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Tribunal correctionnel: l'avocat de «Claudius de Cap Blanc» plaide la relaxe et invoque «la création artistique face à une censure»

Jean-Claude Lagarde, alias «Claudius de Cap Blanc» devant le Tribunal correctionnel de Foix
© midinews 2015

Liberté d’expression, geste artistique, censure, Me Bouzenoune Tewfik du Barreau de Paris a ardemment défendu Jean-Claude Lagarde, alias «Claudius de Cap Blanc» poursuivi devant le tribunal correctionnel de Foix pour répondre de «dégradation ou détérioration légère de bien destiné à l’utilité de la décoration publique par inscription, signe ou dessin»

L’artiste avait, à plusieurs reprises, entre le 22 décembre 2014 et le 28 janvier 2015, dessiné ou accolé des affiches sur la vitrine de l’Office de tourisme du Mas-d’Azil.

Il fallait bien que je me fasse entendre, que je dénonce une injustice
Un différent oppose le président de l’Office de tourisme du Mas d’Azil et Claudius de Cap Blanc. Dans le cadre d’un contrat signé entre les deux parties, l’artiste devait exposer une sculpture au sein de l’OT.

«La création était retirée sans explication au bout de quelques jours», le prévenu apprenant lors d’une visite à l’Office de tourisme qu’elle avait été écartée.

Aussitôt, il demandait des éclaircissements, «j’attends toujours une discussion avec Jean Marc Pouech (président de l’Office du Tourisme, NDLR)», indique-t-il à la barre du tribunal.

«Trouvant la situation injuste, j’ai décidé de poser la question avec un dessin assorti d’une lettre recommandée»

«Claudius de Cap Blanc» a introduit une action au civil afin de dénoncer la rupture du contrat, action ayant donné lieu à plusieurs renvois et qui n’a toujours pas été jugée.

Il conteste fermement l’infraction de dégradation, se disant «opposé au vandalisme» et soulignant : «les dessins étaient harmonieux et les affiches ont été collées avec un produit s’enlevant très facilement»

Des propos réitérés par son avocat, rappelant que les affiches étaient posées le matin et enlevées avant la fin de la journée. «Il s’agissait d’autocollants, d’affiches qui s’enlevaient comme du beurre»

Pour en revenir au fond, l’artiste glisse : «le rôle d’un président d’office de tourisme est de faire respecter les règles et il est le premier à les violer. J’ai dénoncé une injustice»

Sur le plan moral, l’artiste note «mon travail a été méprisé par ce geste de censure. Sur le plan économique, le préjudice est certain pour moi, cette pièce faisait le lien avec deux de mes expos et renvoyait à l’Affabuloscope» (son atelier-musée, NDLR).

«Claudius de Cap Blanc» estime «s’être défendu comme il a pu» Il pense, à l’instar de son avocat, que sa sculpture a été retirée, car elle représentait une vulve.

«Pourtant» poursuit-il «il s’agit d’un signe de l’ère paléolithique. Voici peu, on a retrouvé le symbole de la vulve dans un boyau de la grotte du Mas-d’Azil. Mon travail artistique est le prolongement du geste de cet homme du paléolithique.

Il s’agit pour moi d’interpeller les autres afin de poser un autre regard sur les femmes, regard aujourd’hui étriqué
»

Son avocat glissant à ce sujet : «le président de l’Office de tourisme est également conseiller municipal, peut-être a-t-il eu peur ?»

Si le Parquet «est sensible à l’art, nous ne sommes pas au civil, mais au pénal», souligne la magistrate avant de requérir 30 jours amende à 30 euros pour une «infraction reconnue et commise sur un établissement public qui a vocation de faire la promotion du territoire»

«La démarche était politique, artistique et revendicative» indique d’emblée Me Bouzenoune.

«Quand on a la chance d’avoir dans la région un artiste comme Monsieur, on se doit de respecter le contrat conclu avec lui. Il s’est retrouvé dans la situation d’un contrat dénoncé unilatéralement. On l’a privé de promouvoir son atelier, l’Affabuloscope»

L’avocat conteste énergiquement la dégradation : Et d’un, le produit utilisé pour coller ce qui s’apparenterait à des autocollants selon lui, et donc «pas d’élément intentionnel» ;

et de deux, «la vitrine de l’OT fait office de support, de toile, c’est un lieu d’exposition»

Après avoir rappelé que l’Office de tourisme ne s’était pas constitué partie civile et que l’artiste «n’était pas venu comme un vandale, mais était dans une démarche artistique, dans la réhabilitation d’un symbole connu depuis la préhistoire», Me Bouzenoune est revenu sur le préjudice fait à son client.

«Il ne fait pas partie des artistes promus ; il se bat pour survivre de son art»

«Claudius de Cap Blanc» serait selon son conseil «un lanceur d’alerte. Il a essayé de rendre publics ses démêlés avec le président de l’Office de tourisme. Lui a agit avec mesure et délicatesse face à une censure pure et simple»

La relaxe a été plaidée par Me Bouzenoune.

Le verdict a été mis en délibéré au 8 septembre prochain.

Si cette nouvelle affaire vaut la correctionnelle à Claudius de Cap Blanc, elle lui a aussi valu le soutien de nombreux défenseurs de la liberté d’expression et la mise en place d’une pétition demandant la réintégration de l’Affabuloscope au rang des sites culturels ariégeois.

NR | 07/07/2015 - 19:41 | Lu: 13122 fois