Mazères: Le rêve Mérovingien concrétisé dans l�hôtel d�Ardouin
| Plaque-boucle en alliage cuivreux - VI-VIIème siècle Photo: CCS Patrimoine | C’est souvent au hasard d’un labour que l’on exhume du matériel archéologique… C’est ce qui s’est passé sur la commune de Mazères, avec l’exploitation d’une gravière qui a permis de mettre au jour la plus grande nécropole mérovingienne du sud-ouest de la France.
Les Mérovingiens (486-751), première dynastie des rois francs qui vont régner en Gaule à la fin de l’empire romain d’Occident, permettent de faire la transition entre l’époque romaine tardive et la dynastie des Carolingiens.
Oubliés par nos livres d’Histoire au profit de leurs prédécesseurs, souvent assimilés aux hordes barbares qui ont déferlé sur l’Europe à la chute de l’empire romain, les mérovingiens ne reviennent à la mode qu’au XIXe siècle.
En effet, l’archéologie permet les premières identifications correctes de sépultures mérovingiennes, les historiens romantiques, comme Augustin Thierry, popularisent les nombreux épisodes de «L’Histoire des Francs» de Grégoire de Tours, d’autres plus sérieux comme Fustel de Coulanges cherche chez eux des origines à la naissance de la monarchie française.
Mais c’est dans les tableaux de Jean-Paul Laurens ou d’Evariste Luminais que l’on rencontre les représentations les plus académiques de cette dynastie inaugurée par Clovis mais baptisée du nom de son illustre ancêtre Mérovée.
| Plaque-boucle étamée VI-VIIème siècle Photo: CCS Patrimoine | L’archéologie constitue aujourd’hui avec l’histoire des conciles mérovingiens et quelques chroniques de cette époque, une des sources essentielles de nos connaissances concernant les détails de la vie quotidiennes de ces francs installés en Gaule.
Cependant les sites sont bien peu nombreux au sud de la Loire, à fortiori dans l’Ariège (mis à part les vestiges de Tabariane près de Teilhet).
La découverte d’une nécropole (datant des VI-VIIe siècles) sur le commune de Mazères est importante par le nombre de sépultures mises au jour, plus de 350 tombes organisées en rangées (fait rarement observé dans nos régions) mais également par la nature de ses vestiges mobiliers, permettant de mieux connaître le monde franc septentrional.
Bien des pistes de réflexion ont été ouvertes. A priori le site concerné n’avait qu’une fonction exclusivement sépulcrale : la répartition hommes/femmes, adultes/immatures semble aléatoire.
Les restes osseux sont assez mal conservés mais déposés de manière générale en décubitus, la tête à l’ouest. Le mobilier est essentiellement constitué d’éléments de parures vestimentaires illustrant la généralisation de l’inhumation habillée pendant la période mérovingienne.
Pendant les fouilles, la présence de chaussures a été confirmée par la découverte d’éperons étroitement associés aux talons des individus. De plus elles ont permis de caractériser de façon assez précise deux grands types de tombes.
Les tombes en coffre monoxyle, taillées dans un tronc d’arbre en un seul bloc (effet de gouttière et bras le long du corps, dépourvues de mobilier) et les tombes à coffre aménagé (présence généralisée de matériel).
Outre des fibules, boucles, plaque-boucles, perles et autres parures, des objets typiques du monde franc de Gaule Septentrionale et plus particulièrement de la région burgonde (Rhône et Alpes) comme ces très belles plaques à décors chrétiens, ont été mis au jour.
Les ceintures sont souvent associées à une aumônière garnie de couteaux ou d’objets tranchants mais également de pièces de monnaies (argentei) ou à un scramasaxe (épée courte). D’où le caractère militaire d’une bonne partie des sépultures masculines.
Il s’agit certainement d’une population établie en ce lieu dans le contexte de la militarisation de la frontière avec la Septimanie wisigothique à partir du début du VIe siècle. Le mobilier est actuellement en cours de restauration et étudié par l’archéologue Jean-Paul Cazes (CCS Patrimoine).
Mais tous ces vestiges archéologiques seront bientôt mis en scène et présentés au public dans un centre d’interprétation exclusivement dédié aux mérovingiens (c’est un des voeux du propriétaire du terrain sur lequel se déroule les fouilles).
| Hôtel d'Ardouin - Mazères (09) Photo: Mairie de Mazères | La mairie de Mazères et le Conseil Général vont en effet réaliser ce projet ambitieux dans une des plus belles demeures de la ville: l’hôtel d’Ardouin qui accueille actuellement dans ses caves le musée du Vieux Mazères.
Salles d’expositions, mise en valeur du matériel archéologique, reconstitution d’une sépulture, outils pédagogiques… le tout en respectant les normes de conservation permettant d’obtenir le label «musée de France» et d’accueillir une antenne archéologie du Conseil Général.
Un projet valorisant le patrimoine et l’histoire. C’est dans un bâtiment «pastelier», classé monument historique, construit en 1580, alliant la brique et la pierre blanche, une spécificité locale, que ce musée va être réalisé.
Une tour octogonale est prolongée par une tourelle en encorbellement à laquelle on accède par un escalier à vis en pierre se terminant sous un dôme de brique. L’hôtel d’Ardouin réserve ses plus belles façades pour ses jardins à la française dessinés dans l’esprit du XVIe siècle.
Les travaux d’aménagement débuteront à la fin de l’année et constituent un projet structurant pour les Portes d’Ariège, des portes qui s’ouvrent désormais vers l’avenir! |