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Décrochage scolaire: des lycéens en stage de «remotivation» en haute Ariège

© midinews 2014
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Cette semaine le lycée professionnel de Ferrières expérimente une méthode innovante imaginée par l’équipe d’encadrement de l’établissement en direction d’une poignée d’élèves repérés comme «fragiles», c’est-à-dire sujets à un absentéisme chronique, à de médiocres résultats scolaires et une importante démotivation dans les études.

Ces jeunes passent quelques jours en «sas de remotivation», ils sont sortis de leur cadre scolaire afin de décompresser, réfléchir sur eux-mêmes, accompagnés par des adultes qui vont les y aider, ils pourront redéfinir leur projet d’orientation, leur projet de vie.

«Notre objectif c’est de leur redonner confiance, les confronter à des intervenants extérieurs et à des activités sportives permettant de leur montrer qu’ils sont capables d’assumer une prise de risques. Pour leur donner envie de s’engager dans un projet scolaire nous avons couplé cette expérience d’un projet humanitaire mené en relation avec l’association Electriciens Sans Frontières*», explique Jean-Michel Dorne, principal du lycée Jean Durroux qui a répondu l’an passé à un appel à candidature lancé par le Conseil régional dans le cadre du décrochage scolaire.

«Notre dossier a été retenu pour participer à ce projet expérimental que nous allons mener sur trois ans. Cette année nous avons fait appel aux bénévoles pour le mettre en place, il est susceptible de réajustements en cours de route mais nous espérons pouvoir bénéficier de cette aide pendant les deux ans à venir pour le mener à terme» Un véritable électrochoc pour les élèves décrocheursJean-Pascal Baby, chef de travaux s’est particulièrement impliqué sur ce dossier dès qu’il en a eu connaissance à la rentrée de septembre: «C’est vraiment enthousiasmant car en matière de décrochage scolaire nous avons tout à inventer. Il y a un vrai engagement des partenaires qui nous stimulent énormément pour mener à bien cette mission. Nous avons vraiment l’impression de faire avancer les choses, c’est du concret»

L’enseignant reconnait que cet établissement englobe une diversité de personnalité dont il faut tenir compte «Nous avons parmi eux des élèves déscolarisés, déçus, en perte de confiance, pour qui l’école est dérisoire par rapport à leur vécu, certains sont en rupture avec leur famille ou rencontrent d’énormes problèmes pour se projeter dans un quelconque avenir professionnel.

Nous avons en interne un observatoire du décrochage qui nous a déjà permis d’enregistrer une baisse notable des décrocheurs depuis cinq ans mais nous perdons tout de même 6 à 7 élèves tous les ans. Ce projet nous permet d’inventer et d’expérimenter une nouvelle méthode.

Il repose sur un véritable travail d’équipe tant au niveau de l’établissement qu’avec les partenaires extérieurs comme la Communauté des communes d’Auzat qui met à disposition ses équipements de la Plaine des sports, la Ligue de l’Enseignement qui intervient dans le cadre du «sas de remotivation» ou Electriciens sans Frontières qui s’est greffé naturellement au projet… tous offrent autant de possibilités à ces jeunes de s’ouvrir au monde et de reprendre pied dans la vie»Premiers pas en «sas de remotivation» à 1200m d’altitudeDepuis lundi ces huit élèves au profil de décrocheurs ont quitté leurs repères et se sont installés au collège du Montcalm à Vicdessos ou leur emploi du temps alterne modules de remobilisation avec des intervenants extérieurs (ESF pour évoquer ce qu’est une association, parler du bénévolat, de l’engagement humanitaire, la Ligue de l’Enseignement pour un travail autour de l’école du métier de l’élève, l’Adeic pour être un consommateur averti ou encore un travail sur l’estime de soi, l’orientation…) , activités physiques (cani-rando, escalade indoor, équitation) ou visites culturelles (chemin de l’aluminium) et l’organisation d’un concert avec la participation de Bernardo Sandoval afin de lever des fonds dans le cadre de leur projet de mission humanitaire avec ESF.

