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Carnet de voyage d'une jeune Ariégeoise au Chili: Une fête indienne pour une Vierge catholique
D’Iquique à Arica, il y a cinq heures de bus. Quelques 400 kilomètres à travers le désert de l’Atacama.
De part et d’autre, d’interminables courbes montagneuses, de sable ou de roches, dans un dégradé de beige, de gris et de rouge.
Une route goudronnée sillone plateaux et vallées, mais dans tous les sens, des chemins, des traces de pneus, semblent aller se perdre dans l’infini aride. En fond de vallée, une coulée verte serpente, parfois en pointillés, et suit le cours d’un maigre ruisseau.
Quand le bus fait une halte, des femmes accourent les bras chargés et montent proposer empanadas, pan amasado et boissons.
Le bus reprend sa route. Parfois, le ciel est bas et se fait oppressant. Plus loin, les nuages se dissipent laissant apparaître le bleu du ciel et d’autres courbes jaunes infinies.
D’Arica à Putre, il y a encore trois heures de trajet. Cette fois, la nuit est tombée et le bus grimpe dans les montagnes sous des millions d’étoiles.
Les montagnes désertiques ne sont plus que des tâches noires dans la nuit sans lune. Putre est un village Aymara, à l’intérieur des terres, a 3500 mètres d’altitude. C’est aussi le dernier village avant le Parc National de Lauca.
Malgré le fait que la quasi totalité des habitants soient Aymaras ou Quechuas, la colonisation espagnole a fait son oeuvre et c’est une fête catholique que l’on célèbre à l’occasion du 15 Aout: «La Virgen del Asunto»
Déjà lors de la soirée de la veille du jour saint, une procession défile dans les ruelles pavées du village. Des femmes portent des statues de la Vierge, une dizaine de musiciens rythment le pas des danseurs aux costumes colorés, et le curé prêche dès que la musique se tait.
Dans une cour en terre battue, d’autres musiciens se sont déjà mis à jouer et les danseurs ont entamé une ronde joyeuse. La biere, distribuée à loisir, aide à l’euphorie génerale.
Après un «Rayaya» et une gorgée versée à terre pour honorer la «Pachamama», la Terre Mère, le liquide se déverse dans tous les gosiers. Y compris celui du curé, qui ne se fait pas prier pour boire et danser.
On vient de loin pour participer à la fete, beaucoup sont d’Arica et sont venus specialement pour l’occasion. Mais souvent, les vieux qui sont présents n’ont pas été suivis par leurs enfants.
Beaucoup oublient leurs racines en s’installant en ville. Outre la chute démographique et l’influence catholique et occidentale, ces migrations sans retour causent une perte de l’identité des sociétés andines.
Mais ceux qui sont là sont venus pour s’amuser et rendre hommage comme il se doit à la Vierge. De fait la musique dure tard dans la nuit, les danses et la distribution de bière aussi.
Et ce n’est pas parce qu’on a peu dormi que l’ambiance mollit le lendemain. Bien au contraire: c’est aujourd’hui le grand jour. Dès l’aube, on défile, on joue et on danse. Et tout le monde s’y met. La musique a repris dans la cour.
Un autre groupe se dirige vers le cimetière. La comme ailleurs, musique et bière vont bon train. Et ce jusqu’au petit matin, où le village, jadis péruvien comme en témoignent les ornements de certaines portes, se repose enfin.
Au matin, on joue une dernière fois pour faire les adieux à la Vierge.
Puis c’est autour de grandes tables où défilent des assiettes de riz et de viande, des bouteilles de vin et des joyeuses discussions, que la fête se termine.
Le village se vide, beaucoup rentrent à Arica. Peu à peu, Putre retrouve son calme et sa sérénité montagnarde. Jusqu’à l’année prochaine.
Photos: ©AriegeNews 2007 - Fanny Napolier
Fanny Napolier est une jeune Ariégeoise en stage au Chili pour venir en aide aux enfants des rues. Pendant 5 mois elle portera son regard sur d'autres montagnes. Retrouvez chaque semaine ses aventures au travers de son carnet de voyage. |
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publié le 21/08/2007 |
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