Tom et Léa se battent pour vivre dans leur yourte, à Arrout, en Couserans
07/07/2010 | 21:25
© MidiNews 2010

L’histoire commence en 2007, quand Tom et Léa, originaires de Franche Comté, passant par là un peu par hasard,  choisissent de s’installer en Couserans, très précisément sur la commune d’Arrout, soixante dix habitants, dont ils sont tombés amoureux, comme beaucoup des nouveaux habitants de ce pays préservé.

N’appelle-t-on pas le Couserans «L’île des Pyrénées» ?

Lui est biologiste de formation, aujourd’hui spécialisé dans les travaux acrobatiques, tel l’élagage, elle, rêve de faire du maraîchage.

Ils vont trouver Georges Garié, alors maire du village, humaniste et poète à ses heures (voir notre article du 22/02/2010) , à la recherche d’un logement.

Mais, contrairement à ce que l’on croit quelquefois, les logements sont rares en Couserans, ou alors hors de prix, résidences secondaires obligent.

En attendant, ils construisent une yourte, puisque, faute de trouver une maison ici, ils ont finalement fait le choix de ce type d’habitat !

Un arrotois accepte de leur prêter un terrain, très pentu, abandonné et en friche depuis longtemps, en échange de l’entretien dudit terrain.
Marché conclu !

En quelques mois, et au prix d’un travail qui force l’admiration, le jeune couple remet le chemin en état, restaure la source, installe cet habitat que leur semble le plus adapté à la vie qu’ils ont choisi,  au plus proche de la nature, sans risque de dommage pour celle-ci.

Ils mettent même en place un jardin, suspendu pour cause de pente excessive.
Nous sommes en juillet 2008.

Une fois cette installation mise en place, ils réalisent un vieux rêve, et partent pour un an en Asie Centrale.

Quelques semaines après leur départ, la DDEA alertée (?) de l’existence de cette habitation, fait une enquête, et conclut qu’aucun permis de construire n’a été délivré et qu’un certain nombre de normes ne sont pas respectées: pas d’eau, ni d’énergie, ni de voie d’accès.

Septembre 2008 : Le propriétaire du terrain est sommé  de détruire la yourte avant le 15 octobre, délai reporté au 30 novembre.
Les habitants ne sont pas là, il refuse.

Juin 2009, retour au pays pour Tom et Léa, qui sont mis au courant de la décision de la DDEA, ainsi que du soutien du propriétaire, de la municipalité et de la population.

Ils sont finalement convoqués par les gendarmes de Castillon en Couserans le 8 septembre 2009.

Bien évidemment, ils contestent formellement les conclusions de l’administration, et refusent à leur tour de détruire leur habitation.

Devant ce refus, la DDEA dépose plainte, l’affaire est jugée en février 2010.

Le jugement, rendu un mois plus tard condamne le jeune couple à deux amendes de 200 euros + l’obligation de détruire la yourte, le tout assorti d’une astreinte de dix euros par jour de retard.

«Cette irruption de la DDEA est d’autant plus curieuse, confie Georges Garié, que cette construction s’est faite au vu et au su de tout le monde, à commencer par les gendarmes de Castillon qui font leur footing, trois fois par semaine, sur ce chemin […]

Pourquoi cette intervention aussi inattendue que brutale ? […]

D’autant plus que j’avais posé la question de la légalité de cette construction  au directeur départemental de l’équipement de l’époque, et que j’attends toujours la réponse
»

Tom et Léa ont fait appel de ce jugement qu’ils estiment totalement injuste «nous ne faisons de tort à personne, nous ne demandons rien, au contraire, nous entretenons la piste, avons remis la source en état, nous sommes parfaitement intégrés à la nature et nous y sommes heureux»

Georges Garié, et son successeur à la mairie, Christiane Vignaux, ne disent pas autre chose et ont fait voter, par un conseil municipal unanime une motion (voir encadré), et qui s’étonnent de certains attendus du tribunal.

« … Qu’à supposer même, pour les besoins du raisonnement, qu’il leur ait été absolument impossible, malgré la mobilisation en leur faveur de la plupart des habitants, nombreux à attester de leur soutien bienveillant, de trouver un logement à Arrout, ils ne justifient d’aucune obligation de résider dans ce village particulier qui compte en tout et pour tout 60 habitants, où ils n’ont aucune famille et aucune activité professionnelle, à l’époque des faits poursuivis, alors que le département de l’Ariège, rural et économiquement défavorisé, offre de nombreuses possibilités de se loger à petit prix»

«Mais depuis quand est-il nécessaire d’avoir des attaches dans un village pour prétendre y habiter !» tonne l’ancien maire.

Dans l’attente de l’appel qui sera jugé à Toulouse, probablement après les vacances, la municipalité avait organisé, ce mardi 6 juillet, un débat républicain sur ce sujet et, plus généralement sur le droit pour tout citoyen d’habiter dans le logement de son choix.

On notait, entre autres, les présences du maire de Montagagne, des élus régionaux François Simon, vice président en charge du logement, et François Calvet, ainsi que de nombreux élus municipaux du département et d’un juriste de l’association HALEM – association d’HAbitants de Logements Ephémères ou Mobiles –

Pour Georges Garié, il est clair que la visite du site qui a suivi la réunion, a permis à chacun de « vérifier que cette habitation, originale mais parfaitement intégrée, ne peut en aucun cas provoquer la moindre nuisance, loin de là, puisque ses habitants participent à l’entretien du lieu et redonne vie, d’une certaine façon, au village»

actualites Ariege
auteur: Bernard Pastourel | publié le: 07/07/2010 | 21:25 | Lu: 22010 fois