C’est donc dans le petit village de Lercoul que nous les avons retrouvés pour cette activité de pleine nature encadrée par Olivier Houplain , professionnel du tourisme dans la vallée et éducateur à la Ligue de l’Enseignement:

«C’est une activité sportive à part entière, nous allons partir pendant plus d’une heure dans la montagne, travailler sur la position de l’apprenti musher et au-delà sur la prise de risques. La particularité de cet atelier c’est qu’il permet de se recentrer sur soi, d’amener la personne à réfléchir à ce pourquoi elle est là. Avec les chiens on ne peut pas tricher, il faut respecter un cadre, des consignes de sécurité tout un ensemble de règles»

Du côté des jeunes, il n’y a plus de téléphones portables, ils sont coupés du monde, tous sur un pied d’égalité en mode «montagne» avec bonnet, grosses chaussures de marche et l’attention est concentrée sur les animaux, l’équipement, les consignes avant au final un grand saut vers l’inconnu.

Pendant ce temps-là au village de Vicdessos l’équipe de Christian Cazabou d’Electriciens sans Frontières prépare la salle qui va accueillie le concert du soir: «Les jeunes vont s’occuper de la billetterie, présenter au micro l’association et ses missions… nous avons déjà passé un long moment ensemble, nous leur avons parlé du bénévolat et du sens que cela pouvait donner à la vie. Notre projet c’est de les délocaliser en Afrique pour une mission d’ESF mais c‘est la cerise sur la gâteau car en amont il y a beaucoup de travail à faire ensemble (recherche de partenaires, dossiers administratifs, financiers,…) il faudra se revoir régulièrement pour avancer pas à pas sur ce projet.

A priori le message est bien passé, ils ont compris ce que l’engagement pouvait constituer dans un tel projet. Ils étaient eux aussi en attente, ils ont découvert à travers nos expériences la réalité des enfants du Burkina Fasso et leur difficulté pour aller à l’école car ils sont tous les jours de corvée d’eau. Quand on installe des pompes cela leur permet d’accéder à l’enseignement… eux ont envie de s’en sortir et l’école est la seule solution qui le leur permettra
»

Jean Michel Dorne, le proviseur du lycée suit ce programme de très près. Il organise vendredi un bilan de fin de session avec les élèves les familles, l’équipe éducative: «Ce projet repose sur un étroit partenariat et des rapports de confiance. Nous allons signer un contrat d’engagement avec les élèves participant au «sas de remotivation», c’est la matérialisation de leur implication dans ce programme» Au mois d’avril un autre séjour en immersion devrait être programmé.

*ESF : cette association à vocation humanitaire est constituée de 15 délégations nationales. Dans le département de l’Ariège ils sont une dizaine de jeunes retraités (des anciens d’EDF pour la plupart) impliqués dans des missions d’urgence en Haïti ou des missions d’accès à l’eau et à l’énergie accompagnées d’un volet hygiène et formation en Afrique ou à Madagascar.



Décrochage scolaire

Le décrochage est un processus qui conduit un jeune en formation initiale à se détacher du système de formation jusqu'à le quitter avant d'avoir obtenu le diplôme requis. En France, près de 150 000 jeunes sont concernés tous les ans.

Cette tendance qui va souvent de pair avec un milieu social défavorisé ne cesse malheureusement d’augmenter alors qu’en temps de crise les diplômes protègent du chômage. Depuis 2012, suite au plan national lancé par le ministère de l'éducation nationale, la région Midi-Pyrénées a lancé un appel à projets «Lutte contre le décrochage scolaire».

C’est dans le cadre de cette initiative que le projet du lycée professionnel de Ferrières a été retenu.
Laurence Cabrol | 13/02/2014 - 19:20 | Lu: 21078 fois