Exercice de sécurité civile: évacuation de 730 élèves après la rupture du barrage de Gnioure

© midinews 2015

Ce matin au programme de sa classe de 3ème, Sandrine St-Genès professeur de sciences physiques parle de gravité de la terre, la compare à travers des équations à celle de la planète Mars.

Mais soudain la sonnerie anti-intrusion retentit et les élèves évacuent les lieux dans le calme, selon un scénario bien rôdé.

Tous se retrouvent dans la cour du collège du Sabarthès à Tarascon dans le cadre du Plan Particulier de Mise en Sûreté face aux risques majeurs (PPMS) avant de se diriger sous la responsabilité des encadrants vers la place de Quié, sur un promontoire dominant la ville-bourg.

Il aura fallu moins de 15 minutes depuis le début de l’exercice pour que les élèves arrivent en bon ordre sur la place de rassemblement: «On est dans les clous!» soupire Jean-Louis Mazzonetto, principal de l’établissement, rompu aux exercices classiques d’alerte incendie ou de confinement, mais qui a profité aujourd’hui de la mise en œuvre du PPMS pour monter un vrai projet pédagogique autour de la culture de la prévention.
Un projet pédagogique en lien avec la culture du risque
Les catastrophes récentes dans les Alpes-Maritimes sont venues rappeler à quel point les individus peuvent être vulnérables face aux éléments météorologiques.

Une culture de la prévention des catastrophes doit devenir un enjeu majeur pour faire face aux situations de risque.

Globalement en France et malgré la loi de 2004 relative à la modernisation de la sécurité civile, c’est encore une affaire de spécialistes. Les gens sont loin d’avoir intégré ce degré de prise de conscience et de prise en charge.

Partant de ce constat la communauté enseignante du collège de Tarascon a décidé de relever un défi, celui d’informer en amont les élèves: «Nous avons organisé des réunions avec les partenaires professionnels impliqués: professeurs d’histoire-géographie, le colonel Justine de la DMDS, les services de la préfecture afin de sensibiliser nos élèves, qu’ils soient acteurs de leur propre sécurité.

Cet exercice est un moment de mémoire,
explique le principal. Chaque génération d’élève doit pouvoir garder en mémoire l’idée qu’il faut être vigilant face aux risques naturels et avoir les bons réflexes. Notre objectif c’est former les élèves aux risques majeurs, les familiariser à la culture du risque et sensibiliser à travers eux leurs parents.»
Quand les barrages ariégeois peuvent devenir menaçants
Le risque d’accident sur barrage est extrêmement faible (la probabilité est de 1 pour 100 000 dans le monde), mais les pouvoirs publics, en liaison avec les exploitants, doivent être prêts à toute éventualité.

C’est l’objet d’un Plan Particulier d’Intervention (PPI) «barrages». Établi sous l’autorité du préfet, il ne concerne que les barrages de plus de 20 mètres de haut et d’une capacité supérieure à 15 millions de mètres cubes.

Dans le département de l’Ariège, cinq barrages sont soumis à ce PPI (Soulcem, Gnioure, Naguilhes, Laparan et Montbel) et régulièrement des exercices grandeur nature sont mis en place par les gestionnaires de ces ouvrages (EDF) en relation avec les services de l’État, les services de secours, l’Inspection d’Académie et les communes concernées volontaires.

Habituellement la Direction Militaire Départementale (DMD) est chargée d’écrire et de mettre en musique un scénario «catastrophe» à l’origine du déclanchement de ce plan d’alerte.

Ce matin, dès 7h30, un exercice de simulation a été mis en place, articulé autour d’un scénario d’incident sur le barrage de Gnioure situé sur le ruisseau le Siguier, d’une capacité de stockage de près de 29 millions de mètres cubes d’eau.

En cas d’éventuelle rupture de cet ouvrage, la vague engloutira toute la vallée du Vicdessos avant de déferler sur Foix en moins d’une heure et d’arriver aux portes de Toulouse, balayant sur son passage 35 communes impactées.

