Planète «Terre», état de santé alarmant!
 Le ton est donné dès les premiers mots de l’avant propos du «Rapport Planète Vivante 2008» établi par le Fond mondial pour la nature –WWF – sous la plume de James P. Leape, directeur général.
«L’économie mondiale va mal. Financièrement, nous vivons au-delà de nos moyens. Mais une récession financière n’est rien en comparaison de la menace d’un resserrement du crédit écologique»
Ce rapport s’appuie sur deux expertises complémentaires: l’Indice Planète Vivante qui reflète l’état des écosystèmes et mesure ainsi la santé globale de la nature, et l’Empreinte Ecologique qui mesure la pression que l’homme exerce sur la nature.
Ces deux indices apparaissent tout à fait concordants: d’une part, l’Indice de la biodiversité globale montre une diminution de près d’un tiers au cours des trente cinq dernières années, d’autre part l’empreinte, autrement dit la demande de l’humanité en ressources vivantes de la planète, dépasse aujourd’hui la capacité de régénération de cette même planète d’environ 30%.
«La déforestation, la pénurie d’eau, le déclin de la biodiversité et le changement climatique qui en résultent mettent de plus en plus en péril le bien-être et le développement de toutes les nations»
Le rapport révèle ainsi que la pression de l’humanité sur la planète a plus que doublé au cours des quarante cinq dernières années.
Alors qu’en 1961, presque tous les pays du monde avaient plus que suffisamment la capacité de répondre à leur propre demande, le WWF estime que, si nous ne faisons rien, nous aurons besoin, dès le début des années 2030, de deux planètes pour satisfaire la demande en biens et services de l’humanité.
Concrètement, en 2005, la demande mondiale était de 17,5 milliards d’hectares, soit 2,7 hectares par personne pour une offre de 13,6 milliards d’hectares, soit 2,1 par personne. Pour information, on peut noter que la France est loin d’être exemplaire avec une empreinte (demande) de 4,9 ha par personne pour une bio capacité (offre) de 3 hectares seulement!
En fait, l’empreinte de l’humanité a pour la première fois dépassé la bio capacité globale de la Terre dans les années 1980. Depuis, elle n’a cessé d’augmenter pour arriver, aujourd’hui, à un dépassement supérieur de 30%. Et demain?
Outre l’épuisement des ressources fossiles (voir notre article du 11 septembre 2008), les conséquences de la surexploitation des ressources fera passer la dette écologique de 30% en 2005, à 100% en 2030.
Cela signifie qu’une bio capacité de deux planètes sera nécessaire pour répondre à la demande en ressources et à la production de déchets de l’humanité.
Mais, affirme le rapport de WWF: «la bonne nouvelle, c’est que l’humanité peut changer de cap»
Pour cela, il convient d’agir sur les deux composantes de l’empreinte: l’offre et la demande. Sur ce dernier point, WWF recommande de «réduire, la population, la consommation individuelle, l’exploitation des ressources et la production de déchets»
Du coté de l’offre, il faudra combiner un certain nombre de «leviers de durabilité» tels la conception de villes privilégiant la marche à pied, la réhabilitation de terres dégradées, la réduction de la distance de transport des denrées et la production locale, l’isolation des bâtiments tant résidentiels que commerciaux, la valorisation des déchets, les économies d’énergie et le développement d’alternatives aux combustibles fossiles.
Concernant plus précisément le défi énergétique, le rapport trace trois pistes principales:
• Accroître l’efficience énergétique dans l’industrie, les bâtiments et les transports; • Augmenter l’utilisation d’énergies renouvelables comme l’éolien, l’hydraulique, le solaire, le thermique et la biomasse; • Augmenter les capacités de piégeage et de stockage du carbone: capture et stockage du carbone sur les lieux même de production, développement de carburants «flexibles» et du stockage de l’énergie, substitution du charbon à haute teneur en carbone par du gaz à faible teneur en carbone.
Des changements profonds dans la gestion et les mentalités seront indispensables pour sauver la planète de la catastrophe annoncée.
Ainsi en est-il de l’approche écosystémique nécessaire pour gérer correctement la biodiversité: «les écosystèmes ne respectent pas les règles de la propriété privée […]
Une bonne gestion de l’environnement exige des règles du jeu, une approche «écosystèmique» qui vont bien au-delà de la propriété privée», déclare sans ambages Jeffrey D. Sachs, directeur de l’Earth Institute.
La conclusion de ce rapport se veut pourtant optimiste: «il n’est pas trop tard pour prévenir une récession écologique irréversible», souligne le directeur général de WWF international.
«Si l’humanité en a la volonté, elle a les moyens de vivre dans les limites de la planète, tout en garantissant le bien-être des hommes et des écosystèmes dont elle dépend»
Crédit photo: Surrender |