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La pierre à aiguiser de Saurat, l�or gris des Pyrénées
La dernière fabrique française de pierres à aiguiser naturelles est située au pied des Pyrénées dans la vallée de Saurat.
L’histoire dit qu’un colporteur italien de passage dans la région pour vendre ses pierres à aiguiser, dites «pierres lombardes» remarqua sur le toit des habitations ce grès schisteux identique à celui qui lui servait dans son pays à réaliser sa précieuse marchandise.
A la fin du XIXe siècle, une importante communauté italienne s’installe peu à peu dans la vallée parmi laquelle la famille Cuminetti, en 1903, qui pendant trois générations réalisera à Saurat des pierres à aiguiser.
A l’époque plusieurs mines sont en activité du côté de Carli d'où l’on extraie les plaques de lauze.
Un moulin entraîné par une turbine sert à tailler les pierres dans des formes rectangulaires ou en losange suivant l'utilisation.
Pendant l’âge d’or de la pierre à faux, une dizaine de fabriques employant 7 à 8 personnes voient le jour mais peu à peu les machines remplacent la faux et tous les ustensiles nécessitant un aiguisage régulier.
Seule la fabrique Cuminetti continue l’exploitation du grès schisteux extrait pendant la belle saison des profondeurs des galeries pour être travaillé pendant le reste de l’année en atelier.
Depuis le printemps dernier, c’est Alain Soucille, qui a repris la fabrique de Saurat pour en continuer l’exploitation.
Ce Thiernois, spécialiste en produits de polissage et abrasifs en tout genres partageait déjà des clients communs avec M. Cuminetti et dès qu’il a appris que celui-ci voulait vendre il s’est tout de suite porté acquéreur.
«La spécialité de Thiers c’est le couteau, explique Alain Soucille, la pierre à aiguiser vient logiquement s’ajouter à cette activité.
J’ai tout de suite été séduit par ce coin d’Ariège. Il a fallu du temps car il ne s’agissait pas seulement de la cession d’un fonds de commerce, il y avait aussi la mine.
Le sous-sol appartient à l’Etat, des autorisations de la Préfecture, de la DRIRE sont nécessaires pour continuer à exploiter le filon»
L’entrée de la mine est dissimulée dans la forêt, la galerie s’enfonce à 150m en suivant le filon.
«Après avoir employé la dynamite, nous travaillons sur la hauteur, nous piquons au burin pour faire éclater la dalle, avec pour seule clarté une lampe acétylène et nos frontales…
Cela pendant 2 à 3 mois, période pendant laquelle sont extraites 25 tonnes de pierre qui arrivent à l’atelier sous forme de dalles à dégrossir»
Alain Soucille travaille avec deux ouvriers formés par son prédécesseur, ils ont près de trente ans d’expérience et maîtrisent parfaitement toutes les étapes de la fabrication avec un savoir faire unique.
La pierre est taillée mécaniquement à l’aide de disques «diamant», en suivant les gabarit et guides pour prendre les différentes formes (rectangle, losange, triangle). L’artisan lui donne son épaisseur en la travaillant au tranchet (un marteau spécial, sans la faire éclater), elle passe ensuite aux disques à tronçonner, meules …
Il se dégage beaucoup de poussière mais aujourd’hui les conditions de travail sont meilleures qu’au siècle dernier où la silice attaquait les poumons de ceux qui travaillaient le schiste.
C’est encore la force hydraulique de la chute d’eau qui actionne les allers-retours de la «berceuse», à l’intérieur de laquelle, cailloux, graviers, sable et eau permettent de poncer naturellement le grès schisteux.
Enfin, le tour à meuler permettra de façonner les pierres sur le côté et à la finition la pierre polie possèdera cette finesse de grain incomparable pour un aiguisage rationnel et parfait.
«Pour un bon affûtage, explique Alain Soucille, il faut trouver un angle, entre 15 à 20°, affûter à plat, une fois d’un côté, une fois de l’autre, on lève à peine le couteau pour ne pas mettre la pression sur le tranchant et on se déplace sur toute la longueur de la lame… un geste souple et naturel»
Les pierres d’affûtage ont encore de l’avenir, outre l’utilisation que peuvent en faire les particuliers, les industriels de la mécanique, les menuisiers, couteliers, etc… il y a également un marché à l’exportation.
«Nous sommes le dernier fabriquant de pierres à aiguiser en France, précise M. Soucille, et un des rares en Europe. Toutefois le marché est envahi par des pierres synthétiques (à base de corindon notamment) provenant d’Asie du Sud-Ouest fabriquées à partir d’abrasifs et de liants, très agressifs qui usent prématurément le métal» Rien à voir avec les pierres naturelles des montagnes d’Ariège.
«Nous avons deux catégories de pierres: la pierre dure extraite des galeries de montagne, idéale pour les pierres à faux et pour les affûtages intensifs car davantage chargées en quartz.
Dans cette gamme, notre produit phare est «La Royale» Le filon de la pierre douce est exploité à ciel ouvert, «la berceuse» lui donne un aspect grainé, il s’agit des pierres à sécateur, pierre à angle, pour les professionnels (menuisiers, couteliers), nous en vendons 120.000 pièces en atelier, mais aussi à l’export vers l’Allemagne ou l’Espagne»
Mais Alain Soucille à des idées, il compte bien réaliser des investissements qui lui permettront à terme de rendre sa production artisanale plus compétitive… La dernière fabrique de pierres à aiguiser est ariégeoise et elle est bien décidée à poursuivre son activité et à faire connaître la qualité de ses produits dans la monde entier.
Pierre à aiguiser des Pyrénées (ancienne fabrique Cuminetti) Magasin ouvert du 8 juillet au 10 septembre tous les jours de 10h à 12h et de 14h à 19h Chemin de Pomies 09400 Saurat Tél: 05 61 05 95 60 Pour le reste de l’année contact: 04 73 80 67 45 Email: [email protected]
Photos et vidéo: ©AriegeNews 2007 |
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auteur: Laurence Cabrol | publié le: 28/11/2007 |
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