Un scénario catastrophe peu probable, mais auquel tout le monde s’est préparé en suivant deux phases: la simulation de l’évacuation des populations fragilisées (enfants, personnes âgées, malades) puis la mise en place d’un PC tactique sur le terrain.

Plusieurs communes (Niaux, Tarascon-sur-Ariège, Quié, Ornaolac-Ussat les Bains) ont participé à cette simulation, en relation constante avec le centre opérationnel départemental (COD) coordonnant les manœuvres en préfecture. Certaines d’entre elles ont pu également mettre en œuvre ou à jour leur plan communal de sauvegarde (PCS) et armer leur poste de commandement communal (PPC).
Un exercice en coordination avec toutes les forces de sécurité
Le colonel Christian Justine de la DMD est le chef d’orchestre de cette opération en partenariat avec l’Éducation Nationale car le cœur de cet exercice de niveau 1 (mesures de prévention) est bien l’évacuation de plus de 700 élèves (5 écoles et un collège situés dans la zone de proximité immédiate ou ZPI, avec activation du plan particulier de mise en sécurité ou PPMS de chaque établissement).

«Mais nous faisons également appel à la collaboration active des militaires et des gendarmes dans ce scénario en injectant des incidents théoriques dans l’exercice, notamment avec la recherche de randonneurs dans la région d’Orlu ou l’accident d’un poids lourd sur la RN20.

Si nous passons au stade 2 de l’exercice (situation d’urgence), c’est-à-dire l’évacuation de 5 000 personnes, l’armée sera réquisitionnée ainsi que des renforts de gendarmerie afin d’éviter les scènes de pillage et de vandalisme comme on le voit actuellement sur les communes de Biot ou de Vallauris
».

Selon lui la culture du risque en France n’est pas assez développée: «si on commence de bonne heure à faire passer les bons messages auprès des enfants, nous aurons ensuite des adultes responsables… c’est un réflexe qui devrait tous nous habiter».

Le militaire s’est félicité de l’excellente collaboration des acteurs qui ont participé au montage de cet exercice pédagogique (Éducation nationale, gendarmerie, pompiers, militaires, EDF): «les objectifs fixés ont été atteints, la matrice de l’exercice respectée, tout le monde a bien travaillé, il n’y a pas eu de pression».
La prévention, la meilleure réponse aux risques: «tout le monde doit être concerné»
Dérèglement climatique, inondations, pluies diluviennes, tempêtes de grêles, la tendance est à l’augmentation des catastrophes naturelles... et l’actualité du week-end dernier a encore une fois démontré l’importance de la formation et de l’information face aux risques naturels.

Pour Marie Lajus, préfète de l’Ariège très impliquée dans cet exercice de sécurité civile, le message doit s’adresser à toute la population: «nous savons d’expérience que la préparation en est la meilleure réponse.

Aujourd’hui nous avons prouvé que nous étions en capacité de réaction. Les forces de sécurité très impliquées dans cet exercice nous ont permis de tester leur capacité de coordination et de réactivité en cas de rupture de barrage et d’évacuation des populations les plus sensibles.

Mais nous voulons sensibiliser la population dans son ensemble, c’est là que la presse est importante: le message c’est que tout le monde doit être concerné. De la même manière que tout le monde met sa ceinture de sécurité dans sa voiture, il faut que tout le monde se conforme aux messages de prévention et d’alerte en cas de risque.
»

Après un rapide retour d’expérience avec les intervenants, la préfète a fait un premier bilan de cet exercice grandeur nature en remerciant toutes les institutions partenaires pour leur mobilisation et leur motivation.

Le 10 octobre un document écrit lui sera présenté permettant d’amender les plans de sauvegarde des communes (PSC) visées par de tels exercices de sauvegarde et de protection des populations.

Laurence Cabrol | 06/10/2015 - 20:45 | Lu: 16070 fois