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Les vins bio dans le collimateur de la commission européenne
30/01/2012 | 12:38
© MidiNews 2012

Longtemps considérés comme un marché de «niche», les vins bio élargissent leurs gammes et surfent sur la vague du succès tant au niveau local qu’à l’export:

Chaque année on assiste, en même temps que le doublement des demandes de conversion (du conventionnel au bio), au doublement des demandes de la clientèle.

Pourtant la commission européenne vient de supprimer le décret permettant aux vignerons d’utiliser le logo bio, le fameux AB apposé obligatoirement sur tout produit bio.

«Le vin bio n’existe pas, explique Philippe Babin, vigneron AB depuis 2005 à Vira, en fait il n’y a jamais eu de cahier des charges pour définir ce qu’était un vin bio.

C’est le seul produit du monde où l’on peut mettre un logo AB sans qu’il le soit vraiment car si les raisins sont issus de l’agriculture biologique, la vinification elle, n’est pas certifiée et l’interprofession européenne n’arrive pas à trouver un accord
»

En supprimant purement et simplement ce décret (et par voie de conséquence ce logo), la commission européenne tape du poing sur la table et en appelle au bon sens des vignerons européens de la filière pour trouver un rapide consensus.

Car en face, les vignerons américains s’organisent et jouent la carte du protectionnisme: il leur aura fallu à peine un an pour monter un cahier des charges de vinification bio alors que les Européens sont encore dans les palabres.

Ce qui pose problème c’est l’utilisation de dioxyde de souffre (SO2), utilisé pour conserver le vin lors de la vinification (pour éviter que le jus de raisin ne tourne au vinaigre).

Les pays du Sud de l’Europe (Italie, Espagne, Sud de la France) dont les raisins sont baignés de soleil produisent un vin tannique et alcoolisé, autant de conservateurs naturels de ce précieux breuvage.

Alors qu’au nord de l’Europe les pays producteurs de vin comme l’Allemagne, ont besoin d’une dose plus élevée de dioxine de souffre.

Uniformisation de l’Europe oblige, il faut aujourd’hui arriver à sortir un cahier des charges unique pour le vin bio européen.


«Jusqu’à présent le vin bio était un marché de niche, chacun des producteurs avait son petit marché, écoulait sa production mais n’avait surtout pas envie d’une réglementation européenne» poursuit Philippe Babin qui produit 30 000 bouteilles par an (50% de sa production est vendue sur place sur son exploitation de Vira, dans les foires ou les salons, 25% chez les cavistes et restaurateurs ariégeois et 25% à l’exportation notamment au Japon, Etats-Unis et Europe).

Sur les étiquettes de ses bouteilles on peut effectivement lire la mention dérogatoire: «vin issu de raisins de l’agriculture biologique certifié AB»

Mais tout cela est aujourd’hui obsolète puisque la commission européenne a supprimé ce label: «c’est pour nous pousser à nous mettre d’accord sur l’uniformisation de notre cahier des charges, pour une fois que l’Europe pousse à la simplification et à l’unité […]

Je parle en connaissance de cause puisque je représente les vins bio du Sud-Ouest (nous sommes 140 producteurs bio sans compter le vignoble de Bordeaux) dans un organisme de droit privé, la Fédération Nationale Interprofessionnelle des vignerons en Agriculture Bio (FNIVAB).

En Ariège, le CIVAM Bio est adhérent de la FNIVAB, c’est une démarche volontaire depuis trois ans mais c’est également la seule instance regroupant des vignerons bio et l’interprofession reconnue par le ministère et participant de fait aux discussions européennes concernant l’élaboration de ce fameux cahier des charges de vinification bio
»

La suppression du logo AB a un impact énorme, l’année viticole commence au 31 août jusqu’au 1er juillet de l’année suivante, cela signifie notamment qu’aucune bouteille ne pourra être vendue dans une Biocop…

Pour autant notre vigneron ariégeois est confiant: «je suis certain que l’on va vers un consensus, le cahier des charges va aboutir, il faut qu’il soit agréé par les instances techniques européennes avant parution au JO de l’Europe avant la fin de l’été 2012»

En tout état de cause il serait dommage et dommageable pour le vignoble ariégeois que la situation se cristallise davantage.

Bien que l’export à l’international soit anecdotique il représente cependant une fenêtre ouverte sur l’Ariège et sur le savoir-faire de ses viticulteurs.

Et si le vin bio a longtemps souffert d’une réputation associée uniquement à un militantisme amateur, il a réussi à prouver depuis quelques années que c’est le fruit de l’innovation, de la recherche et de la modernité… pour preuve le nombre de bouteilles vendues chaque année.

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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 30/01/2012 | 12:38 | Lu: 32362 fois