Sur le campement de la Chapelle, un diagnostic pour préparer l'évacuation

© AFP - ERIC FEFERBERG
Associations et pouvoirs publics ont discrètement mené une opération conjointe, jeudi sur le campement de migrants de La Chapelle, pour recenser les candidats à l'asile, avant l'évacuation attendue de ce site "abominable" en plein Paris.
Il est neuf heures et les migrants en pulls fatigués se pressent, sous le métro aérien, autour des représentants de la mairie et d'Emmaüs Solidarité arrivés aux petites heures du matin.
"Prenez cela, prenez le mien" -- des mains se tendent, avec un nom griffonné, vers les responsables qui leur demandent en vain de former une file d'attente.
Même s'ils ignorent de quoi il retourne, les migrants sentent que quelque chose bouge. La Ville de Paris, la Préfecture, l'Office de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) et les associations France Terre d'asile (FTA) et Emmaüs Solidarité ont en effet investi un gymnase pour recenser avec précision la situation des migrants, afin de leur proposer un hébergement adéquat le jour de l'évacuation.
Quelque 380 personnes ont pu être interviewées au cours de la journée. Depuis des mois, des Soudanais, mais aussi des Erythréens, Somaliens ou Egyptiens, s'entassent sur ce campement tenant du bidonville, dans des conditions d'hygiène très dégradées.
"C'est une abomination, il faut que ça s'arrête", soupire Aurélie El Hassak-Marzorati, directrice générale d'Emmaüs Solidarité, qui mène des maraudes depuis des mois sur le campement installé entre les stations Barbès et La Chapelle.
Mercredi le préfet de police de Paris Bernard Boucault a évoqué un "risque d'épidémie", dont il n'a pas précisé la nature. Mais l'évacuation "va s'imposer", a-t-il averti, en assurant que des "propositions d'hébergement individualisées" seraient faites.
Sur la base d'un listing établi la semaine dernière, les migrants sont invités ce jeudi à des entretiens express, dans le gymnase de la Goutte d'or, à deux pas du campement.
"Comment vous appelez-vous? D'où venez vous? Avez-vous déjà demandé l'asile?" A la table de l'Ofpra, l'officier de protection répète inlassablement les mêmes questions aux Soudanais qui se succèdent.
- "Appel d'air" -L'homme assis en face d'elle extirpe une liasse de documents froissés d'une pochette en plastique, pose une question à l'interprète. L'officier coche un nom sur la liste. "Il faut que vous clarifiez votre domiciliation". Puis: "Vous allez recevoir une convocation de l'Ofpra".
L'entrevue a duré dix minutes. "Il ne s'agit pas d'entretiens d'évaluation" classiques, mais d'une "première évaluation", prévient Pascal Brice, le directeur général de l'Ofpra. "Ceux qui ont un besoin évident de protection, comme les Erythréens, seront entendus à partir de demain", les autres dans un délai très court, assure-t-il.
Le campement compte des personnes déjà engagées dans une demande d'asile, d'autres en transit vers le nord, et une partie ignorante des procédures. La dégradation des conditions sur place, avec l'afflux soudain de migrants à partir d'avril et l'arrivée de nouveaux profils -- femmes, enfants -- a rendu la situation intenable.
A la table voisine, France Terre d'asile propose une domiciliation aux demandeurs. Des responsables de la préfecture sont là aussi, qui vérifient la situation administrative, fixent des rendez-vous, en avancent certains...
L'idée est de boucler l'opération dans la journée, pour éviter un "appel d'air" auprès d'autres migrants. "Nous examinons la situation des personnes figurant sur la liste établie la semaine dernière, et d'elles seules", insiste M. Brice.
Les pouvoirs publics comptent ainsi avoir une idée précise du nombre de demandeurs d'asile à orienter vers les centres d'accueil (Cada) et de ceux relevant de l'hébergement d'urgence.
Si une solution de logement pourra ainsi être proposée dès l'évacuation, beaucoup devront s'éloigner de Paris, compte-tenu de l'engorgement des structures en Ile-de-France.
"Et alors, la France, c'est la France!", lance Mohamed, un Somalien arrivé en janvier, qui refuse encore de croire à la solution qui se dessine. "C'est difficile sur le campement, on prend des douches toutes les deux semaines, j'ai une maladie de peau que je ne peux pas soigner", ajoute cet ancien prof de maths.
Lui a déjà demandé l'asile, malgré sa méconnaissance du français. "Mais je vais apprendre", assure-t-il. "Je veux rester ici".
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