Tarascon-sur-Ariège: Philippe Caubère le monstre sacré du théâtre populaire seul sur scène
Il y a deux ans la dernière représentation s’était mal passée. Une chute, la rupture du tendon d’Achille et plusieurs mois d’immobilisation. De quoi laisser de mauvais souvenirs de l’Ariège. Mais il en fallait davantage à Philippe Caubère qui avait promis au public de revenir.
C’est chose faite, il sera sur scène pour deux représentations: ce soir, La Danse du Diable et samedi soir avec son nouveau spectacle Bac 68.
Je suis très heureux de revenir, le contact n’a jamais été interrompu
C’est dans le cadre des théâtrales du Couserans qu’il se produit en Ariège d’où la présence lors de la conférence de presse à ses côtés de Michel Larrive et de Nadège Denjean-Sutra conseillère départementale et adjointe à la culture de Tarascon «on cherchait un partenaire susceptible de nous accompagner dans cette aventure.
À l’heure où la culture est une variable d’ajustement, ici il y a une volonté politique» souligne Michel Larrive.
«Il est vrai qu’accueillir au printemps 2013 Philippe Caubère en résidence de création pendant une semaine dans une ville de 3 500 habitants et trois représentations d’affilée qui affichent complet, prouvent que la culture en milieu rural a sa place, poursuit l’élue locale qui n’a de cesse de vouloir mettre la culture à la portée de tous.
Et malgré ces deux années d’absence, le public n’a pas oublié Philippe Caubère, les représentations affichent complet.»
Je suis un acteur de campagne et pas de système
Et comment pourrait-on l’oublier?
Le grand public l’a découvert avec le Théâtre du Soleil d’Ariane Mnouchkine, le petit écran l’a révélé à travers le rôle de Molière ou celui de Joseph Pagnol. Et puis après Tchékhov, Musset, Proust, Celine ou Aragon, Philippe Caubère se lance dans l’écriture.
L’Homme qui dans, La Danse du diable ou le Roman d’un acteur – soit trente ans de travail - des œuvres autobiographiques monumentales, plusieurs dizaines d’heures de spectacles ou l’artiste est seul sur scène, un véritable marathon théâtral présenté au Festival d’Avignon.
En 2000, vingt ans après le premier spectacle, Philippe Caubère remet sur le métier l’œuvre-matrice, La Danse du diable, l’associé a son nouveau spectacle Bac 68: «j’avais envie de rejouer la scène du Bac 68. Dans La Danse du diable, elle est seulement évoquée par la mère. C’est une histoire dans l’histoire, comme souvent dans les cycles que je propose.»
On connait l’acteur engagé qui n’hésite pas à signer une tribune dans le quotidien national Libération où il dénonce la pénalisation des clients des prostituées, condamne la politique de la ministre de la Culture Aurélie Felippetti ou le festival d’Avignon et ses clivages.
Contre l’establishment des théâtreux
Aujourd’hui Caubère n’a rien perdu de sa superbe, ni de sa fougue pour dénoncer snobismes, clientélismes, effets de mode, mépris abyssal des instances théâtreuses qui défendent leurs pré-carré, leur privilège.
«Même s’il est considéré comme ringard, je mène toujours le même combat pour le théâtre populaire… les phénomènes de mode ça me fait rigoler, c’est comme si la révolution était has been.»
Il aime se définir comme un acteur de campagne et non pas un acteur de système: «le monde théâtral s’enferme dans une église, les acteurs jouent pour des happy few… mais le théâtre populaire qui est pourtant vieux comme le monde.
Attention si je suis ici ce n’est pas un acte de charité. Nous partageons les mêmes idées… tout le monde ne me veut pas, j’ai été interdit de séjour au Sorano pendant cinq ans». Les choses sont dites.
Le voilà remis en selle après ce grave accident, tout animé du bonheur de partager enfin La Danse du Diable avec son public ariégeois.
Caubère est un comédien généreux à l’énergie folle: son corps danse, sa voix se transforme, son visage se tord sous les mimiques des différents personnages qu’il interprète: «La Danse du Diable date de 81, le texte dure deux heures, je l’ai joué jusqu’en 95. À partir des années 90, le texte n’a pas évolué, c’est moi qui ai changé.
Le théâtre que je pratique est un théâtre de corps. Aujourd’hui à 65 ans il me faut gérer l’énergie autrement». Il dédie ce spectacle à Jean Babilée, immortel interprète du ballet Le Jeune homme et la mort qu’il crée à 20 ans et reprend ensuite à plus de soixante.
«Je n’ai jamais été frappé de jeunisme, un artiste progresse avec le temps. Si j’ai eu cet accident (rupture du tendon) c’est que la préparation était trop intense, il est difficile de savoir comment on gère l’énergie, c’est pourtant essentiel, c’est une philosophie. Et c’est pareil pour les idées, pour la vie.
Je suis un enfant de 68, comment peut-on gérer ses idées aujourd’hui par rapport à la gauche, à la politique.»
Il fait du théâtre, un spectacle vivant
Et là l’acteur, metteur en scène, compositeur rebondit sur son second spectacle: «Le Bac 68 est l’adaptation d’un épisode de l’Homme qui danse, j’ai eu envie de repenser cette partie-là et d’en faire un spectacle indépendant sur une chronique familiale.
Cela m’a permis de réfléchir sur la question de l’écriture. Quand j’ai écrit ces textes, j’avais 30 ans, je les joue aujourd’hui avec mon corps de maintenant. On est là pour rejouer un texte et l’améliorer jusqu’à sa mort.
La merveille du théâtre, c’est qu’on peut le perfectionner jusqu’à sa mort. Celle-ci règle le problème.»
En mai 68, Philippe Caubère avait 18 ans. Il avait pour idole Gérard Philippe, lisait Musset. «Viré de tous les établissements de la région, j’étais chez les sœurs à Salon de Provence.
Avec les évènements du Quartier latin, j’ai vu les étudiants jeter des pavés sur les flics. Mon cœur battait la chamade… j’ai dit à une nomme: c’est la révolution, il faut monter un comité d’action… ce qui m’a valu l’exclusion.
68 c’est l’affaire de notre génération, ça nous a sauvé dans un monde archaïque… il y a eu des conquêtes sociales énormes à partir de là, que ce soit dans les rapports homme/femme ou dans la culture.
Actuellement avec l’indigence des discours politiques, la montée du FN, c’est la mort de 68 qui s’approche.»
De cette chronique familiale, il ne raconte pas sa vie, il la joue. Ferdinand-Claudine-l’examinateur, Philippe Caubère incarne à lui seul tous les rôles. Pas de décor, une simple chaise pour accessoire et une présence physique inouïe.
Il envahit l’espace, nous rend familier chaque homme ou femme décrits, notamment celui de Claudine sa mère.
«C’est un spectacle joyeux, les années 68 dans une famille bourgeoise à Marseille. Une pièce sur le bac qui reste un évènement initiatique, psychanalytiquement invraisemblable dans la société française.
En 68 on a supprimé le festival de Cannes, Avignon, mais pas le bac… c’est assez poétique.
J’espère que cette absurdité trouvera de l’écho en direction des jeunes et des moins jeunes… c’est un discours universel.»
Centre Culturel de Tarascon: 05 34 09 88 88.
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