Assises de l'Ariège: les jurés vont plus loin que les réquisitions de l'avocat général

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David Milan, Jean-Noël Sahli et Ayache Melouli ont été reconnus coupables cet après-midi par la cour d’assises de l’Ariège de «violences volontaires en réunion» à l’origine de la mort, «sans intention de la donner», de Claude Lacroix dans la nuit du 17 au 18 décembre 2011 à Lavelanet et ont été condamnés à des peines allant de 10 à 15 ans de réclusion criminelle. Giliola poursuivie pour «non-assistance en danger» a également été condamnée.
«Verdict sévère» et allant plus loin que les réquisitions d’Olivier Caracotch.
Un réquisitoire dénonçant «un huis clos glauque et sanglant»
Hier, l’avocat général a dressé le portrait d’un huis clos glauque et sanglant (voir notre article du 03/12/2014), rappelant aux six jurés : «demain vous clôturerez ce procès en jugeant des personnes qui ont fait le choix de ces violences entrainant la mort, le choix de ne pas porter secours à celui qui pouvait être sauvé. Eux ont fait le choix d’effacer leurs empreintes digitales, de nettoyer le sang», avant de requérir sept ans de réclusion criminelle contre Jean-Noël Sahli et Ayache Melouli, 10 ans contre David Milan «à l’origine des faits, l’initiateur celui qui va le chercher, le frappe en premier. Peut-être celui qui lui saute dessus à pieds joints, celui qui se débarrasse du corps et qui nettoie les traces»
Concernant le délit de non-assistance à personne en danger reproché à Giliola, trois ans avec sursis et privation des droits civiques ont été requis.
Vendredi matin, le procès a repris avec les dernières plaidoiries de la défense, assurées par Me Nakache, pour Ayache Melouli, et Me Godet et Martin, pour David Milan.
Me Nakache a livré un vibrant plaidoyer pour la vie, pour celui qui à l’aube de sa vie a été aimé aussi fort par sa mère. Le petit dernier d’une fratrie de neuf, couvert de tout l’amour du monde. Celui qui a travaillé comme ourdisseur en Pays d’Olmes de 23 à 43 ans. Celui pour lequel l’avocat général glissera : «je n’ai aucune prise sur lui... il est complexe, c’est un paradoxe»
Paradoxe d’un homme dépeint comme aimant, attentionné, rugbyman irréprochable: d’abord joueur à Lavelanet à la belle époque, le capitaine d’une équipe flamboyante, avant de devenir éducateur sportif pour son club, sur le stade Paul Bergère. Après il y a cette rencontre avec D. en 1989, «un coup de foudre, il fonde une famille» ; de belles années racontées avec force par un avocat convaincu de l’humanité de son client.
Et puis, il y a la séparation. S’enchainent à la séparation, la mort de son père, celle de sa sœur, puis celle d’Aicha sa mère et enfin le licenciement. Nous sommes au cœur des années noires du textile en Pays d’Olmes. Ayache Melouli ne retrouvera pas de travail et vient ensuite l’enfermement d’un homme «qui a disparu, qui s’est clochardisé, pour finir par s’étaler un soir du 18 décembre»
Me Nakache aurait pu parler longuement «de cette nuit sordide», mais il a préféré rappeler les différentes auditions des uns et des autres afin de contrer les propos d’Olivier Caracotch se disant convaincu qu’«Ayache Melouli est insaisissable, qu’il est l’auteur du drop»
Mais pour Me Nakache «l’important n’est pas là. Dans tous les cas Ayache a donné 2 coups de pied à un homme à terre ; il n’a pas levé le petit doigt pour le défendre» Se tournant vers son client il a eu ces mots : «s’il y en avait un de qui on attendait quelque chose Ayache... c’était toi !» Pour cet homme qui a été «solidaire, aimant, généreux pendant 40 ans avant de s’étaler de tout son long» l’avocat a exhorté le jury à l’humanité.
