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Saverdun: l'Institut Protestant une véritable réponse pour l'insertion et l'intégration des mineurs isolés étrangers

© midinews 2014

À sa création en 1840, la fondation a pour vocation d’accueillir les orphelins protestants et de les former aux professions agricoles.

Depuis sa mission d’accueil des enfants abandonnés a évolué en même temps que les publics accueillis, s’adaptant aux réalités sociales et à de nouvelles exigences de fonctionnement.

Après l’accueil de réfugiés du Sud-Est asiatique (Boot-People) dans les années 70 depuis plus de quinze ans l’Institut Protestant de Saverdun s’est spécialisé sur son site de Jeanne Petite dans l’accueil et l’accompagnement éducatif des mineurs étrangers isolés.

Cette maison pour enfant à caractère sanitaire et social de la compétence du Conseil général est unique en France. Nathalie Marthien, préfet de l’Ariège a souhaité visiter cette fondation reconnue d’utilité publique également connue des services de l’État pour proposer depuis 2013 sur son site de Rivière seize places d’hébergement d’urgence ouvertes pendant la période hivernale du 1er novembre au 31 mars.

Accompagnée de Jean-Luc Couret et de Simon Sire-Fougères respectivement, président et directeur de la fondation, le préfet a pu se rendre compte en échangeant avec les jeunes, les enseignants, les responsables de la qualité du travail réalisé et de l’exemplarité de cet établissement: «cette structure est chargée d’accueillir une cinquantaine de mineurs isolés et une trentaine de majeurs dans des conditions très rigoureuses avec un vrai projet d’intégration et un accompagnement individualisé vers une formation puis un projet professionnel.

Le taux de réussite à la sortie de ce dispositif est particulièrement important avec des orientations vers des CAP mais aussi vers des études supérieures.

Ces enfants arrivent de tous les pays, souvent en ayant vécu des expériences douloureuses, mais ils ont une véritable capacité de résilience, une fois qu’ils sont scolarisés, ils créent une véritable émulation et tirent vers le haut la totalité des autres élèves.

De plus cet institut au-delà de l’aide sociale est un vrai poumon économique pour le département, il emploie plus de 80 personnes et la direction a fait le choix de passer des marchés avec les entreprises locales.

Ce type de centre est assez unique, aussi je vais relayer cette information au gouvernement, car je pense que ce traitement des jeunes mineurs isolés étrangers est exemplaire
».
Seize nationalités représentées
Ces jeunes (de 7 à 21 ans) viennent de pays de misère ou de guerre, ils ont connu l’exil, la maltraitance, l’horreur des massacres ethniques, l’exploitation dans les réseaux de prostitution… originaires d’Afghanistan, de la RDC, du Nigéria, du Mali, de Guinée, du Bangladesh, du Pakistan, d’Angola ou de Chine, c’est souvent au terme de voyages longs et périlleux qu’ils sont abandonnés sans papier sur le territoire national.

«Ces enfants nous viennent de toute la France, mais essentiellement de la région parisienne et d’Alsace, ils sont envoyés par les juges pour enfant et les juges des tutelles, mais restent à la charge des départements qui les envoient, explique Simon Sire-Fougères.

Le protocole Taubira en 2013 a apaisé les tensions et permis de répartir les mineurs isolés étrangers en fonction du nombre de places et le nombre de jeunes de moins de 18 ans, cela a permis de soulager l’Ariège».

Un dispositif de prise en charge permettant de créer une véritable solidarité interdépartementale et un cadre de référence à l’accueil et à l’évaluation, mais une prise en charge qui nécessite encore selon les professionnels quelques aménagements.
L’intégration passe par l’acculturation et la formation
Le parcours migratoire, l’exil et la séparation du milieu familial sont parfois vécus comme traumatisants pour certains et peuvent amener à des phases de décompensation.

La connaissance du français est très limitée, l’apprentissage revêt un caractère prioritaire dans la démarche d’insertion et d’intégration dans la société française.

La différence culturelle implique de leur part un effort important de distanciation et d’ouverture, car la tendance naturelle est souvent au repli communautaire: «ils n’ont pas d’attache sur le territoire national et la religion est souvent pour eux un repère identitaire, culturel.

