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Paris-Pékin à vélo: La longue marche
 J'emprunte le titre de mon compte-rendu à l'histoire de la Chine que nous traversons d'ouest en est car de Huining a Xi An, comment oublier que la Chine «nouvelle» a débuté à Huining à la fin de cette longue marche des sections fidèles à Mao parties pour reconquérir le pays.
Fin de la longue marche qui a vu toutes les parties opposées se liguer aux sections maoïstes pour lutter contre l'invasion japonaise. Ainsi naquit à Huining, l'Armée Rouge et donc on peut dire que l'histoire de la Chine moderne a débuté à Huining.
Une «petite» ville de presque 600 mille habitants située à plus de 2000 m d'altitude (nous avons longtemps vécu sur des plateaux à ces altitudes); dans cette ville où cohabitent six ethnies différentes (les Han, les Hui, les Mongols, les Tibétains, les Manchous et les Dong xiangs), nous avons visité le superbe musée consacré à cette tranche d'histoire avec aussi une pagode à trois tours pour célébrer les trois sections fidèles à Mao; le tout situé à côté de la porte de la ville par où entrèrent les soldats fideles à Mao.
Pour nous, la fin de la longue marche n'est pas pour tout de suite même si à Xi An nous achevons la route de la soie.
Cependant, si nous n'avons pas fini, à Xi An, notre aventure prend une autre dimension: d'une part, nous avons retrouvé durant deux jours les cyclos qui feront Xi An-Pékin ce qui a forcément agrandi le cercle des cyclos.
Cependant, ils sont repartis avant nous et auront toujours une journée d'avance. Nous les retrouverons à Pékin. Mais pour notre groupe, du changement quand même puisque de nombreux accompagnants (essentiellement conjoints de cyclos) sont arrivés à Xi An et nous suivront jusqu'a Pékin.
Pour certains, ce fut le changement de compagnon de chambre après quatre mois passés ensemble et pour tous, c'est la fin des bivouacs qui, pour ma part, apportaient une note bien sympa à l'expédition même si ce ne fut pas toujours facile de s'installer et de trouver un «bon coin» par exemple un jour de pluie ou de grosse chaleur.
Toutes ces cohabitations dans des salles de classe ou des gymnases parfois trop exigus pour 120 personnes et souvent sans eau laisseront beaucoup de souvenirs.
Le jour du 14 juillet nous avons chanté à pleins poumons (du moins ce fut le cas pour moi) notre belle Marseillaise, notre hymne indéfectible car fondateur de tant de libertés de par le monde; à commencer donc par la notre même si on pourrait toujours mieux faire, mais c'est le 15 juillet, lors du dernier bivouac que nous avons fêté notre fête nationale.
Déjà, à notre arrivée dans une gare routière très moderne pas encore inaugurée, la ville de Fufeng nous a offert une belle réception avec discours et spectacle puis, le soir, ce fut un bon repas avec brochettes et couscous préparés par l'équipe de restauration qui avait mis les petits plats dans les grands.
Ce repas débuta par un apéritif offert par des cyclos qui fêtaient leur anniversaire ces jours-ci.
L'équipe image nous présenta ses derniers films de l'expédition puis ce fut un joli petit feu d'artifice en présence de nombreux habitants locaux qui, à chaque bivouac d' ailleurs, se pressent pour nous voir, nous regarder vaquer à nos occupations.
Le repas fut toujours l'un des moments forts car sans doute notre façon de manger (avec fourchette et couteau par exemple) les étonne comme peut nous étonner un repas aux baguettes! Cette présence à chaque bivouac permet de nouer de nombreux contacts malgré la barrière de la langue.
Notre soirée du dernier bivouac s'acheva «un peu tard» avec feu de camp et chants.
Le lendemain, nous eûmes l'autorisation de dormir une demi-heure de plus! Chose qui surprit certains proches, comme mon épouse, et je reçus même un message me demandant si je faisais la grasse matinée; c'était presque le cas! Ainsi nous avons bien achevé notre série de bivouacs.
