L'union sacrée du monde rural contre les prédateurs a eu lieu samedi à Foix
«C’est le cri de colère du monde rural! Nous sommes excédés mais pas encore révoltés, cela viendra si l'Etat ne nous entend pas, ne nous écoute pas et s'il continue à réintroduire des grands prédateurs» indiquait en préambule Jean-Luc Fernandez, président de la Fédération des chasseurs mais surtout d'Ariège Ruralité, une structure unique en France qui fédère des partenaires venus d’horizons aussi différents que la Chambre d’Agriculture, l’ASPAP, la Fédération des Chasseurs, la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles, la Fédération Pastorale, les Jeunes Agriculteurs, l’association des Piégeurs, l’amicale des Chasseurs de Montagne ou le Syndicat des Propriétaires Forestiers Sylviculteurs.
«Toutes ces composantes de la ruralité ont réussi à se fédérer car il en va de l'avenir de la montagne et au-delà de toutes les activités d'un territoire entravées par la pression de l'ours ou du vautour et la présence du loup» poursuit François Toulis président de la Chambre d'Agriculture qui avoue cependant que les récentes prédations des vautours sur le piémont ont été l'élément déclencheur:
«Dans l'ambiance actuelle avec toutes les problématiques qui touchent le monde agricole (réglementation, restrictions) quand on voit que l'Etat dépense des sommes folles pour les ours alors que l'on a besoin de faire vivre les agriculteurs de notre département, il y a de quoi être en colère!»
Même combat pour Jean-Claude Carrière de la Fédération Pastorale qui forme bergers et pâtres, aménage les estives: «Tous ces efforts pour voir ce travail balayer d'un revers de main par les ours et les conséquences de leur présence dans les Pyrénées ariégeoises»
On a rejoué la Guerre des DemoisellesVêtus de tuniques claires, le visage badigeonné de charbon, certains n'ont pas hésité à faire allusion à cette période de l'histoire.* «C'est un symbole de nos racines, de notre histoire, de notre culture», précise cet éleveur grimé en Demoiselle. «180 ans après la guerre des Demoiselles, l'Etat français impose au mépris du refus des pyrénéens et de leurs représentants les lâchers d'ours dans les Pyrénées... les montagnards ariégeois vont montrer comme leurs ancêtres leur capacité a défendre leur dignité, leurs droits d'usages»
Pour Philippe Lacube éleveur sur le canton des Cabannes représentant l'ADIP «cette mobilisation est à la hauteur de la problématique que l'on dénonce depuis dix ans. La rue va signifier aux gens qui nous gouvernent qu'il y en a assez. L’article 22 de la Directive Habitat est très claire avant toute réintroduction, il faut consultation des populations, cela n'a jamais été fait!
Aujourd'hui la communauté montagnarde ariégeoise est dans la rue pour défendre un territoire qui veut vivre, une montagne où il y a des touristes, de l'économie, des paysans, une montagne vivante et pas une montagne ensauvagée... le message que l'on veut délivrer c'est qu'on est des gens qui veulent simplement travailler»
Une manifestation très encadréeDès 8h30 samedi matin, manifestants et engins agricoles (une centaine) se sont rassemblés sur le champ de Mars. Les organisateurs reconnaissables à leurs brassards donnaient les instructions alors que l'hélicoptère de la gendarmerie faisait des rotations. Des CRS étaient postés aux abords de la Préfecture et de la DDT.
Pour Agnès Ferrand, la nouvelle présidente de la FDSEA, maitre d'œuvre de ce rassemblement en relation avec les JA, tout était méticuleusement orchestré: opération escargot sur la voie rapide, quatre camions de fumier déversés à l'entrée du tunnel, côté accès montagne précisait-on dans les rangs et sur les panneaux: Route barrée, montagne réservée aux prédateurs. «Nous avons voulu taper un bon coup pour marquer les esprits et faire remonter notre mécontentement jusqu'aux sphères de l'Etat»
L'union sacrée du monde ruralDans la foule des éleveurs venus des quatre coins du département mais surtout de la montagne. Parmi eux Daniel Chartier du groupement pastoral du Bentaillou (commune de Sentein). Suite aux prédations répétées qui ont eu lieu sur son estive l'an passé, il était comme beaucoup, à deux doigts de jeter l'éponge.