«Les faits je vous les laisse» a-t-il glissé, avant d’adresser une supplique «pour l’homme qui avait cru à l’aube et qui a dégringolé jusqu’au crépuscule de la nuit, je vous demande une nouvelle aube»
Vous allez juger le crime mais vous n’allez pas haïr les criminels
Pour Me Pauline Godet, «la justice n’est pas la vengeance, la justice n’est pas de massacrer des hommes» Bien que ne contestant pas la culpabilité de son client, l’avocate de David Milan n’a eu de cesse de dépeindre le portrait d’un bon mari, d’un bon père de famille, d’un bon travailleur, d’un homme en proie à ses propres failles, d’un homme aux capacités intellectuelles limitées, échouant à tous ses examens, en proie dès son plus jeune âge aux moqueries.
Après il y a la rencontre avec Giliola, la naissance de leur fille : «l’acte fondateur» Néanmoins, selon Me Godet, l’accusé conserve ses failles et leur résultante est l’impulsivité.
«Quand il entendra les rumeurs sur sa compagne, parce qu’il a bu et qu’il est démuni de réflexion il ira chercher Claude Lacroix». Non pour le tuer, mais pour discuter affirme l’avocate. Des propos réitérés par Me Martin poursuivant la défense de David Milan.
«Il voulait s’expliquer ; il a voulu montrer aux yeux des autres que Giliola n’était pas une salope» Me Martin conteste les propos d’Olivier Caracotch et de Me Dedieu (pour les parties civiles) : «il n’y avait pas de guet-apens, au-delà de quelques secondes» lance-t-il, «il n’y a pas de réflexion».
L’avocat soulignant : «David est exempt de perversité, il est brut» Sur la culpabilité, le regret, Me Martin aura ces mots : «je préfère ses pleurs devant le major Majesté quand il parle de sa responsabilité, au discours judéo-chrétien»
L’avocat poursuivant : «il a conscience, ils ont tous conscience qu’à un moment donné, par des mécanismes qui les dépassent, qu’ils ont commis l’irréparable» Me Martin a conclu sa plaidoirie par la peine encourue par David Milan, à savoir 10 ans.
«La prison est un mal nécessaire, mais ce n’est pas la prison qui va changer quelque chose. La prison, ça désocialise, parce qu’il va falloir parler de l’avenir : plus longue sera la peine, plus difficile sera la réinsertion» Face à un drame, «pour ne pas soigner le mal par le pire», Me Martin a exhorté les six jurés «à donner une leçon de justice»
Les jurés vont plus loin que les réquisitions de l’avocat général
Au terme d’un délibéré d’environ 2h, David Milan, Jean-Noël Sahli et Ayache Melouli ont été reconnus coupables de violences volontaires en réunion sans intention de la donner à l’encontre de Claude Lacroix. Lors de son réquisitoire Olivier Caracotch avait indiqué au jury : «vous pouvez aller au-delà (selon la loi 20 ans maximum), prononcer moins. Ces peines sont celles que je prononcerai moi en ayant fait la part des choses sur la fin sordide d’un homme dans un appartement miséreux et un couloir sordide»
David Milan a été condamné à 15 ans de réclusion criminelle, Ayache Melouli à 12 ans et Jean-Noël Sahli celui, qui, pour Olivier Caracotch, «est en train de se rendre compte que c’est dégueulasse (selon les propres mots de l’accusé), une étape sur son chemin», 10 ans. Giliola a été reconnue coupable, et suivant les réquisitions de l’avocat général a été condamnée à trois ans avec sursis et mise à l’épreuve, le jury rajoutant l’obligation de travailler ou de suivre une formation.
Soulagement pour les parties civiles
Avocat des parties civiles, Me Guy Dedieu (en photo ci-contre) du barreau de l’Ariège nous a confié le «soulagement» des parties civiles à l’annonce du verdict. «Un verdict qui permet à la famille de Claude Lacroix de tourner une page, une forme de délivrance» Selon nos informations au moins un des accusés, David Milan, pourrait interjeter appel.
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