La récente et très médiatique vente aux enchères de Courbefy, village de Haute Vienne, abandonné depuis plusieurs années par ses habitants, a levé le voile sur un problème de société qui ne date pas d’hier: la désertification des campagnes au profit des grandes villes.
Que ce soit dans l’Ardèche, la Drôme, la Meurthe et Moselle ou les Alpes de Haute Provence ce sont des centaines de hameaux qui se sont vidés de leurs habitants.
Exode rural, crise frumentaire liée à une épidémie, guerre… les causes sont multiples.
Le département de l’Ariège n’est pas épargné.
Tel aurait pu être le cas pour le hameau de Peyregade à quelques encablures de Montferrier sans compter sur l’obstination de quelques propriétaires qui ont fait le choix d’y vivre à l’année et de créer une association pour tenter de renverser la situation.
A sa tête, Paul Maris, un ancien du textile qui a pas mal bourlingué dans le monde, du Cambodge au Maroc en passant par la Chine.
Cet enfant du pays, originaire de Villeneuve d’Olmes connait bien cette montagne et l’étroite vallée façonnée par le Touyre qui conduit à ce hameau où petit garçon il allait jouer.
Aujourd’hui c’est ici qu’il a décidé de poser ses valises et de reconstruire son rêve d’enfant: «La Peyregade, c’est 6000 ans d’histoire détruits en 50 ans»
Ils sont désormais cinq habitants à l’année à donner vie à ces ruines: «sur les 50 maisons du hameau, 23 ont été rénovées, il y a une véritable émulation !»
Emulation et courage, ce sont les ingrédients qui permettent à ces passionnés de vieilles pierres de lutter contre la nature qui dès que l’on baisse les bras reprend inexorablement le dessus: «nous avons fait reculer de plusieurs mètres la forêt et réussi à dégager les terrasses autrefois cultivées… il y avait ici au XVIIIème siècle près de 400 habitants.
Moutons, cochons, vaches, toutes les maisons sont dotées de granges pour le fourrage ou d’étables»
Une population pour reprendre le mot à la mode «agrosylvopastorale» dont on trouve traces depuis le néolithique jusqu’au XIXème siècle.
«Les hommes travaillaient dans la forêt à l’extraction du charbon de bois ou à la mine («Montferrier» la montagne de fer) car le charbon servait aux bas-fourneaux à l’extraction du minerai.
La dégénérescence de la pomme de terre et l’industrialisation (scierie, textile) ont poussé à l’exode rural, ajoutons à cela un important taux de mortalité infantile et une fréquente endogamie… en quelques décennies, notre hameau est devenu un hameau fantôme… quand on pense qu’en 1906 il y avait une école et des enfants !»
Témoignage de ce passé qui n’est pas si lointain, la place du village baptisée non sans humour «place Laffont», un patronyme très répandu dans le pays: «au regard des enfants inscrits à l’école, il y avait tellement de Laffont qu’on était obligé de leur donner un sobriquet pour les distinguer» ajoute Paul Maris.
Pierre de sacrifice celtique, traces de cromlech, chemins pavés comparables aux voies romaines dont les dalles ont été usées par les charrettes, galeries souterraines, grottes et cavités, orris, cimetière cathare ou peut-être maure… autant d’indices pour situer la Peyregade dans l’histoire.
Si la géographie est identique à celle de Bugarach, ici ce n’est pas la fin du monde mais le début d’une nouvelle aire, celle des bâtisseurs: l’association «Que Bisco la Pregado» ne se contente pas de remonter peu à peu les murs des maisons, les adhérents ont réhabilité le lavoir, procèdent à leurs frais au fleurissement du hameau, organisent tous les ans pour le 21 juillet la fête du village…
Mais pour donner un supplémenta d’âme à ces belles pierres, il faut encourager le développement du tourisme: «l’avenir du Pays d’Olmes c’est le tourisme plutôt que l’industrie… ici on n’a pas besoin de subvention, on a besoin de bras» constate Paul Maris qui avec ses voisins a eu l’idée d’un projet de boucle de randonnée, un GR dont l’itinéraire passerait entre orris pastoraux, cascades et pierre sacrificielle… un projet pour faire partager ce coin de paradis aux visiteurs.
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