Cette année encore il s'est résigné à monter ses bêtes: «Ça démarre mal, l'ours a commencé a «prédater» sur le Bentaillou. Deux bêtes mortes hier vendredi et ce n'est que le début» Le berger est désemparé, les bêtes affolées. «On pensait qu'avec la mort de Balou on serait un peu tranquille, et bien non. C'est de la provocation de parler de réintroduire un ours alors qu'il y en a suffisamment pour nous empêcher de travailler. On est fatigué de ces intégristes de l'écologie qui n'ont pas de bêtes et ne comprennent rien à l'élevage!»
Cette manifestation lui fait chaud au cœur car le monde rural s'est mobilisé à ses côtés: «On ne veut pas voir nos montagnes se vider, qu'on nous laisse travailler!»
A la tribune avant le départ les organisateurs jubilent: «Je suis heureuse de vous voir tous réunis, indiquait Agnès Ferrand émue. Je vous rappelle que la goutte d'eau qui a fait déborder le verre c'est le vautour. Il attaque les animaux vivants, on en a aujourd'hui la preuve»
De son côté Jean-Luc Fernandez arborait un bonnet rouge envoyé par les bretons en guise de solidarité: «Nous sommes des Pyrénées, des hommes libres et fiers» s'enthousiasmait le président d'Ariège Ruralité en demandant aux participants de respecter la population de Foix.
Des manifestants en ordre de batailleLe cortège s'est ensuite élancé sur les allées de Villote: les animaux en tête (chevaux, vaches gasconnes et moutons tarasconnais menés par les Pastous), les organisateurs derrière la banderole «non à une écologie technocratique, oui au bon sens paysan» puis les élus parmi lesquels Augustin Bonrepaux: «Ça fait 18 ans qu'on se bat contre les prédateurs. A la différence qu'on est plus nombreux car les problèmes sont plus graves, il y a les ours, les vautours et les loups. Il faut laisser travailler les gens en paix et la montagne ouverte à tous»
Un cortège bruyant (sonnailles, cor de chasse, pétards...) mais bon enfant ponctué d'une centaine de tracteurs. Sur les pancartes on pouvait lire: Halte aux Ayatollah de l'écologie, Stop au massacre…
Arrivée devant la préfecture, la foule a fait place aux engins agricoles qui ont déversé carcasses d'animaux, fumier et paille. Une délégation constituée par Jean Fernandez, François Toulis, Agnès Ferrand et Pierre Eclache, président des forestiers privés à été reçue par Nathalie Marthien, préfet de l'Ariège, alors que le gros des troupes regagnait le Champ de Mars.
On n'aura pas la patience d'attendreAprès l'entrevue à la Préfecture, les membres de la délégation assuraient que madame le Préfet allait se servir de cette manifestation pour appuyer les mesures d'effarouchement demandées pour les vautours: «Mais la commission nationale qui doit entériner ces mesures ne se réunit qu'en septembre, nous n'aurons pas la patience d'attendre», souligne François Toulis qui demande par contre la révision d'un texte de loi pour que les agriculteurs puissent se défendre quand ils sont attaqués.
S'adressant à Alain Fauré qui avait entre temps rejoint la manifestation: «Nous solliciterons nos députés pour que ce texte soit voté» Pour Agnès Ferrand «s'ils ne veulent pas réguler, les chasseurs et les agriculteurs peuvent le faire. Nous défendrons notre travail et nos intérêts»
Henri Biés-Péré (pdt de la FDSEA 64) est venu apporter le soutien de la FDSEA en rappelant qu'il s'agit là du droit de travailler: «Il y a 70 ans à la libération on a demandé aux paysans de se retrousser les manches pour nourrir les français. Nous avons relevé ce pari avec une production de qualité... aujourd'hui nous sommes mobilisés autour d'une économie de montagne organisée autour du travail des paysans»
Jean-Luc Fernandez a remercié toutes les délégations régionales venues grossir les rangs des chasseurs ariégeois: «le monde agricole est sorti grandi de cette manifestation»
Lors de la prise de parole Philippe Lacube a évoqué la manifestation de février 2006 à Arbas contre l'ours: «Nous étions 500 ariégeois, nous avons fait une action à gros retentissement. On a été les premiers à dire attention à l'ours et aux démarches d'ensauvagement des Pyrénées. On le revendique, on l'assume et si on doit le refaire on le refera.
