Assises de l'Ariège: verdict attendu demain pour «un huis clos glauque et sanglant»

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La parole de Claude Lacroix, décédé dans la nuit du 17 au 18 décembre 2011 à Lavelanet, de Laurence son ex compagne et de ses enfants, a été portée cet après-midi par Me Dedieu. L’avocat général soulignant lui dans son réquisitoire : «ils nous ont emmené en terre inconnue»
Quand la conscience collective prend le pas sur la conscience individuelle
La troisième journée du procès des quatre personnes jugées depuis lundi pour des «violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner» (crime) et une «non-assistance en personne en danger» (délit concernant Giliola) a débuté par les rapports des experts psychologue et psychiatre et la lecture, par la présidente, des dépositions de Frédéric poursuivi pour non assistance et décédé depuis.
Des faits reconnus par Jean-Noël Sahli, David Milan et Ayache Melouli, mais pour lesquels aucun des trois hommes «ne se sent responsable du décès de Claude Lacroix», aucun n’affirmant une responsabilité dans cette affaire.
Peut-être un début de repentance, quand pressé par Me Dedieu, Jean-Noël Sahli avouera avoir jeté ses baskets pleines de sang et confiera : «autant tout allonger sur la table, pour moi l’histoire reste dégueulasse»
Un huis clos glauque et sanglant
Nous vous parlions hier d’une «meute déchainée» Ce matin, le Dr Trapé, expert psychiatre a expliqué l’effet de groupe : «une conscience collective prenant le pas sur la conscience individuelle» L’expert indiquant qu’un meneur initie toujours les faits, rejoint par des suiveurs pouvant commettre pire que lui.
Chacun étant encouragé par ce qu’il voit faire, chacun se sentant déresponsabilisé de ses propres actes. L’effet de groupe entrainant la chute des barrières morales, sociales.
Dans son réquisitoire Olivier Caracotch est revenu sur ces propos, indiquant que David Milan «est à l’origine des faits, des faits qui lui ressemblent» Mais avant, Me Guy Dedieu a rappelé aux jurés de penser à la victime. «Il est mort le 18 décembre 211, il faut penser à lui, à ses enfants, à Laurence, penser à eux qui ne pourront plus jamais s’inscrire dans ces petits moments d’amour, de vie, dans cette fabrique de souvenirs»
Dénonçant la «déshumanisation» de la victime, Me Dedieu s’est attardé sur les faits. «On va le chercher, on l’emmène dans cette souricière, on n’a pas le temps de lui offrir un verre. Son dernier verre à lui se sera une canette de 20cl de son sang retrouvé dans son estomac»
Rappelant que Claude Lacroix «gémissait pendant qu’ils finissaient leurs verres», Me Dedieu a parlé «d’un pantin désarticulé. Sahli ne veut pas de ça chez lui. On va transporter son corps pour l’abandonner agonisant, dépouillé, déshumanisé, défroqué».
Pas de doute pour l’avocat ariégeois : «l’homme est un loup pour l’homme… eux c’est une meute de rats»
Dans son réquisitoire l’avocat général a indiqué aux jurés qu’ils devraient tenir compte des vulnérabilités des accusés et des conclusions de l’expert psychiatre soulignant qu’il n’y avait ni abolition ni altération du discernement chez les accusés, «leur responsabilité est pleine et entière» a-t-il lancé, avant de rajouter : «vous avez à juger un huis clos glauque et sanglant. La fin sordide d’un homme»
Pas de doute pour Olivier Caracotch, les accusés avaient la volonté de commettre des violences, et ces violences ont entrainé la mort de Claude Lacroix. L’avocat général est revenu sur les faits. «Vous aurez à juger pour un homme massacré, un homme dont il est impossible de compter les coups reçus tellement il y en a eu. Un homme dont le visage n’était qu’hématomes»
Reprenant les propos de Me Dedieu, Olivier Caracotch a rappelé ce mégot coincé dans le slip, «une marque d’humiliation» Après avoir indiqué que David Milan était l’initiateur, le meneur, il a fait part de sa conviction : «c’est Ayache Melouli qui a porté ce drop alors que Claude Lacroix était au sol»
Revenant vers le jury, l’avocat général leur a glissé : «demain vous clôturerez ce procès en jugeant des personnes qui ont fait le choix de ces violences entrainant la mort, le choix de ne pas porter secours à celui qui pouvait être sauvé. Eux ont fait le choix d’effacer leurs empreintes digitales, de nettoyer le sang»
Concernant la non assistance à personne en danger, délit reproché à Giliola, Olivier Caracotch est là aussi convaincu : «elle aurait pu le sauver» Trois ans avec sursis et privation des droits civiques ont été requis contre cette dernière. Dix ans ont été requis contre david Milan «plus responsable et avec des antécédents judiciaires» Sept ans de réclusion criminelle pour Jean-Noël Sahli et Ayache Melouli.
La défense de l’humanité de ces hommes
Pour Giliola, Me Emmanuelle Frank a souligné la place particulière de sa cliente. «Par son abstention, s’est-elle rendue coupable d’un délit ?» Pour répondre à cette question, l’avocate a apporté des éléments de droit.
Pour la jurisprudence peu importe les circonstances ultérieures a-elle expliqué rappelant que quand sa cliente avait quitté l’appartement «rien ne pouvait lui laisser penser que quelque chose allait se passer. Profitant d’une accalmie, elle est partie. A ce moment là, il était conscient, il tenait debout. Certes elle a assisté à des violences, mais rien ne laissait présager de ce qu’il allait se passer»
Me Dufetel-Cordier a assuré la défense de Jean-Noël Sahli, «la défense de l’humanité de ces hommes. Ce dossier est moche, sale, triste, et nous plonge dans la misère sociale» a-t-elle attaqué avant de se plonger sur la personnalité de son client.
«Un homme dont le fil rouge de la vie est l’alcool. L’alcool qui lui a tout pris» Me Dufetel-Cordier a rappelé que la vie de son client n’avait jamais été jalonné de bagarre. Alors pourquoi ? questionne-t-elle.
«Un instant, il essaye de calmer les choses, et l’instant d’après il assène des coups à son tour» Pour l’avocate la «désocialisation de Jean-Noël Sahli, ses failles pourraient en partie expliquer ce passage à l’acte ; cela et l’absence de barrière morale prononcée par l’expert» (au sujet de l’effet de groupe, NDLR).
Alors pour un homme «qui assume sa part, qui porte le poids de sa responsabilité», Me Dufetel-Cordier a plaidé pour une peine ayant fonction aussi de réinsertion. «Vous devez juger en humanité» a-t-elle lancé aux six jurés.
Ces six jurés qui, demain après les dernières plaidoiries de la défense, devront répondre à dix questions. L’une concerne Giliola et la non assistance en personne en danger, les neuf autres, les trois accusés et les «violences volontaires en réunion ayant entrainé la mort sans intention de la donner»
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