Bien sûr, chaque jour, nous pédalons; nous avons quitté la province du Gansu (Huining en était le centre) et nous sommes dans celle du Shaanxi; nous avons aussi traversé une petite province autonome: la province musulmane de Ningxi Hui.
C'est l'occasion de rappeler que la présence musulmane est importante dans presque toutes ces régions du nord-ouest en revenant vers l'est.
Actuellement nous sommes à Xi An, et ce n'est pas anodin de parler de présence musulmane car à Xi An s'achevait la route de la soie qui amenait là des caravanes venues de toutes les parties d' Orient, d' Afrique, du Maghreb, d'Europe aussi et bien sûr, de France puisque l'une de ces routes partait d' Avignon.
Chaque caravane apportait sa culture et les caravanes arabes semèrent leur religion dans ces contrées chinoises tout en s'y installant parfois. Je ne voudrais pas oublier notre étape à Longxian, petite ville de plusieurs centaines de milliers d'habitants située à l'ouest de la province du Shaanxi et qui fut dans cette région du fleuve jaune, l'un des berceaux de la civilisation chinoise.
Xi An, à 412 m d’altitude (nous voila redescendus «en plaine»), ville de plus de 8 millions d'habitants, n'est pas considérée comme une grande ville; cependant, c'est une ville importante comme je l'ai déjà évoqué.
Je peux ajouter que cette ville, capitale du Shaanxi, a connu sa plus grande prospérité du temps des dynasties Han et Tang. Sous la dynastie des Tang, il y a mille ans, Xi An était une métropole internationale prospère grâce notamment à son point de départ de la route de la soie.
C'est également à Xi An qu'eut lieu la découverte archéologique majeure du XXe siècle avec la découverte par des paysans qui creusaient un puits de l'armée enterrée:
Des milliers de soldats en terre cuite dont chaque statue mesure environs 1.80m est unique; chaque tête rapportée étant le moulage d'un soldat de l'armée impériale de l'époque. Notons que cette armée enterrée en terre cuite en configuration de bataille (chaque soldat avait en main de véritables armes hélas pillées) était enterrée auprès de l'immense mausolée de l'empereur Shihuangdi de la dynastie Qin (près de 60 km²).
Xi An est actuellement une ville prospère et de nombreux monuments sont à voir comme la petite et la grande pagode de l'Oie Sauvage (dont je garde la légende pour mon retour) sans oublier la tour de la cloche et celle du tambour qui annonçaient respectivement le début et la fin de la journée.
A découvrir aussi les 14 km de rempart de la ville avec ses portes.
Lors de la soirée de gala offerte par la municipalité de Xi An nous eûmes d'ailleurs droit à la cérémonie officielle à laquelle ont droit chefs d'état et autres célébrités de l'ouverture de la porte sud: remise des clés de la porte au président de la fédération, remise du parchemin autorisant le franchissement à notre chef d'expédition et magnifique spectacle haut en couleurs au milieu de la nuit.
Un hommage impressionnant pour nous, simples cyclos qui n'avons qu'un mérite, avoir été séduits par l'idée du président: rallier Paris à Pékin pour réunir tous les peuples de tous ces pays traversés. Comme je vous le dis souvent, ce n'est que du bonheur que de voyager à vélo.
Certes, encore cette semaine, nous avons eu de nombreux cols à passer toujours à plus de 2000 m d'altitude; certains avec de forts pourcentages (des rampes à plus de 15 %) ou l'un sur route non goudronnée puis des tunnels et sur la route du charbon, une descente sur route mouillée et glissante, au milieu des camions qui demanda beaucoup de maitrise.
Mais à vélo, il suffit d'un village, d'un marchand ambulant, d'enfants qui nous applaudissent et la magie opère: un coup de frein et ce sont échanges de sourires, explications souvent par gestes ou dessins ou avec nos documents qui montrent notre périple.
Nous sommes rapidement entourés et si un jour un marché aux ânes m'attira loin de la route (normal pour un ancien enseignant! -bien sûr je plaisante-), ce fut de longues palabres et de nombreuses photos; le plus difficile est ensuite de mettre fin à ces rencontres.
