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18 000 personnes ont été privées d'eau potable en Ariège: le SMDEA s'explique

© midinews 2015

Jamais le territoire n’avait connu une crise aussi importante en matière de distribution d’eau potable.

En cause, les fortes précipitations qui se sont abattues à la fin du mois de février, entrainant des éboulements de terrain et des ruissellements d’eau très chargés en particules dans les torrents de montagne qu’alimentent certaines sources. Une eau de source devenue rapidement trouble.

Les analyses effectuées par le Syndicat mixte départemental de l’Eau et de l’Assainissement ont montré des dépassements jusqu’à cinq fois les normes définies par l’Agence Régionale de Santé (ARS) qui a décidé de déclarer l’eau impropre à la consommation sur 45 communes du territoire syndical (Pays d’Olmes jusqu’aux portes de Mirepoix).

Le SMDEA a dû déployer d’importants moyens pour informer les abonnés et organiser la distribution d’eau en bouteille dans les mairies concernées et les établissements sensibles (cantines, hôpitaux, maisons de retraite…).

Un dispositif renforcé de 12 agents a été mis en place pour effectuer des analyses de la qualité de l’eau distribuée deux fois par jour dans les communes concernées, les agents ont procédé à la désinfection au chlore des réseaux de distribution d’eau et à la réparation des conduites endommagées par les éboulements.

Seules les communes de Bélesta, l’Aiguillon et Lesparrou branchées sur le captage de Fontestorbes et la nouvelle unité de production de Bélesta ont pu consommer l’eau du robinet pendant cette période de crise.
Origines de cette crise, la turbidité de l’eau
Le SMDEA assure le suivi et l’entretien de plus de 500 sources d’eau captées en haute ou moyenne montagne. Si bien qu’une seule commune peut être desservie par plusieurs sources c’est là une des spécificités (et complexité aussi) du département de l’Ariège.

La qualité de l’eau de certaines de ces sources peut être influencée par la qualité des eaux de surface qui les alimentent. Ainsi à l’occasion de pluies violentes, l’eau des torrents ruisselle sur les sources et les chargent de particules qui rendent trouble l’eau de certaines sources.

Ce phénomène s’appelle la turbidité. Il se mesure à l’aide d’appareils de mesure spécifiques.

La turbidité joue un rôle important dans la qualité de l’eau, car elle indique une probable présence d’éléments pathogènes et de bactéries, les traitements de désinfection au chlore perdent une partie de leur efficacité. Il existe une norme sanitaire à respecter concernant la turbidité de l’eau distribuée, elle doit être inférieure à 2.
Le sacro-saint principe de précaution édicté par l’ARS
L’Agence Régionale de Santé effectue un suivi de la qualité de l’eau distribuée par le SMDEA au moyen d’analyses régulières réalisées en laboratoire agrée (ainsi en 2014 l’ARS a réalisé 2300 analyses pour un cout de 400 000 € financé par le SMDEA).

Afin de réaliser un suivi encore plus fin et régulier de la qualité de l’eau distribuée, le syndicat réalise de son côté en interne 4000 analyses d’autocontrôle par an.

Face à ce dispositif performant, des perturbations de la qualité de l’eau qui seraient passées inaperçues avant se traduisent aujourd’hui par des signalements à l’ARS.

L’application de ce principe de précaution peut donner aux abonnées l’image d’une eau de mauvaise qualité (puisque souvent déclarée impropre à la consommation) alors qu’au contraire il s’agit de renforcer la sécurité sanitaire (autocontrôle doublé par un contrôle imposé par l’ARS).

Le tragique évènement de l’été dernier à Ascou conforte les autorités sanitaires dans cette démarche.
Une usine d’eau potable à Montferrier pour pérenniser la ressource
Plus de 10 % de la population du département ont été privées d’eau potable.

Ce n’est pas neutre. Augustin Bonrepaux et Jean-Luc Bousquet, respectivement président et directeur du SMDEA accompagné par René Massat, vice-président de l’Agence de l’Eau Adour-Garonne ont souhaité au cours d’une conférence de presse externalisée faire toucher du doigt la complexité du problème avant d’en évoquer la solution.

C’est donc sur la commune de Montferrier, exactement sur le hameau de Marsol que la réunion a eu lieu ce mercredi.

La production en eau potable sur le périmètre du Pays d’Olmes et du haut canton de Mirepoix s’organise autour de quatre sources principales toutes situées sur ce périmètre (Fount Bergens 1 et 2, Cadeillou et Marsol).

Mais la turbidité de ces ressources est régulièrement modifiée lors des épisodes pluvieux ce qui pose deux problèmes récurrents: la quantité (surtout en période d’étiage) et la qualité (lors des épisodes pluvieux).

Le SMDEA a décidé d’apporter une réponse technique permettant définitivement de répondre à cette problématique en rassemblant les quatre sources en un point unique grâce à la réalisation de 1700 ml de conduite et la construction d’une usine permettant de traiter 72litres/s et plus de 6000 m3/j.

Selon Augustin Bonrepaux «dès lors qu’il y en avait au robinet, personne ne s’est jamais préoccupé de l’eau en Pays d’Olmes. Il nous a fallu plus de six ans pour mettre d’accord toutes les communes, presque autant pour arriver à faire une étude.

On a même entendu parler un temps de la création de deux usines de traitement, alors que l’on prêche pour la mutualisation des moyens et les économies! Aujourd’hui le permis de construire va être déposé et ce projet de 4,2 M€ devrait être livré en juillet 2017.

Ce projet repose à 20,4 % sur de l’autofinancement et à 79,6 % sur des subventions (CG09 et AEAG)
». Rien n’a été simple sur ce dossier, le foncier a nécessité l’acquisition de 7 parcelles appartenant à 4 propriétaires différents pour une surface totale de 4 000 m2.

La production destinée aux communes de Dreuilhe, Laroque, Esclagne, Tabre, Aigues Vives, Régat ou Léran, adhérentes au syndicat d’alimentation en eau potable du Pays d’Olmes, sera directement facturée par le SMDEA au SAEPPO.

En quelques mots, Jean-Luc Bousquet a présenté le projet de cette usine de traitement: «l’ensemble du réseau de distribution n’est pas modifié.

Tout ce qui est en amont est traité ici: les trois ressources sont captées et la 4e (la source de Marsol) mobilisée seulement en soutient d’étiage.

L’usine est très simple: un gros bassin de stockage, dans ce bassin il y aura ce qu’on appelle la floculation (on va lester l’ensemble des particules en suspension) la partie haute du bassin va ensuite se déverser dans un clarificateur.

Puis on passera à l’étape de la filtration suivie de la désinfection avec un traitement UV et un traitement de chloration gazeuse. Enfin l’ensemble de cette production arrive dans un réservoir de stockage qui constituera une réserve de 1000 m3 à disposition des 20 communes alimentées par l’ensemble de ces réseaux
».

Le département de l’Ariège avec ses montagnes et ses vallées oblige dans son modèle hydraulique à morceler les ressources sur l’ensemble du territoire pour en garantir la qualité.

Cela génère des travaux spécifiques à l’échelle du bassin Adour-Garonne et d’importants investissements pour le SMDEA.

Laurence Cabrol | 18/03/2015 - 19:41 | Lu: 21761 fois