Marché de l'auto en Ariège: après une baisse de régime, la reprise va-t-elle se confirmer?

© midinews 2015 - F. Lachaud

Les membres ariégeois du Conseil National des Professionnels de l’Automobile (CNPA) ont fait ce mercredi dans le cadre de leur assemblée générale le point sur un des secteurs phares de l’économie locale: l’automobile.

Il représente en effet au niveau de la région Midi-Pyrénées 5 481 entreprises et 18 277 salariés et à l’échelle du département de l'Ariège, 274 entreprises pour 945 salariés.
Un marché en reprise, mais toujours assez fragile
Franck Stival, le président départemental du CNPA et Gérard Grau, responsable de la branche entretien et concession-auto, affichent leur satisfaction, car après plusieurs années de tendance à la baisse, le marché automobile des voitures particulières neuves connait une progression de +4,34% pour 2015, s’inscrivant ainsi dans la tendance nationale qui et de +5,40%.

«Cette consolidation du marché est bienvenue d’autant qu’il n’y a plus de prime à la casse ni de mesures incitatives».

Une des spécificités du marché des véhicules d’occasion c’est qu’il représente 4,72 fois le marché des véhicules neufs en Ariège (alors qu’à un niveau national le rapport n’est que de 3,64).

Si l’on regarde de plus près les immatriculations sur la période de 1er janvier au 31 août 2015, c’est Renault (432) qui se taille la part du lion, suivi de près par Peugeot (374), Citroën(238); viennent ensuite Dacia (172), Volkswagen (144), Nissan (142), Opel (110), Toyota (98), Ford (91) et Audi (83).

«On assiste dans notre département à l’extension des résultats nationaux, sauf pour Nissan qui enregistre sur le marché local une forte progression, ce qui lui vaut d’être primé une seconde fois comme meilleur concessionnaire du réseau», commente le président du CNPA.
Net recul du diesel en Ariège
Effet de la baisse de l’essence à la pompe ou changement radical des consommateurs surtout face aux effets d’annonce du gouvernement (éventuelle taxation du diesel), la vente des véhicules diesels enregistre pour la première fois depuis bien longtemps une baisse substantielle (-4,83% par rapport à 2014): «le delta à la pompe entre le gasoil et l’essence est moins important.

La préférence des consommateurs va aux petites voitures essence (+27,2% pour l’essence d’une année sur l’autre), on assiste également à la progression du marché de l’hybride, mais surtout pour le haut de gamme
».

Quant aux véhicules électriques leur vente bien qu’encore anecdotique a été multipliée par trois (passant de 6 à 18 véhicules en 2015).

Le marché de l’automobile semble retrouver ses couleurs cependant l’après vente (notamment avec l’entretien) qui constitue une activité importante comptabilisant les deux tiers des effectifs de la filière, enregistre un de ses plus faibles chiffres d’affaires.

«Le marché de la carrosserie est en recul, souligne Franck Stival, mais on ne peut que s’en féliciter, car cela signifie que le nombre d’accidents de la route est lui aussi en diminution. Par contre le consommateur roule moins, les véhicules sont plus fiables (notamment sur le parc récent), on espace l’entretien ou on en fait l’impasse, ce qui explique le tassement de la partie réparation».
Perspectives pour 2016
Le marché s’annonce stable. La mise en place de logiciels prédictifs basés sur l’analyse d’un ensemble de données (statistiques, comportementales, sémantiques, visuelles...) permettra de mettre en place une gestion plus pointue de la clientèle et de ses besoins.

«Ces systèmes informatiques sont capables en tenant compte d’un certain nombre de paramètres (ancienneté du véhicule, son roulage…) de prévoir le changement de la courroie de distribution. Ils permettent un contact personnalisé avec les clients pour les fidéliser».

Le département compte 274 entreprises dédiées à l’automobile pour 945 salariés et les perspectives pour 2016 sont stables pour les emplois.

Les professionnels de l’automobile attendent de voir pérenniser ces tendances avant d’embaucher et passer ainsi à la vitesse supérieure.

En attendant, ils préfèrent miser sur un accroissement des compétences en interne en développant les formations diplômantes assurées par les marques, permettant de faire des passerelles d’un métier à l’autre. Après avoir traversé 2 ou 3 ans de difficultés (suppression des aides par le gouvernement), ils comptent sur le retour de l’apprentissage dans les garages.

Selon les projections, la partie après-vente prévoit encore pour les mois à venir une baisse de marché de 4%. Suite à l’évolution des technologies, il a fort à parier que le marché de la distribution continue à se concentrer.

La taille des affaires grossit (un même partenaire peut gérer 4 à 5 sites), l’impact de l’innovation technologique modifie fortement les compétences en atelier (besoins d’outillages spécifiques, de techniciens hautement qualifiés), mais ce sont des économies d’échelle, car au final, le consommateur n’est pas prêt à faire plus de 30 minutes de route pour faire réparer son véhicule et les points de vente sont obligés de s’installer toutes les 45 minutes.

«Ce phénomène de concentration est accentué avec l’évolution des technologies, véhicules hybrides ou électriques (notons qu’il faut compter au bas mot 60 000€ d’investissement sur nos boutiques pour l’équipement des voitures électriques). Cette évolution nous amène aussi à grader l’évolution des formations en interne».
Affaire Volkswagen, mesures gouvernementales… actualité vue de l’Ariège
Le scandale Volkswagen plombe les marchés financiers, mais pas l’enthousiasme de Franck Stival, concessionnaire de la marque allemande: «nous attendons les directives du constructeur.

Pour l’instant il n’y a pas encore de mesures mises en œuvre. On évoque le flashage des boites moteur. Mais il faut savoir qu’il n’y aura pas de mesures de rappel d’urgence comme ce fut le cas pour Toyota, car la sécurité du conducteur et celle du véhicule ne sont mises en cause… en Europe nous ne sommes pas concernés par ces mesures, car les normes sont différentes
».

Quant aux relations avec la clientèle: «nous renvoyons systématiquement sur le service relation client de Volkswagen… disons qu’ici c’est plutôt sur le ton de la boutade».

À la veille de la COP 21 et des élections régionales, le gouvernement ne ménage pas ses effets d’annonce en faveur de l’environnement: pastilles vertes, taxation du diesel, circulation alternée, plan qualité de l’air… chacun y va de sa mesure environnementale.

Les professionnels ariégeois sont catégoriques: «il s’agit de communication politique destinée à raccrocher toutes les sensibilités. Il suffirait de pouvoir bénéficier d’aide aux consommateurs pour renouveler le parc des véhicules anciens, nécessairement plus polluants!

Chez nous le diesel a encore de l’avenir. Il a fait de gros progrès (pour une berline il faut compter moins de 5 litres au 100km).

Dans les grandes villes, la bascule à l’essence est déjà faite, car les trajets sont plus courts et l’entretien moins onéreux, mais ici les distances sont plus importantes, le parc plus élevé… Nous redoutons qu’il n’y ait pas de vraies mesures de fond
».

Laurence Cabrol | 07/10/2015 - 20:07 | Lu: 6119 fois