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Replanter les haies en plaine: un programme aux mille vertus
19/03/2012 | 19:26
© MidiNews 2012

A Labastide-de-Lordat, sur les terres de l’agricultrice Mylène Navarro, ce n’est ni des légumes ni des céréales qui sont en train d’être plantés.

Ce sont des noyers, merisiers, chênes, ou figuiers qui bientôt (dans quelques années) formeront une haie, et viendront rompre la monotonie de la plaine.

Le «remembrement» des espaces

Avec l’avènement du règne de l’agriculture intensive, les parcelles sont devenues toujours plus grandes. Peu à peu, les haies ont disparu.

Aujourd’hui, on refait machine arrière. Un programme de replantation est actuellement animé par la chambre d’agriculture, en partenariat avec la fédération des chasseurs de l’Ariège.

Car ces haies n’ont que des avantages. Maintenir la qualité de l’eau d’abord, en permettant la filtration et le drainage (c’est d’ailleurs autour de cet objectif premier qu’un Plan d’action a été défini en 2008, sur le territoire de la communauté de communes de Pamiers). Mais il n’y a pas que ça.

«On a de trop grandes parcelles, où il y a des problèmes d’érosion. Une haie constitue une rupture, avec les terres qui partent avec les eaux de pluie» explique Pascal Fosty (technicien de la fédération de chasse).

«Avant, les haies avaient un rôle énorme dans le quotidien des paysans. Elles étaient source de petits bois, de fruits, et de gibiers (quand la chasse n’était pas un loisir)»

Un exemple concret en matière de biodiversité, «c’est incroyable la quantité de vers de terre que l’on peut avoir au pied d’une haie. C’est de l’ordre d’1,5 tonnes à l’hectares. Dans une terre agricole menée de manière intensive, on est péniblement à 50 kg à l’hectare»

Cette population de lombrics creuse des kilomètres de galeries sous terre «lors de fortes pluie, l’eau descend et s’infiltre au lieu de glisser»

Conclusion: sans la présence de cet écosystème, les nappes phréatiques se remplissent moins bien, et le risque d’inondations menace.

L’impact paysager, en «remembrant» les espaces disloqués, est aussi un point fort.

Un coup de pouce aux propriétaires

Pour replanter, la première partie du travail consiste à trouver des propriétaires privés souhaitant replanter des haies.

Ils réalisent eux même le travail du sol et l’entretien. Le reste est financé par la communauté de communes de Pamiers, le département, et le Conseil régional.

Le projet répond à une vraie demande sur le territoire, «chacun y trouve sont intérêt» explique Medhi Bounab (en charge de ce dossier pour la chambre d’agriculture), «certains seront plus sensibles aux fonctions de brise vent. D’autres à la production de bois»

Mylène Navarro (agricultrice propriétaire des lieux) ne regrette pas son choix, «je suis en bio donc c’est une continuité agricole, ça permet à la faune de reprendre sa place. C’est un équilibre, il y a la place pour tout»

Elle montre la colline d’en face «quand il pleut beaucoup, on voit la terre qui coule sur les routes, car rien ne retient»

Mais peu à peu, les haies reprennent leur place. Cette année (sur le territoire de la communauté de communes de Pamiers), il est prévu de planter plus de 6000 mètres linéaire de haies (6135 ont déjà pris pied en 2011).

A Labastide-de-Lordat, dans 3 printemps, on verra distinctement un alignement d’arbres encore jeunes.

Dans dix ans, on pourra penser que cette haie a toujours été là.

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auteur: Anne-Sophie Terral | publié le: 19/03/2012 | 19:26 | Lu: 18522 fois