Egalité hommes/femmes en Ariège: les stéréotypes ont encore la peau dure dans l'artisanat
Ce matin l’Union professionnelle artisanale (UPA) de l’Ariège et la délégation départementale aux droits des femmes (DDCSPP) organisait une conférence-débat sur la mixité des métiers de l’artisanat et les stéréotypes de genre.
Cette manifestation avait vocation d’inaugurer le programme des manifestations autour du 8 mars, journée internationale pour les droits des femmes. Parmi les thèmes abordés devant un parterre de professionnels de l’emploi, de représentants d’associations et de chefs d’entreprises, l’égalité professionnelle hommes/femmes, la parité ou la mixité des emplois.
Une matinée nourrie d’échanges consacrée à cet enjeu fondamental de société
Jean-Luc Mirouze et Pascal Charrieras, respectivement président et directeur de l’UPA ont ouvert cette matinée d’information en présence de Nathalie Marthien préfet de l’Ariège et de Nicole Surre, déléguée départementale aux Droits des Femmes et de l’Égalité.
Comme l’ont indiqué les responsables locaux de l’UPA au-delà des obligations légales, il y a longtemps que l’artisanat travaille sur ces sujets, notamment en organisant des actions de promotions des métiers au féminin et depuis une dizaine d’années les effectifs de Centres de Formations aux Métiers (anciens CFA) tendant à se féminiser en même temps que les chefs d’entreprises n’hésitent pas à embaucher des femmes dans des métiers traditionnellement réservés aux hommes.
Des propos corroborés par Sylvia Pujal-Honorat directrice du centre de formation des apprentis de Foix qui regarde le chemin déjà accompli: «nous sommes à présent dans certaines sections jusqu’à 50 % de femmes alors qu’il y a quelques années encore ces métiers étaient exclusivement consacrés aux hommes : je pense notamment à la pâtisserie, la cuisine ou la boulangerie… ces barrières ont été dépassées».
Même s’il est plus difficile de faire éclater le plafond de verre dans des sections aussi spécifiques que la carrosserie, la mécanique auto, la boucherie ou la maçonnerie, les lignes commencent cependant à bouger:
«Cela reste très marginal poursuit la directrice du CFA, mais nous avons eu une fille en CAP plâtrier-plaquiste, nous en avons une en mécanique auto et une en boucherie… le principal frein vient des entreprises qui doivent aménager des locaux spécifiques pour les accueillir (des vestiaires ou des toilettes pour femmes).
Cela dit quand ces entreprises recrutent des filles, elles sont ensuite très satisfaites… cella permet de lever des freins, rien n’est perdu, mais le chemin est encore long chemin».
Preuve par l’exemple du côté des ateliers du CFA. Dans le bâtiment pas de fille pour monter un mur, chez les menuisiers pas davantage même si Marcel Gutiez, enseignant pour le CAP menuiserie ossature-bois indique avoir une adulte en formation professionnelle.
Jean-Pierre Pauly, formateur en boucherie depuis 5 ans est plutôt enthousiaste: «le métier commence à prendre au niveau des filles.
Il faut sortir de l’image d’Épinal la femme du boucher qui tient la boutique, mais de véritables professionnelles qui savent lever une escalope, tailler une bavette ou désosser une épaule.
Il faut savoir que pour faire un bon boucher il faut dix ans, c’est un métier très dur, on ne compte pas ses heures, mais quelques filles sortent du lot… notamment Julie en qui je fonde beaucoup d’espoirs».
Cette jeune femme de 21 ans a d’abord passé un baccalauréat «production animale» elle connait bien la morphologie, le nourrissage des bêtes et face aux difficultés que rencontrent les jeunes agriculteurs pour s’installer et plus généralement le monde agricole, elle a choisi tout naturellement la boucherie: «j’aime ce métier, il est varié et en relation directe avec l’élevage, car il faut connaitre les bêtes en amont.
