été une découverte pour le public et une ovation… y compris pour de riches mécènes d’Arabie Saoudite rencontrés à la Maison de la Musique ancienne où nous étions tête d’affiche». Au pays de la démesure, tout est possible, les rencontres, de belles rencontres qui ouvrent de nouveaux horizons, mais aussi le pire.
Ainsi il faut lutter contre les raccourcis de l’histoire européenne et les images d’Épinal véhiculées dans l’opinion publique, avoue Nicolas: «ils ont souvent une idée de cette période que je comparerai à l’époque médiévale coca-cola avec des troubadours plus proches du courtisan en collant ridicule que du poète raffiné maniant la langue d’oc.
Nous avons réussi à les émouvoir, à leur faire découvrir avec le cœur cet univers, cette culture… c’est un trésor de plus de 1000 ans que mon grand-père m’a légué, j’espère en toute circonstance en être à la hauteur».
Nicolas et ses deux acolytes n’en avaient peut être pas pris la mesure lors de leur séjour, mais ils ont suscité là-bas un engouement tel que tout le monde se les arrache: invités en Arabie Saoudite, ou à chanter dans le palais de la grande Catherine sur les bords de la Néva… et bien entendu sollicités aux États-Unis pour poursuivre la promotion de cette culture occitane.
Un DVD sur les troubadours et une foule de projets
«Ce voyage nous a permis de découvrir beaucoup sur nous même, humainement, mais aussi artistiquement puisque nous avons travaillé de nouveaux morceaux que nous allons enregistrer ici.
De nouvelles interventions sont prévues avec l’université pour faire des concerts, des conférences, des tournées et il y a un gros projet de DVD sur les troubadours et la religion cathare qui serra diffusé sur TV5 Monde (soit 55 pays) Arte et j’en passe».
Un nouveau séjour en Caroline du Nord au mois d’octobre, mais également en Virginie et Californie.
Loin du folklore, pendant deux siècles, ces artistes de la parole libre s’inventent une esthétique nouvelle, l’art de trobar, avec des valeurs qui ont leur place au XXIe siècle et dont les dépositaires de cette culture s’en font les promoteurs à travers le monde: «ces règles étaient écrites, le troubadour ne devait pas employer un langage ordurier, il devait être de bonne compagnie, avoir de la bienséance, de la bonne éducation…
Ce sont les troubadours qui ont inventé l’amor, l’amour courtois, ce rapport à la domna, la dame dans un jeu d’amour très raffiné, très subtil réservé à une classe aristocratique très élevée» poursuit cet infatigable défenseur de la langue occitane.
Nicolas voit à travers les États-Unis une opportunité et un allié précieux pour faire rayonner cette culture. Arrivé à un tournant de sa vie, il a décidé de valider ses diplômes de musicologie et de musique médiévale pour s’installer outre Atlantique. Il avoue sans réserve être littéralement tombé amoureux des States.
Mais là-bas pas d’improvisation, on ne fait appel qu’aux professionnels, aussi il se donne deux ans pour prendre ce nouveau virage: «la culture occitane ne doit pas mourir ou se laisser enfermer dans un folklore désuet comme c’est trop souvent le cas ici. Il est de notre devoir de la partager, la faire vivre…»
| Puivert, un château, mais aussi un musée Le château de Puivert domine le Quercorb (pays de Chalabre), région vallonnée de prairies où l’élevage alterne avec les champs cultivés. Remarquable par son état de conservation, c’est un des rares châteaux cathares qui a joué à la fois un rôle politique et social, mais également culturel. Dans la salle dite des musiciens, une voute d’ogive retombe sur des culs-de-lampe représentant des laïcs jouant des instruments de musique à la mode au XIVe siècle: luth, tambourin, cornemuse, vièle, guiterne, rebec (ancêtre du violon), orgue portatif et psaltérion (instrument à cordes). Des instruments au réalisme stupéfiants que l’on retrouve parfaitement reconstitués au musée du Quercorb qui évoque non seulement la vie quotidienne, les métiers d’antan, mais surtout dans son instrumentarium la musique médiévale, depuis les troubadours jusqu’à l’ars nova. Pour en savoir plus www.museeduquercorb.com |
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