Ce combat dure depuis 10 ans, il se gagne sur le terrain, au niveau du comité de massif, à Bruxelles. Aujourd'hui plus que jamais on a besoin d'eux. Depuis trois mois les députés suédois ont décidé qu'ils seraient libres de loup. Preuve que s'il y a une volonté politique portée en haut lieu, on gagne»
Enfin Augustin Bonrepaux s'est félicité de voir les élus ariégeois aux côtés des manifestants (effectivement et tous bords confondus puisque l'on a pu voir Alain Barri UMP aux côtés de ses collègues du PS): «Dès lundi une lettre partira du Conseil général à l'adresse des ministres de l'agriculture et de l'environnement car nous voulons continuer à vivre et travailler dans nos montagnes»
Pour les associations de défense des grands carnivores: «Un beau cortège publicitaire pour les marques de tracteurs mais pas de réelle conviction»Plus généralement, les associations de défense des grands carnivores jugent «anachronique» la manifestation de «ceux qui se disent défenseurs de la ruralité»
«Il n'y a pas d'ensauvagement des Pyrénées. Le seul ensauvagement qu'on puisse repérer, c'est la déprise agricole depuis quelques dizaines d'années et le retour de la forêt dû au déclin des exploitations et de la main-d'œuvre», a estimé Alain Reynes, président de l'association Pays de l'ours-Adet.
Le dialogue de sourd entre les deux parties est toujours aussi tranché.
*La Guerre des Demoiselles: En 1827 Charles X roi de France met en place un code forestier restreignant les droits d'usages de la montagne) droit de chasse, pêche cueillette, ramassage et coupe de bois). Un mouvement contestataire s'est alors étendu à toute l'Ariège pour se transformer en révolte en 1830. Les Demoiselles sont des bandes d'ariégeois masqués, armés, déguisés en femmes, le visage noirci. La tactique de cette guérilla locale est simple, adaptée au terrain. Les Demoiselles opèrent par vagues pour susciter la peur en harcelant l'adversaire jusqu'au moment où gardes et gendarmes abandonnent le terrain.
| Un éleveur ariégeois inculpé au pénal pour avoir tiré sur un vautour. Cet éleveur de brebis à St Félix de Rieutord préfère être jugé en correctionnelle plutôt que de reconnaître sa culpabilité et éviter un procès. Selon lui les vautours menaçaient ses brebis, ayant changé de comportement pour passer de charognards à prédateurs. Selon maître Guy Dedieu son avocat, l'éleveur veut faire valoir le droit de protéger son troupeau. Il est vrai que depuis l'an passé ce professionnel a subi sur ses bêtes plusieurs attaques de vautours fauves. Le 24 avril dernier, il dit avoir voulu effaroucher un vautour qui s'approchait de son troupeau et a ouvert le feu au 22 long rifle. Malheureusement pour lui le tir a suffisamment été précis pour tuer cet oiseau inscrit sur la liste des espèces protégées. L’oiseau est retombé près d’un cycliste qui a signalé les faits aux autorités. L’agriculteur sera convoqué à l’automne devant le tribunal correctionnel de Foix, afin d’être jugé pour destruction d’une espèce sauvage protégée, et peut-être pour détention illégale d’arme, l’intéressé n’ayant pas rempli à cet égard les formalités nécessaires, a indiqué à l’AFP le procureur de Foix, Olivier Caracotch. Ce même éleveur a été victime de plusieurs «attaques de vautour» début juin. Une brebis a été tuée le 8 juin. Jean-Pierre Alzieu, directeur du laboratoire vétérinaire départemental, s’est rendu sur les lieux et a conclu que la bête aurait été saignée et que les vautours auraient mangé la langue et l’anus (confirmant par ailleurs le bon état sanitaire de la bête et de son troupeau de 500 brebis). De quoi relancer le débat sur le changement de comportement de ces charognards. Le 19 juin dernier Eric Fouquet, inspecteur général de santé publique vétérinaire s’est rendu sur place (voir notre article du 19/06/2014) |
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