Rapport «Larcher»: vers une nouvelle carte hospitalière en Ariège ?
Gérard Larcher, sénateur, ancien ministre délégué aux Relations du travail, maire de Rambouillet et candidat au fauteuil de Président du Sénat a remis la semaine dernière à Nicolas Sarkozy un rapport proposant une «rationalisation du système français de soins hospitaliers»
Mais avant même que le Président de la République n’ait eu connaissance des propositions de la «commission de concertation sur les missions de l'hôpital», les commentaires n’ont pas manqué.
C’est ainsi que les plus pessimistes voient dans les 16 mesures préconisées, outre la fin des hôpitaux de proximité, un certain nombre de dérives vers la privatisation, avec une consolidation formelle du secteur privé à but lucratif.
D’autres, au contraire, voient dans les préconisations de ce rapport le seul et unique moyen de sauver le service public d’hospitalisation.
Pour tenter d’y voir plus clair dans les 102 pages de ce rapport dense et qui va probablement guider l’action de l’Etat pour les quelques deux ou trois décennies à venir, nous avons rencontré Pierre-Yves Gilet, directeur du Centre Hospitalier Ariège Couserans (CHAC), particulièrement concerné par les réformes à venir.
Pour lui, «la mesure phare est la création de communautés hospitalières de territoire, calquées sur l’organisation des communautés de communes, qui géreront les regroupements des établissements hospitaliers sur un territoire de santé»
Mais alors que certains voient dans ce regroupement un danger, ce dynamique chef d’établissement y voit une chance pour les hôpitaux de proximité, à la condition, bien sûr, que les élus arrivent à s’emparer du dossier et à imposer une réelle vision de territoire.
«Il est clair que les petits hôpitaux ne pourront pas survivre seuls, il faut impérativement se regrouper, coopérer. Mais coopérer avec qui, selon quels critères et sur quels objectifs ? Telle est la vraie question !»
Et surtout, que l’on ne parle pas de concurrence entres les différents établissements ariégeois à Pierre-Yves Gilet, qui balaye ce discours d’un revers de manche.
«Soyons clairs, le CHAC ne serait pas ce qu’il est sans le CHIVA. Ainsi, la maternité de Saint Girons n’existerait pas si des accords de partenariat n’avaient pas été signés entre les deux établissements»
Depuis 2002, Ce sont quinze conventions qui ont été signées entre les deux principaux établissements du département.
Et ce ne sont pas les seules, car Pierre-Yves Gillet «ne veut pas mettre tous ses œufs dans le même panier» et travaille également en partenariat avec Lavelanet, Saint Gaudens et le CHU de Toulouse. «Il faut accélérer ce mouvement indispensable à la survie de l’ensemble des établissements et à un maillage correct du territoire»
Il est vrai que rien n’est gagné, car si l’on suit uniquement les logiques techniques et financières, il ne subsisterait qu’un seul établissement en Ariège.
Mais l’intérêt de la population est-il là ? Bien sûr que non répond immédiatement le directeur du CHAC, «et même si c’est plus compliqué, il faut intégrer une offre hospitalière sur le Pays d’Olmes et le Couserans»
D’ailleurs, si l’on suit les recommandations des techniciens, il faudrait même aller plus loin.
Le territoire pertinent de ces Communautés Hospitalières de Territoires correspond à une population de 200.000 habitants, soit, la totalité des 146.000 habitants du département de l’Ariège plus le Comminges qui avec ses 75.000 habitants ne pèsera pas lourd dans la probable future configuration…
Politiquement, Gérard Larcher voit l’organisation de ces CHT calquée sur celle des Communautés de Communes. «Nous proposons d'en faire un établissement public de santé, avec un responsable à sa tête»
En d’autres termes, le conseil d'administration sera remplacé par un conseil de surveillance (élus locaux, représentants du personnel, médecins hospitaliser, usagers, médecins libéraux) et le directeur de l'hôpital, révocable et placé par le conseil de surveillance à la tête d'un directoire, avec des prérogatives élargies, deviendra le seul «patron» de l'établissement.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce rapport semble parfaitement convenir au directeur de ce «petit» hôpital rural qui voit dans la future organisation du système de soins un moyen de conforter et de pérenniser la politique de conventionnement inter-établissements et de partenariats qu’il mène depuis des années.
«Nous devons développer notre culture échangiste !»
En tout état de cause, si ce rapport est approuvé par Nicolas Sarkozy, les directeurs d’établissements hospitaliers n’auront pas le choix. Soit ils se plieront à la nouvelle organisation et alors ils percevront les subsides nécessaires à leur bon fonctionnement, soit ils resteront dans leur coin avec la mort au bout du chemin.
«La parole est maintenant aux élus qui vont devoir impulser un véritable projet territorial» Dans ce domaine aussi, Pierre-Yves Gilet est optimiste!
 Téléchargez le rapport Larcher (102 pages, format PDF - 1,22Mo)
Vidéo: ©AriegeNews TV 2008 Crédit photo: Lajos Repasi |