Européennes en Ariège: ces 13500 voix frontistes qui intriguent

Les lendemains de victoire génèrent parfois de douloureux maux de tête. Les lendemains de défaite aussi.
En Ariège, comme dans une grande majorité de régions et de départements de France, les responsables politiques se sont réveillés ce lundi matin avec la désagréable sensation d’avoir reçu un violent coup sur la tête.
Le tsunami «Bleu Marine» a balayé la quasi totalité du territoire national. Le pourcentage est sans appel. 25 % claque comme un uppercut.
En Ariège, le coup est rude également. La mémoire socialiste ne se souvient pas d’avoir un jour été battue. Encore moins aussi largement. L’UMP de Philippe Calléja en a rêvé ; le FN de Thérèse Aliot l’a fait.
Bien sûr, la secrétaire départementale du parti est aux anges. Après des décennies de combat, elle a vaincu «l’omnipotent Parti Socialiste» qu’elle aime à dénoncer depuis tant d’années. Avec 13500 voix, la liste conduite par son fils Louis devance l’attelage PS-PRG de Virginie Rozières de presque 2000 unités.
Déjà, en mars, les élections municipales avaient entrouvert les portes des conseils municipaux à cinq élus frontistes. Pamiers et La Tour du Crieu entraient dans l’histoire ariégeoise comme les deux premières communes à «accueillir» des élus d’extrême droite.
Le grand écart de Burret à LescousseLe scrutin de dimanche entérine en quelque sorte cette montée en puissance, jusque dans les campagnes du département. A telle enseigne que Louis Aliot emporte la mise dans onze des vingt-deux cantons, tout particulièrement en Basse Ariège et dans le Pays d’Olmes.
Si, dans le contexte national sur lequel chacun glose depuis dimanche, il n’y a pas de réelle surprise à assister à une percée FN à Pamiers ou Lavelanet (respectivement 26,84 % et 33,40 %), il est permis de s’étonner (encore) de l’émergence d’un courant «Bleu Marine» à Pradettes (42,31 %), L’Aiguillon (42,24 %), Garanou (38,60 %), La Bastide-du-Salat (38 %), Bénaix (35,62 %) ou encore Bethmale (34,33 %).
La palme revient à Lescousse qui, avec 55,88 % de suffrages offre le plus beau pourcentage à Louis Aliot. 19 voix sur 34 certes, mais plus de 55 % tout de même.
Pour l’anecdote, soulignons les très mauvais de scores obtenus par le même Louis Aliot à Burret, Loubaut et Montagagne : 0%…
Peu d’enseignements locauxDifficile pourtant de tirer des enseignements locaux de ce scrutin. Bien sûr, le Front National veut y lire le début de la fin de la main-mise électorale UMPS sur les collectivités ariégeoises.
L’UMP se rassure en estimant ne pas faire «moins mal» que lors de scrutins précédents. Et les autres forces de gauche comptent leurs voix pour atténuer la douloureuse.
Mais tous les adversaires du FN se retrouvent pour incriminer contexte national : Hollande au plus bas dans les sondages, les tiraillements au sein de l’UMP, et toujours la crise économique et sociale. Ils expliquent ainsi la faible mobilisation et les votes de «colère» (Jacques Arthuys, EELV) ou «d’écœurement» (Philippe Calléja, UMP).
Il en ressort néanmoins que les territoires ruraux ne sont plus à l’abri de ces votes contestataires ou de refus. L’Ariège semble le découvrir, comme tant d’autres, ces dernières heures : le Gers, le Tarn-et-Garonne ou encore le Lot, pour ne citer que quelques départements ruraux de la région Midi-Pyrénées.
Dans leurs commentaires post-25 mai, les femmes et hommes politiques de l’Ariège affirment leur volonté «d’apporter des réponses» au message de leurs concitoyens. Ne l’avaient-ils pas déjà largement promis après un fameux 21 avril ?
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