Et pourtant, il faut bien que la route continue avec ses hauts et ses bas.
Tiens! en parlant de route mouillée et de col non goudronné où nous vîmes d'ailleurs de nombreuses maisons troglodytes encore habitées, cela me fait penser qu'après ma «rencontre» avec une barrière de péage (voir précédent message), j'ai encore eu un souci avec un péage.
Eternelle histoire de la vie: je passe ou? A droite? A gauche? Finalement je choisis la voie de droite. Pas de chance, une flaque d'huile masquée par la pluie m'attendait et j'ai vu ma roue avant filer inexorablement vers le fossé bétonné.
Je me retrouvais sur une bordure en béton 1.50 m plus bas. Dur, dur! Hanche, genou, coude, poignet et même mâchoire douloureux tandis que mon vélo avait une fracture de roue et de selle. Les employés et des membres de l'expédition qui passaient alors, me relevèrent et je compris de suite que rien ne semblait cassé; ouf!
Cependant, je finis les 5 derniers km de l'étape dans la «voiture-balai» avec mon vélo. Le lendemain, après les soins d'usage, je reprenais mon vélo que le mécano m'avait aidé à réparer. Hélas, la matinée par ces cols difficiles, fut difficile surtout en raison de mon poignet droit qui me força à faire la dernière descente avec une seule main sur la piste défoncée.
A la pause de midi, Paul Bacho, cyclo américain kiné de son état et un des ostéopathes m'apportèrent leurs soins et l'après-midi, le poignet bien bandé, je pus finir l'étape. Depuis, grâce à Paul et à Clément l'ostéopathe cela va de mieux en mieux et inutile de dire que je vois arriver les péages aux entrées de ville en tremblant un peu!
Ceci fait partie des aléas de l'aventure ou tout simplement de la vie et n'altère pas ma bonne forme ni bien sûr mon désir de poursuivre alors que nous allons quitter la vallée du fleuve jaune pour filer plein nord vers Pékin.
Une autre dimension avec ces villes où la circulation est intense et impressionnante car plus que de code de la route, parlons d'un code de conduite au klaxon où chacun passe où il peut comme il en a envie! Et en proportion du nombre de vélos ou de triporteurs, le pourcentage d'accidents est finalement moins élevé qu'ailleurs.
Cependant on peut s'inquiéter car au fur et à mesure que la circulation va augmenter (1000 véhicules de plus chaque jour seulement à Pékin) et le danger augmentera; voila pourquoi dans cette Chine qui est un vaste chantier, on a vu dans des régions où il y a peu de circulation sur les routes et des autoroutes déjà en construction.
Eternel contraste de cette Chine en évolution: des travaux gigantesques et à côté des paysans qui dépiquent le blé à la main, qui arrosent les maïs avec des seaux d'eau, qui transportent des charges impressionnantes sur leurs remorques à bras et tant d'autres exemples que nous aurions de ces hommes et femmes qui «triment» pour assurer leur vie dans ce pays qui change cependant à une vitesse impressionnante.
Bien sûr, nous aurons l'occasion d'en reparler et je vous donne rendez-vous non plus sur la route de la soie mais sur celle de Pékin où nous serons rapidement (notez que nous avons plus de 11 000 km au compteur) pour ensuite poursuivre notre voyage avec de belles découvertes comme Shanghai etc.… pour rentrer au pays après la mi-août si tout se passe bien.
Un pays auquel j'ai beaucoup pensé cette semaine car il recevait le Tour de France et les décideurs vous diraient que je leur ai souvent «mis la pression» pour voir le tour en Pays d'Olmes; hélas, je fus absent.
Parions qu'ils auront à cœur de le voir revenir ne serait-ce que pour moi (!) par exemple avec une arrivée aux Monts d'Olmes aussi intéressante qu'une autre arrivée en altitude après, par exemple, un passage par le col de Pailhères (voire le col de Jau en venant par exemple de Perpignan), le Pays de Sault et le col de Montségur...
Par email, Yvon Blazy |
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publié le: 18/07/2008 |
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