Nous nous employons à éviter les phénomènes de groupe et notre politique d’intégration est basée sur la construction d’un projet personnel et le travail sur la citoyenneté revêt un caractère important lorsqu’en plus elle permet l’accès aux formations professionnelles comme l’apprentissage.

Ces jeunes, quelque soit leur âge, sont animés par la même motivation: ils ont tous envie de s’en sortir !
» note le directeur et c’est par un accompagnement éducatif et pédagogique s’articulant autour de l’apprentissage de la langue française, de l’accès progressif à l’autonomie et à la citoyenneté par l’insertion scolaire et professionnelle qu’ils arrivent à se reconstruire.

«À leur arrivée nous réalisons un bilan de santé, nous procédons à l’ouverture des droits et pendant trois mois ils apprennent la langue.

L’accompagnement éducatif, l’acculturation et la socialisation s’accompagnent d’un soutien psychologique ainsi qu’une aide individuelle à la construction d’un projet professionnel (en relation avec l’éducation nationale, par le biais de conventions pour une intégration progressive au collège et en relation avec les entreprises locales en partenariat avec la Mission locale et Pole Emploi pour trouver des contrats d’apprentissage).

L’organisation de la structure d’accueil avec plusieurs pavillons permet d’organiser un accueil personnalisé en internat ou en appartement pour les plus autonomes… à nous d’établir une relation de confiance
».

Au regard des chiffres, la majorité des jeunes MIE arrive à l’institut protestant après 16 ans (50 % contre 30,45 % entre 15 et 16 ans et 19,55 avant 15 ans).  La population tend également à se féminiser puisque l’on dénombre entre 15 à 20 % de filles.

Concernant le niveau du diplôme visé, majoritairement ces jeunes se dirigent vers un CAP (92,6 %) et 7,3 % font des études longues.

«Cet accompagnement personnalisé nous permet d’enregistrer 65 % de réussite: ce sont souvent des CAP dans le bâtiment, la restauration, la cuisine, la boulangerie, mais nous avons également eu sur la période 2013-2014 une licence Sciences de l’ingénieur, un BTS Banque ou in Bac Pro Chaudronnerie…

Nous voyons que la majorité des jeunes, presque 70 % d’entre eux, mènent leur projet terme et trouvent du travail, des CDI ou des situations professionnelles stables
».

Parmi les outils spécifiques à cette institution, une formation en interne (au niveau du self) d’agent de restauration qui peut constituer un tremplin vers un CP ou plus et la création d’une auto-école sociale et solidaire sur le site.

«De par la géographie du département et des besoins des employeurs, nous nous sommes rendu rapidement compte que le permis de conduire était devenu indispensable et après avoir laissé des fortunes dans les auto-écoles traditionnelles nous avons eu l’opportunité de créer ce service qui devrait sous peu s’ouvrir sur l’extérieur sous conditions de ressources».

Aux 70 permis passés grâce à cette auto-école, la structure est en capacité de louer une dizaine de scooters permettant aux apprentis de se rendre sur leurs lieux de travail quand il n’est pas desservi par le train.

«Quand nous avons décidé de nous spécialiser sur ce type de public, c’était pour répondre à de véritables besoins, aujourd’hui nous sommes sollicités comme lieu ressource.

Ce qui est unique ici c’est le projet professionnel propre à chaque jeune qui leur permettra de devenir des citoyens français
» poursuit Simon Sire-Fougère, directeur depuis cinq ans de cette fondation dont le volet prise en charge des jeunes MIE constitue 95 % de l’activité et emploie 75 salariés.

Pour autant il reste encore une activité agricole, modeste certes, mais liée à l’histoire de l’établissement: sur les 84 hectares, 67 sont cultivés. Et le conseil d’administration a des projets pour faire vivre les autres sites (accueil de groupes, hôtellerie, lotissement de 23 parcelles): «notre objectif c’est d’avoir des revenus pour financer nos projets.

Notre politique est basée sur l’insertion dans le territoire local, nous choisissons de travailler d’abord avec les entreprises locales pour soutenir l’économie de proximité: 80 % de notre budget est redistribué dans le département
». Un cercle vertueux qui devrait faire école.

Institut Protestant

Hameau Jeanne Petite à Saverdun
Tél: 05 61 60 30 02
www.socio.org/institut-protestant

Laurence Cabrol | 18/12/2014 - 19:08 | Lu: 41329 fois