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Le collectif des paysans sans terres investit la chambre d'Agriculture de l'Ariège

© midinews 2013

Alors que les syndicats agricoles de l'Ile de France appelaient ce jeudi à faire le blocus de la capitale pour exprimer leur «ras le bol» d'une sur-fiscalisation qui étouffe leur activité, à Foix plus d’une centaine de personnes du collectif des paysans sans terres ont dénoncé le mode d'attribution des terres et la problématique de l'accès au foncier.

Ils se sont invités au comité technique de la SAFER de l’Ariège, à la Chambre d’Agriculture, et ont tenté de faire entendre leurs revendications pendant plus de deux heures.

Derrière ce collectif largement représenté par la Confédération Paysanne, la détresse de jeunes paysans porteurs de projets, depuis trop longtemps à la recherche de terres ou installés de façon précaire en attendant d'en trouver.

Ce collectif d'agriculteurs sans terres concerné par cette problématique s’est réuni le week-end dernier à Taurignan Vieux (voir notre article du 20/11/2013).

Des élus ont rejoint leurs rangs comme Magalie Bernère, maire de ce petit village du Couserans, qui comptait sur l’installation de jeunes agriculteurs sur une parcelle de 40 ha.

Jimmy, Guillaume, Patrick avaient produit un dossier complet et pensaient que c'était suffisant pour démontrer la viabilité de leurs exploitations respectives. Au final la SAFER, société d'aménagement foncier spécialisée dans la vente des biens ruraux, a attribué ce lot à l’agrandissement d’une propriété familiale existante afin de consolider l’exploitation de 140 ha d’un éleveur de bovins.
Il faut s’en sortir par le haut
Les jeunes agriculteurs qui se sont faits recaler n’entendent pas en rester là. C’est pour eux l’incompréhension totale. Ils dénoncent «le clientélisme, le fonctionnement opaque de la SAFER qui fait la pluie et le beau temps dans le monde agricole»

Ils ont déposé un recours gracieux auprès du ministre de l’agriculture et ont tenté de dialoguer avec les représentants du comité technique de la SAFER pour connaître leurs motivations et savoir si le conseil d’administration de la DATAR pouvait faire machine arrière.

«Ce problème couserannais cristallise des problèmes latents qui sont économiques et sociétaux» explique Jean-Charles Dumas, porte-parole du collectif. Cet agriculteur à la retraite connaît bien la SAFER pour avoir siégé au comité technique sous l’étiquette de son syndicat (la Confédération Paysanne).

«Ce cas est exemplaire de ce qu’il ne faut pas faire: 3 installations, 4 emplois contre l’augmentation de superficie agricole de quelqu’un qui manifestement n’en a pas besoin puisqu’il a fait son plan d’installation sans cet apport de terrain. Mais c’est un client du syndicat majoritaire donc on veut lui faire plaisir.

Pour en revenir au concret, la SAFER doit traiter en priorité l’installation, l’agrandissement vient en 11e position... c’est dans les textes. Quant aux recours, peut-on aujourd’hui faire fléchir cette situation. A l’époque où je siégeais cela a été fait. L’Etat a été condamné au tribunal administratif…

La spécificité de la SAFER dans son esprit d’origine c’est sa capacité à structurer l’agriculture, installer les agriculteurs et maintenir des prix corrects pour les terres agricoles. Ce n’est plus le cas on en a ici la démonstration
»

Pour Jean-Charles, la solution c’est faire machine arrière, seul le conseil d’administration de la SAFER peut revenir sur sa décision: «il faut savoir reconnaître ses erreurs»
Un cas d’école qui dépasse les frontières du CouseransAu-delà du problème individuel de ces jeunes agriculteurs, se pose un véritable problème de société: celui de la disponibilité des terres et la place de l’agriculture bio ou de l’agriculture à taille humaine dans le paysage agricole.

On a pu entendre dans les rangs: «On en a marre d’être résignés !»; «La terre appartient à ceux qui la travaillent !» ou «On n’est pas des fainéants, on veut travailler mais qu’on nous en donne les moyens !». Chacun a pu exposer ses arguments.

«Ce dossier n’a pas présenté de difficultés particulières, indique Didier Vidal, élu à la Chambre d’agriculture, président du Comité technique SAFER 09. Nous avons fait en fonction des projets présentés. Par rapport à cela, la candidature de Sylvain Dedieu a été retenue, elle confortait son installation et sécurisait sa production de céréales.

Aujourd’hui on est attaqué sur le contenu de l’installation mais il faut savoir en Ariège que 40% du foncier est dévolu à l’installation, nous faisons beaucoup de travail et il y a souvent des cas compliqués. Si le dossier doit être revu nous le réexaminerons en tenant compte de tous les nouveaux éléments
»

Le souci, c’est que le comité technique n’a plus la main, c’est au niveau régional que la décision doit être prise.
Le malaise règne chez les candidats à l’installationAu-delà des disparités qu’il peut y avoir dans le monde rural (entre l’agriculture traditionnelle et le Bio, les grandes exploitations et les petites structures respectueuses de l’environnement), au-delà des clivages syndicaux, Didier Vidal reconnaît que le marché des terres agricoles est très fermé.

«Toutes les transactions se font sur de petites surfaces à des coûts élevés. Nous subissons la pression toulousaine avec l’envolée des prix qui peuvent aller jusqu’à 7000 € l’hectare. L’accession au foncier devient difficile et l’installation de petits projets compliquée. Tout comme il est compliqué de porter un jugement sur un projet car c’est souvent après 2 ou 3 ans d’installation que l’on peut savoir si le candidat est solide»

Didier Vidal, mais également M. de Ferluc, conseiller SAFER, et les autres membres du comité technique présents lors de cette réunion un peu perturbée par ces invités de la dernière minute, ont déclaré qu’ils étaient disposés à trouver des solutions.

Pour François Calvet, vice-président chargé de l’agriculture au sein du conseil régional qui a suivi les projets de ces jeunes agriculteurs du Couserans et monte depuis quelques jours au créneau face à cette décision plus que contestable, la discussion doit être engagée.

Pour cela, il invite les représentants d’un comité technique élargi à rencontrer les élus à Taurignan Vieux en présence de Michel Baylac, président de la SAFER Gascogne Haut Languedoc.

André Bazerque de la Confédération Paysanne a pris acte de cet esprit d’ouverture, il demandera une entrevue avec Nathalie Marthien, le nouveau préfet de l’Ariège, pour la sensibiliser sur cette problématique.

Laurence Cabrol | 21/11/2013 - 18:15 | Lu: 55651 fois