De plus cela ne pose aucun problème pour moi de travailler dans un univers plutôt masculin, il faut faire sa place comme partout ailleurs»
Le département de l’Ariège département pilote pour l’égalité professionnelle
Pour Nathalie Marthien, préfet de l’Ariège «il faut pousser les femmes vers plus d’ambition professionnelle… et le combat est loin d’être terminé».
Cependant elle a indiqué lors de son allocution que le département de l’Ariège à l’instar du Gers et du Tarn-et-Garonne avait été repéré pour son dynamisme en matière d’égalité professionnelle, «cet encouragement nous incite à poursuivre nos efforts, à bousculer les idées reçues sur la sociologie des métiers et encourager les jeunes femmes à aller vers des métiers comme les métiers de la métallurgie) où il y a de l’emploi...
L’enjeu de l’égalité professionnelle est un enjeu en matière de politique publique».
Selon les chiffres publiés par le ministère de Pascale Boistard, secrétaire d’État chargée des Droits des femmes, les écarts de salaires à même compétence entre un homme et une femme sont de 24 % et seuls 12 % des métiers sont mixtes.
Dans l’artisanat, première entreprise de France, la plupart des chefs d’entreprises sont des hommes (78,5 % contre 21,5 % de femmes et ce sont souvent des services à la personne ou de l’alimentaire).
Des chiffres sur lesquels Nicole Surre, la déléguée départementale aux Droits des Femmes et de l’Egalité a rebondi avec la diffusion d’un support réalisé pour les séminaires gouvernementaux, un document illustré par les recherches de l’anthropologue Françoise Héritier ou la neurobiologiste Catherine Vidal, qu’elle a commenté devant l’assemblée.
Même si le XXe siècle a enregistré d’énormes avancées en matière d’égalité des sexes (30 textes de loi adoptés, loi pour l’IVG en 75, droit de travailler sans l’autorisation du conjoint en 65, droit de vote en 44 ou loi en faveur de la parité en 2000) on ne peut balayer d’un revers de main les 200 millions d’années qui ont construit des comportements, des pratiques reproduisant inconsciemment des stéréotypes de genre, ce que Françoise Héritier appelle «la naturalisation des rôles sociaux».
Selon Nicole Surre, l’égalité femmes-hommes est souvent considérée comme une obligation de plus pour les entreprises, non prioritaire au regard d’autres réglementations, mais pas comme une opportunité, celle de s’adjoindre des compétences, des talents afin d’améliorer la productivité, l’innovation et la recherche.
Midi-Pyrénées a été choisi comme territoire d’excellence en matière d’égalité professionnelle par le ministère des droits des femmes.
L’Etat, la région mènent des actions conjointes qui visent à réaliser des actions dans les TPE et PME et à développer la mixité des filières et des métiers.
Une journée pour l’égalité professionnelle s’est déroulée à Ax les Thermes en lien avec Pôle Emploi, la Direccte et les organisations professionnelles.
Lors de l’attribution du dernier prix régional de l’égalité professionnelle, trois entreprises ariégeoises ont été primées pour leur exemplarité (dont la SAVASSEM toutes catégories confondues): «le travail que l’on mène avec les organisations professionnelles, tous les partenaires de l’emploi, les fédérations des employeurs, les organisations salariales, les syndicats… permet de faire évoluer l’égalité professionnelle que ce soit dans les petites entreprises artisanales ou les grandes entreprises de plus de 50 salariés.
Mais il ne faut pas baisser la garde, car l’on retrouve les stéréotypes dans tous les esprits, à tout âge, d’où la nécessité de réaliser un travail en partenariat avec l’enseignement.
Les comportements qu’on attend des femmes ou des hommes sont différenciés, on les enferme dans des choix restreints (beaucoup plus restreints pour les femmes qui n’ont accès qu’à 12 familles professionnels contre 20 pour les hommes).
Le plan d’action gouvernemental pour la mixité des métiers doit bousculer les idées reçues et se doubler de d’avancées en matière d’éducation et d’emploi». Le combat est loin d’être terminé.
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