accueil  |  ariège   |  france

Robert Bagnéris, résistant et ancien chauffeur du général de Gaulle, se souvient...

© midinews 2013

C’est à Pamiers, face aux Pyrénées, que Robert Bagnéris a choisi de s’installer avec sa compagne, Josette Boyer.

A quatre-vingt cinq ans, il renoue avec une certaine quiétude, le temps de savourer une retraite bien méritée et de se pencher sur une vie bien remplie. Car les souvenirs ont une place importante dans le quotidien de Robert.

Tout commence le 7 juin 1944, Robert âgé de 16 ans, quitte le foyer familial à cause de mésentente avec un père qui fait preuve d’une extrême rudesse: «les osiers pleuvaient autour des jambes»

Il s’engage par l’entremise d’un voisin plus âgé dans la Résistance, une véritable école de vie et rejoint à l’âge de 16 ans et demi le bataillon de l’Armagnac (158e Régiment d’Infanterie).

«Nous sommes partis débarrasser les Landes des Allemands. Sur le pont de L’Isle En Jourdain j’ai perdu 19 de mes camarades puis nous sommes arrivés à Toulouse aux côtés du commandant Parisot…

La traversée de la Gironde avec les barges américaines du débarquement, la libération d’Oloron puis ma première rencontre avec le général de Gaulle à Saintes dans les Charentes: c’est la première fois que je le vois, il est très grand, il nous remercie, nous félicite, c’est l’homme du 18 juin que je rencontre et que je garde encore dans mon cœur
»

Mais, comme aime le rappeler Robert, «on ne fait pas une carrière sans rien faire !», à peine la guerre terminée (il est démobilisé le 15 octobre 1945), trop jeune pour faire l’Indochine, il s’engage pour trois ans dans la marine (il avoue avoir choisi cette arme pour «sa rigueur, sa droiture, son sérieux»).

Après une formation de démineur, le voilà à bord du dragueur de mine D315, sillonnant la Méditerranée, des côtes espagnoles à la frontière italienne en passant par la Corse.

Il prend le temps de se marier le 27 avril 1947 à Toulon. Alice lui donnera quatre fils dont il est aujourd’hui très fier de la réussite.

C’est à ce moment que sa carrière prend un tour particulier
La vie de marin ne permet pas de concilier la vie de famille, aussi Robert décide de passer le concours de gardien de la paix qu’il réussit haut la main.

Il entre le 6 octobre 1949 à l’école de Police de Sens. Après deux ans à la Compagnie Républicaine de Sécurité à La Rochelle, il revient au Pays, le 17 février 1952, à la CRS de Toulouse où son brevet de maître d’hôtel passé dans la marine lui permet d’être affecté au château du Petit Lespinet.

«Le commandant de la Compagnie est également un marin, il me verse à la gérance et à l’économat pendant 23 ans»

Ce poste ne l’empêche pas de partir à huit reprises en tant que volontaire en Algérie de 1954 à 62 (soit plus de 2 ans pleins).

Qui aurait dit à cet enfant d’Aignan dans le Gers que ses pas croiseraient à nouveau ceux du général de Gaulle
En effet après les incidents du petit Clamart, le grand Charles décide de s’entourer d’une garde rapprochée. «Trois chauffeurs spéciaux, des CRS, tireurs d’élite et qui devaient être également d’anciens résistants… c’est ça avec le Général.

Pendant le stage de 45 jours à Vaucresson, à l’époque je n’aurais jamais raté une cible mouvante à 40m, je souhaitais vraiment obtenir ce poste. Au final nous étions quarante. J’ai été désigné par le ministre de l’intérieur, Roger Frey
»

Parmi ses souvenirs, son premier voyage sur la Côte d’Azur au mois d’aout où le général partage sa voiture avec André Malraux, son homme de confiance, son ami, «il se serait fait tuer pour le général» indique Robert qui pendant trois ans et demi côtoie le général.

Il en garde encore un souvenir ému. «Il n’aimait pas être pris en photo, il ne s’intéressait pas à notre vie personnelle mais c’était un homme agréable, il paraissait froid mais c’était un cérébral, il réfléchissait continuellement… c’était De Gaulle»

A ceux qui se réclament de cette tradition gaullienne ou qui prennent les accents, les postures du Général: «ça me fait mal, personne ne le vaut et ne le vaudra»

Aujourd’hui comme hier, c’est avec respect qu’il évoque cette époque révolue: «le général payait tous ses frais, un homme d’une grande simplicité et d’une intégrité irréprochable… à l’heure actuelle nos hommes politiques pourraient prendre modèle»

De cette «époque formidable», Robert garde précieusement les souvenirs qu’il distille à ses visiteurs de passage. Dans son bureau, une bibliothèque où les écrits du Général ont bien entendu une place privilégiée, des médailles, quelques photos.

Il y a encore peu, il intervenait en tant qu’ancien combattant auprès des scolaires pour témoigner sur la Résistance: «nous étions 1200 dans le maquis, il y a dix ans, il n’en restait plus que 63 et si je suis encore là pour en parler c’est parce que j’étais le plus jeune»

Entretenir le souvenir, évoquer ses idéaux de vie, ses combats pour se rappeler un pan de l’histoire de France, infatigable vigie, Robert Bagnéris veille au souvenir.

Laurence Cabrol | 04/04/2013 - 19:05 | Lu: 20144 fois