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L'Education nationale tire les cartes de l'échec scolaire au département de l'Ariège

© midinews 2014 - Shock

Quitter le système éducatif sans diplôme, c’est aujourd’hui être grandement exposé au chômage et au sous-emploi en début de vie active, et, avec la crise, bien au-delà de la période d’insertion. Tel est le postulat sur lequel le Ministère de l’Éducation nationale s’est basé pour rédiger son Atlas académique des risques d’échec scolaire, présenté mercredi.

Deux éléments retiennent particulièrement l’attention dans cette étude, deux cartes portant sur la France métropolitaine qui présentent pour chaque canton sa situation dans la typologie des risques sociaux et l’importance du décrochage.

L’Ariège apparaît alors en bonne place, notamment les cantons du Couserans (hors Castillon et Saint-Lizier), ceux du Volvestre, de La Bastide de Sérou, de l’Arize et de la Lèze, ou encore les secteurs du Vicdessos, du Quérigut, de Lavelanet et de Mirepoix.

Le seul canton qui passe « au vert » est celui de Foix-rural, dans la catégorie des zones marquées par la « sécurité économique et le soutien culturel »

Peu de surprise dans ce classement donc, qui note que « la forte progression du taux de chômage dans l’Ariège de 1999 à 2009 explique le classement d’un grand nombre des cantons dans le type « précarité économique dans les petites et moyennes communes » La proportion de chômeurs y est souvent supérieure à 10 % dans des cantons correspondant à de petites villes en déprise démographique et économique »

Par ailleurs, au sein de ce groupe, la part de jeunes non diplômés parmi les 15-24 ans non scolarisés est souvent plus élevée que la moyenne nationale (31 % à Lavelanet contre 27 % pour la France). Mais d’autres petites villes relevant d’autres types possèdent aussi cette caractéristique (Pamiers et Foix, 30 %).

Pour Antoine Loguillard, secrétaire départemental du syndicat enseignant UNSA, y voit la démonstration d’une situation connue. « Les deux zones d’éducation prioritaires que nous avons en Ariège répondent à ces constats. Elles permettent la mise en œuvre des moyens supplémentaires »
Antoine Loguillard (UNSA) : « Je crains surtout la nouvelle carte de France des zones d’éducation prioritaires »Pour l’enseignant fuxéen, l’enjeu ne réside donc pas cette livraison ministérielle, mais davantage dans celle attendue pour les prochaines semaines.

« La carte de France de l’éducation prioritaire date de 1982 et va être revue par un arrêté ministériel en juillet ou en août. La carte actuelle recense 1081 ZEP, dont les ariégeoises de Lavelanet et de Tarascon.

Nous avons appris que la nouvelle carte comptera toujours autant de ZEP, mais subira un redéploiement basé sur les évolutions sociologiques de ces trente dernières années. Vingt-huit ZEP sont aujourd’hui identifiées dans l’académie. Il semble que le Ministère ne nous en octroie plus désormais que dix-neuf. Cela signifie clairement que nous allons perdre neuf zones d’éducation prioritaires à l’échelle de Midi-Pyrénées.

L’Ariège risque d’être considérablement affectée par ce redéploiement puisque le ministère tend à privilégier les zones urbaines dans le cadre de la politique de la Ville. D’après certains éléments, il semble que Tarascon-Vicdessos sorte vraisemblablement de ce classement en ZEP. Pour Lavelanet, nous n’avons aucune information, mais je crains qu’une mauvaise nouvelle ne tombe sur les enseignants, les élèves et leurs parents dans la torpeur de l’été…
»

Tout en regrettant le manque de concertation sur ce point, Antoine Loguillard indique qu’il s’apprête à adresser un courrier aux trois parlementaires ariégeois pour « les alerter sur une situation qu’ils ne connaissent sans doute pas puisque tout se décide au ministère »

Selon lui, les conséquences de cette sortie du classement en zone d’éducation prioritaire seraient catastrophiques pour les secteurs concernés. « Concrètement, cela voudrait dire par exemple que les seuils d’ouverture de classe seraient remontés. Dans ce cas, nous pouvons nous attendre à des fermetures de classe puisque les seuils sont actuellement plus bas en ZEP »
Nathalie Constantini (DASEN) : « L’échec scolaire n’est pas lié directement aux difficultés économiques »Nathalie Costantini, Directrice académique des services de l’Éducation Nationale n’offre bien évidemment pas la même lecture que le représentant de l’UNSA.

« Je constate qu’il y a une vraie difficulté à la mobilité chez nos enfants. Plus on est en précarité économique, moins on est en capacité de se projeter. L’école doit aider à cela. Non, l’échec scolaire ou le développement des capacités cognitives ne sont pas directement liés aux difficultés économiques d’une commune, mais, dans de tels contextes, il est toujours plus compliqué pour un enfant de se développer et d’avoir des rêves »

« En Ariège, nous avons plusieurs secteurs ruraux et un peu vieillissants, constate encore Nathalie Costantini. Pour les rendre attractifs, il faut absolument travailler sur la mutualisation en agrégeant par exemple les communes, comme je le propose avec les communautés de communes de Tarascon et Vicdessos.

Avec une offre de services qui compense les caractéristiques rurales, nous rendons ces territoires à nouveau attractifs pour certaines populations. Dans le cas contraire, on renforce le vieillissement et le manque d’attractivité
»

A quelques jours de son départ de l’Ariège pour sa nouvelle affectation à Mayotte, pas sûr que son message d’au-revoir soit reçu très positivement par les élus des communes concernées…

CP | 02/07/2014 - 19:45 | Lu: 22482 fois