Les petites histoires de Mélanie: l'improbable hameau du Basqui

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L’histoire du hameau du Basqui est celle d’une population isolée qui ne trouva son salut que dans l’exode.

Claudine Pailhès dans son ouvrage «Montségur village ariégeois» évoque dans le détail cette aberration administrative. Le hameau du Basqui appartenait à la commune de Montségur, mais était situé de l’autre côté de la montagne de la Frau. Il n’était accessible depuis le chef-lieu que par un long et très difficile chemin.

En 1872, il fut envisagé l’aménagement du chemin reliant Montségur au Basqui. L’agent voyer du service vicinal rapporta que le chemin était «tellement scabreux qu’on ne pouvait l’améliorer». De plus, la neige le rendait impraticable en hiver. Ainsi, ce hameau composé de quelques granges ne pouvait entretenir de relations aisées avec Montségur.

La conclusion de l’agent voyer fut d’une logique implacable, il fallait relier le Basqui au village de Comus. Cependant, l’idée n’était pas à l’ordre du jour et les difficultés s’accumulèrent.

On apprend alors que la direction des Postes demanda une distribution par Espezel, ce que le Conseil municipal de Montségur accepta. Mais cette nouvelle destination, dans la tournée du facteur, l’obligeait à faire un détour si important qu’il ne revenait pas avant 20h ou 21h au bureau de poste de Lavelanet.

Entre 1871 et 1874, le conseiller général de l’Aude, habitant d’Espezel, attira plusieurs fois l’attention du préfet sur la situation «exceptionnellement malheureuse des habitants du Basqui. Chaque dimanche, ces malheureuses familles suivent un sentier escarpé, frayé uniquement par leurs sabots, de père en fils pour se rendre aux offices de Comus.

Il en est de même pour le civil et pour toutes les relations que l’existence d’une population comporte et rend nécessaire.

C’est toujours à pied ou à dos d’âne que se font les transports, les échanges, les approvisionnements. Vieillards, femmes enceintes et malades sont réduits à vivre et à mourir sans secours religieux ou médicaux.

Ces pauvres gens sont français, ils paient les impôts comme tous les autres, mais ils ne connaissent de la vie sociale que les charges et aucun avantage. Vraiment Monsieur le Préfet, le sort de plus de cent personnes composant le hameau du Basqui est un fait inouï en France
».

La situation aberrante dans laquelle étaient les habitants du Basqui souleva la colère du maire de Comus. Profitant des services de sa commune et inscrits sur les listes électorales du département de l’Aude, les gens de Basqui payaient leurs impôts à Montségur!

Deux solutions s’offraient, le rattachement à Comus ou la nomination d’un adjoint spécial de Montségur au Basqui pour la tenue de l’état civil.

En 1895, le procureur de la République s’en inquiéta et Montségur fut obligé d’entrer dans la légalité. Mais comment faire pour élire un adjoint quand «aucun habitant n’est capable de rédiger quoi que ce soit et que l’ignorance la plus complète y règne»?

On proposa alors un rattachement à la commune de Prades qui avait le mérite d’être située en Ariège.

Même la loi de 1882 sur l’obligation scolaire n’arriva pas à faire bouger les lignes. Aucune école ne fut construite au Basqui pour les 25 enfants en âge de s’y rendre, même après une seconde demande faite par les parents en 1895.

En 1911, les habitants demandèrent leur rattachement à la commune de Prades, revendiquant qu’ils payaient leurs impôts, mais ne recevaient jamais les avantages inhérents à ceux-ci: «pas un centime n’est employé pour construire des chemins, nos maisons sont en ruine faute de bois de construction et pas un seul mètre cube de bois ne nous a jamais été délivré.

Nous semblons abandonnés dans un pays de sauvages et l’administration s’acharne à nous grever et à nous donner la vie impossible
». On dit de ce courrier qu’il fut rédigé par des résidents de Prades ou de Comus propriétaires au Basqui, et que le maire désignait ces plaintes comme infondées…

Claudine Pailhès rappelle que le problème se régla de lui-même: s’il y avait 120 personnes au Basqui en 1883, il n’y en avait plus que 24 en 1921, et plus aucune en 1926. 

À lire: Claudine Pailhès, Montségur village ariégeois, CG de l’Ariège, ADA, 2007.

Mélanie Savès | 23/10/2015 - 18:45 | Lu: 3584 fois