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Carnet de voyage d'une jeune Ariégeoise au Chili: Une nuit dans la précordillère, à la découverte de Parinacota
En Aymara, Parinacota signifie «village de flamants»
Et pour cause, il est entoure de lagunes et à seulement quelques heures de marche du lac Chungara, l’un des plus hauts du globe, où vivent ces oiseaux rosés.
C’est le second village après Chucuyo sur la route qui traverse le parc national de Lauca, dominé par deux volcans aux cimes enneigées, et qui va jusqu’en Bolivie. Un tout petit village blanc d’adobe, d’une dizaine de familles, qu’aucun bus ne dessert.
C’est donc à bord d’un camion qui fait route vers le pays voisin que nous grimpons vers la Précordillère.
Très vite, nous arrivons sur de grandes plaines aux herbes jaunies, bordées de montagnes aux reflets rouges. Dès l’entrée dans le parc, des troupeaux de lamas et leurs cousines les vicuñas pointent leur nez.
De temps a autres, des ruisseaux gelés nous donnent une idée de la température extérieure. Le chauffeur nous prévient que les nuits sont fraîches à cette altitude. En effet, il est fréquent qu’il fasse jusqu’a -18°.
Nous roulons trois heures dans le parc avant d’arriver au croisement de la route transfrontalière et de la piste qui mène jusqu’au village de Parinacota. C’est ici que le camion nous laisse.
Les dernières lueurs du jour achèvent de passer l’horizon et le vent rafraîchit sérieusement tout bout de peau à l’air. Nous marchons encore une heure sur la piste sableuse et déserte, sous la lune et le ciel sans nuages.
Le froid est tenace, mais la promenade est loin de manquer de charme. Les quelques monts avoisinants sont éclairés par la lune, et de la même façon, on devine les lagunes qui bordent le chemin ou l’on entend parfois les bruissements d’ailes des oiseaux qui y batifolent, brisant le silence de la nuit.
Puis, au détour d’un virage, quelques lumières se montrent en contrebas: Parinacota.
Il n’est pas plus de 20 heures quand nous pénétrons dans le village. Il nous semble désert. Seuls quelques lampadaires éclairent nos pas d’une lumière jaune et diffuse. Encore quelques mètres et nous voilà sur la petite place du village.
Face à nous, l’église, en pierres et au toit de paille. Mais c’est surtout pour ce qu’elle abrite qu’elle est réputée.
La légende veut qu’à l’intérieur se trouve une table en bois qui, la nuit, se faufile hors de l’église. Au matin, elle est immanquablement retrouvée devant la porte d’une maison. C’est qu’un grand malheur s’annonce pour quelqu’un de la famille.
Certains disent qu’elle a même causé la mort de plusieurs personnes. C’est pourquoi on a décidé d’enchaîner solidement un pied de la table. Mais elle tente toujours de s’enfuir.
La preuve? L ‘usure du pied au niveau de la chaîne.
Quoiqu’il en soit, lors de notre passage, l’église est fermée.
Après en avoir fait le tour de nuit, nous nous dirigeons vers le seul endroit où des cris d’enfants et de la lumière semblent indiquer qu’il y a de la vie: l’école.
Nous frappons à la porte pour demander un peu d’eau chaude pour le maté. Maria nous ouvre.
C’est elle qui s’occupe après la classe de la dizaine d’enfants qui logent à l’école toute la semaine. Ils habitent souvent dans des maisons à l’écart du village et ne peuvent pas faire le trajet tous les jours.
Un petit couloir sépare les deux salles de classe et donne sur une cour goudronnée ou pendent quelques paniers de basket. Tout en nous faisant chauffer de l’eau, Maria surveille la joyeuse bande qui joue dans tous les coins.
Sur une table encombrée, des points blancs et noirs grésillent sur un écran. La seule chaîne de télévision que l’on capte à peu près annonce un grand tremblement de terre au Pérou.
Sur la même table, un tube rougi sert de chauffage pour tout ces enfants en bonnet, gants et gros manteau.
La consommation supplémentaire d’électricité que demande la bouilloire fait sauter les plombs a trois reprises. Excitation générale chez les enfants. De plus l’arrivée de deux nouvelles têtes au village n’est pas sans les intriguer.
Deux osent s’approcher et nous questionner. En partageant avec elles un morceau de pain, nous discutons.
L’une habite sur la colline et sa mère vend du tissage traditionnel au bord du lac Chungara. L’autre fillette est moins bavarde. Elle vient de Bolivie. Quand on s’étonne qu’elle vienne à l’école ici, de si loin, elle nous répond avec le plus naturellement du monde que son père la battait et que sa mère l’a abandonnée ici avec sa soeur.
Il est neuf heures, tout le monde au lit, rappelle Maria. Les enfants dorment ensemble dans le dortoir. Au matin, pas d’eau chaude pour la toilette, alors Maria leur fait chauffer quelques bouilloires pour améliorer la douche.
Dans une dernière gorgée de maté, nous lui demandons ou nous pourrions passer la nuit. Mais Parinacota n’est pas un village touristique, mis à part son église que les voyageurs de passage photographient en dix minutes avant de s’en aller à Chungara.
En allant frapper à une autre fenêtre éclairée de la rue, une petite vieille à la peau brune et aux cheveux noirs nous propose de nous loger pour la nuit.
Dans la chambre, un vieillard est déjà couché. Nous discutons un moment, curieux de ce qu’il pourrait nous apprendre sur la culture Aymara dont il se dit issu. Mais il ne se lasse pas de répéter que les maux de la terre continueront tant que la parole du Christ ne sera pas répandue…
Lorsque la lumière du jour vient ouvrir nos paupières, la maison s’est vidée et notre logeuse est déjà au travail. Depuis 5 heures du matin, elle s’affaire à préparer le pan amasado qu’elle fait maintenant cuire dans le four de pierres devant la maison, avec l’aide de Magdalena la voisine.
Cette dernière vit dans ce village reculé avec son fils de quarante ans, skyzophrène. Lorsqu’il faisait son service militaire à Putre, un malheureux accident de cheval lui a causé ce traumatisme.
Un jour, quelqu’un a dit à Magdalena que pour enlever le mal à son fils, il faudrait une poignée de terre de l’endroit où il est tombé. Quand elle aura le temps, elle ira. Mais pour l’heure, il faut finir les pains.
D’ailleurs, on nous fait comprendre que pour la fête de la «Virgen de la Natividad», il faudra bien plus de quatre mains pour les préparatifs. L’invitation est lancée, c’est entendu, nous reviendrons à Parinacota pour la fête.
Photos: ©AriegeNews 2007 - Fanny Napolier
Fanny Napolier est une jeune Ariégeoise en stage au Chili pour venir en aide aux enfants des rues. Pendant 5 mois elle portera son regard sur d'autres montagnes. Retrouvez chaque semaine ses aventures au travers de son carnet de voyage. |
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publié le 30/08/2007 |
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